La Station Couleurs met en lumière les identités queer
Aidantes, aidants, vous n’êtes pas seuls !
Publié le 18 sept. 2026
Quand on aide un proche au quotidien, on y consacre parfois tout son temps et toute son énergie. Jusqu’à s’oublier et mettre sa vie de côté. À l'occasion de la journée des aidants, on fait le point sur les solutions qui existent.
« Mon épouse est atteinte d’Alzheimer. La maladie s’est installée progressivement. Elle est encore autonome, mais j’ai dû prendre en charge toutes les tâches du quotidien. L’organisation du temps est devenue vraiment difficile. »
Alain, 85 ans, n’est pas le seul dans cette situation : la France compte entre 8 et 11 millions de personnes qui aident un proche en perte d’autonomie, ou en situation de handicap : qu’il soit conjoint, parent ou enfant.
Face à des handicaps lourds, ou à des maladies neuroévolutives comme Alzheimer ou Parkinson, les aidants ne sont pas des professionnels de santé et assument parfois de lourdes responsabilités. Leur engagement a des répercussions importantes. Individuelles d’abord, parce que certains aidants font une croix sur leur carrière, leurs projets de vie, leurs revenus ou leur vie sociale, pour aider leur proche parfois plus de 20 heures par semaine. Collectives, ensuite, parce que le travail invisible des proches aidants représenterait près de 164 milliards d’euros par an en France (selon les travaux de recherche du sociologue Serge Guérin).
À Nantes, une maison des aidants pour trouver du soutien
Une reconnaissance officielle est intervenue à la fin des années 2000 lorsque le 6 octobre a été décrétée Journée Nationale des Aidants afin de sensibiliser le grand public sur la situation de ces derniers. En 2009, des lieux ressources ont été testés dans différentes villes de France, notamment à Nantes, où la Maison des aidants a ouvert ses portes. Ce lieu ressources expérimental (cofinancé par le CCAS) est devenu pérenne. Il regroupe aujourd’hui une équipe de 8 personnes composée de travailleurs sociaux, de psychologues et d’assistants de soins en gérontologie.
« Le plus difficile pour les aidants, c’est de lâcher prise et de prendre du temps pour eux
, note Solène Jouveau, psychologue et coordinatrice de parcours à la Maison des Aidants. La plupart s’interdisent d’aller au cinéma ou de faire une sortie shopping. Au contraire, nous encourageons les aidants à prendre soin d’eux et à déculpabiliser : les professionnels du soutien à domicile sont là pour prendre le relais ».
L’accompagnement de la Maison des aidants comprend trois volets : tout d’abord, un soutien individuel via des conseils, un soutien social et psychologique. Ensuite, un soutien collectif, avec des rendez-vous et des activités de détente, yoga et sorties à partager entre aidants, ou en duo aidant-aidé. Du répit, enfin, puisque, sous certaines conditions, l’équipe de professionnels peut accueillir la personne aidée quelques heures par semaine, pour des activités collectives, ou vous aider à trouver des solutions de garde à domicile.
Anticiper le vieillissement de la population
Même si Nantes est dotée d’infrastructures pour aider les aidants, un travail de sensibilisation reste indispensable. En effet, la plupart des aidants prennent trop tardivement conscience de leur situation et craquent face aux problèmes qui s’accumulent. De la même manière, trop peu font appel à l’aide financière journalière proposée par la CAF (66,64 € par jour en 2026). « Aujourd’hui, un nouveau profil d’aidants apparaît : la génération sandwich,
note Aurélie Cojean, responsable de la Maison des aidants. Ce sont des actifs entre 45 et 60 ans qui s’occupent de leurs enfants, parfois en bas âge, mais aussi de leurs parents, de leurs conjoints, voire de leurs grands-parents. »
Avec le vieillissement de la population et l’âge de la retraite qui recule, de nouvelles problématiques apparaissent également du côté des personnes aidées. Les baby-boomers, qui représentent 22 % de la population française, commencent à atteindre les 80 ans.
« C’est une génération qui vit plus longtemps, qui est en meilleure santé. Mais contrairement à la génération qui la précède, elle compte plus de personnes divorcées et de familles recomposées. Leurs enfants sont aussi plus éparpillés à travers la France et parfois même le monde. Les proches aidants seront sans doute moins disponibles que dans les générations précédentes »
, alerte Aurélie Cojean. Alors que la société évolue, l’équipe de la Maison des aidants se veut toutefois optimiste « Les Français restent très solidaires,
note Solène Jouveau. Malgré toutes les difficultés rencontrées, il peut être valorisant d'accompagner un proche et cela permet de développer des compétences. »
Les bons réflexes
Par Aurélie Cojean et Solène Jouveau de la Maison des aidants
1. Informez-vous sans tarder « Une fois que le diagnostic médical est posé, prenez rapidement contact avec les structures d’aide et d’accompagnement, même si la personne aidée reste autonome. Cela permet d’acquérir les bonnes informations, les bons contacts et les bons réflexes pour réagir lorsque la maladie va progresser. Nous avons la chance d’avoir un territoire bien équipé en matière de dispositifs d’aides et de répits. »
2. Faites-vous aider par des professionnels « Les maladies dégénératives sont insidieuses. Au fil des mois, l’aidant peut prendre à sa charge de plus en plus de tâches du quotidien à la place de la personne aidée. Au bout de quelques mois, elle se retrouve dépassée et ne peut plus tout gérer. Au contraire, rencontrer des professionnels dès la pose du diagnostic permet aussi d’apprendre à passer le relais plus facilement à des professionnels, que ce soit pour recruter une aide à domicile, s’inscrire à une halte-répit ou anticiper des inscriptions en Ehpad. »
3. Prenez soin de vous « Les aidants ressentent de la culpabilité à prendre du temps pour eux. Au contraire, se détendre, voir des amis, aller au cinéma, c’est essentiel. Prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin de l’autre. Se ménager, entretenir ses liens sociaux et prendre soin de sa propre santé permettent de garder de l’énergie sur le temps long et d’éviter de craquer. »