Entreprises nourricières : des légumes contre la précarité alimentaire
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Entreprises nourricières : des légumes contre la précarité alimentaire
Publié le 16 sept. 2026
Dernière mise à jour 16 sept. 2026
Le projet Entreprises nourricières permet de produire des légumes à destination de la Banque alimentaire sur des terrains privés d’entreprises. Porté par la Maison des agricultures et alimentation durables, ce projet solidaire répond aux enjeux d’approvisionnement en produits de qualité des associations.
Sur le site de l’entreprise Nature et Aliments au sud de Rezé, les deux maraîchers Olivier Trocherie et Yann Lescouarch ont encore quelques courgettes et potimarrons à ramasser. Les choux ont bien poussé et les poireaux de printemps démarrent. Mais comment se sont-ils retrouvés à cultiver des légumes sur le terrain privé d’une entreprise ? Cette expérimentation, débutée au printemps 2026, s’appelle Entreprises nourricières et mobilise des entreprises qui mettent à disposition du foncier pour des maraîchers qui cultivent des légumes pour la Banque alimentaire.
Inspirée des Paysages nourriciers nantais
Cette idée est née dans l’esprit de Yann Lescouarch, fondateur de Cultures d’entreprise, inspirée de son travail sur les Paysages nourriciers de la Ville de Nantes. Après 10 ans à faire « des jardins potagers avec des salariés d’entreprises, (je) voulais cultiver pour nourrir réellement les gens », explique-t-il. La Maison des agricultures et de l’alimentation durables (MAAD) se saisit de l’idée pour monter un projet. « Au-delà d’être un réseau d’acteurs professionnels, notre rôle est de prendre des risques, de défricher, de tester des projets pilotes »,
explique Raphaëlle Cormerais-Thomin, coordinatrice du projet à la MAAD.
Deux entreprises volontaires à Rezé et Vertou
Deux entreprises, Nature et Aliments et Tallineau Emballage à Vertou, ont mis gracieusement à disposition 200 m² de terrain chacune ainsi que de l’eau. Elles soutiennent également financièrement le projet, afin que les deux maraîchers exploitent, contre rémunération, les parcelles dont les légumes sont ensuite collectés deux fois par semaine par la Banque alimentaire. L’association les rachète 1€ le kilo à la MAAD avant de les revendre 0,30€ le kilo aux associations qui se fournissent chez elle. « Face à l’augmentation de la précarité alimentaire (10 % de la population en Loire-Atlantique) et la baisse des dons en quantité et qualité, ce projet va dans le bon sens »
, assure Claire Rocher de l’association L’entraide - Diaconat Protestant de Nantes qui se fournit à la Banque alimentaire.
Les collectivités investissent dans le projet
« Chaque acteur signe une convention, cela sécurise tout le monde, les entreprises s’engagent pour cinq ans, les maraîchers sont payés à la prestation et non à la récolte
, explique François Pastre, délégué général de la MAAD. Pour cette première année d’installation, qui est la plus coûteuse car il faut travailler le sol, acheter le matériel, etc., le projet est financé à 12 % par la vente de légumes, 40 % par les entreprises, 28 % par Nantes Métropole et 20 % par les Villes de Rezé et Vertou. Une fois le site installé, le budget est divisé par deux, la pérennisation du projet repose donc sur l’équilibre entre la vente des légumes et l’appui des collectivités. »
La Métropole soutient l’installation d’un site par an, la MAAD souhaite trouver d’autres ressources pour en installer davantage. D’abord au Sud-Loire pour densifier les Entreprises nourricières et simplifier les tournées de collecte de la Banque alimentaire.
Rendre visible l’engagement des entreprises
Côté entreprises, le projet s’intègre parfaitement aux objectifs de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et permet « de rendre visible notre engagement,
précise Benjamin Brochard, président chez Tallineau Emballage. Jusqu’ici, nous faisions surtout des dons, là les employés peuvent voir et comprendre que l’on peut avoir un impact positif et vertueux dans la société, ne pas être seulement un acteur économique. »
Chez Nature et Aliments, société à mission engagée de longue date dans la RSE, le sujet a facilement été accepté par les salariés et a fait naître un autre projet, la participation à la collecte de la Banque alimentaire en novembre. « Un salarié a participé au ramassage des pommes de terre, un autre s’est octroyé la mission de déplacer les cagettes de légumes au bon endroit et le remplissage des fiches pour la Banque alimentaire, et beaucoup discutent avec les maraîchers quand ils sont là »,
se réjouit Magalie Jost, codirigeante de Nature et aliments.
Objectif : 1,4 tonne de légumes
Malgré l’été difficile, 170 kg de courgettes ont été récoltés. « Lors des deux semaines de fermeture estivale de la Banque alimentaire, les légumes ont été déposés à notre atelier de transformation au MiN [le Marché d'intérêt national basé à Rezé, NDLR] pour en faire des gaspachos et autres conserves, distribuées ensuite aux associations,
ajoute Françoise Hervy, bénévole de la Banque alimentaire. Le gaspacho de courgettes a eu beaucoup de succès ! Ce projet répond aux besoins d’une alimentation saine et de qualité pour tous. »
L’objectif pour toutes les productions de ces légumes bio facilement cultivables et stockables est d’1,4 tonne par an.