Aux Dervallières, une ferme pour bien manger et se rencontrer

Publié le 23 sept. 2026

Dernière mise à jour 23 sept. 2026

À la ferme des Dervallières à Nantes, des habitants de ce quartier populaire, salariés par la régie Océan, font pousser des légumes bio et permettent à leurs voisins de redécouvrir le bon goût des légumes frais. Sans oublier le lien social, qui en sort renforcé.

  • Légumes primeurs, patates douces, oignons et échalotes, courges… À la ferme des Dervallières, tout est cultivé en bio. © Capucine Girard-Colombier

Il y a la queue à l'étal de la ferme des Dervallières, ce lundi après-midi. Des oignons, de la salade, des concombres, courgettes et aubergines, des tomates de toutes les couleurs. « Les vertes sont mûres, c'est une variété ancienne : la green zebra », avertit Jacob Leray, encadrant technique de la ferme. « Je vais racheter une pastèque, dit une cliente qui l'a goûtée la semaine précédente. Elle est très sucrée et au moins ici, on sait que vous ne mettez pas de produits chimiques. »

Une installation nouvelle, labellisée bio d'ici deux ans

Entre l'étang et les terrains de football, la ferme des Dervallières prend ses marques depuis un an. Le terrain d'un hectare se répartit entre trois quarts d'espaces extérieurs de production et un quart de serres non chauffées, le tout clôturé de ganivelles de bois, le long desquelles poussent de petits fruitiers. « On produit nos premiers légumes depuis ce printemps 2026, explique Jacob, qui coordonne l'équipe de salariés. Tout est bio, mais il faudra encore attendre deux ans avant d'être officiellement labellisé. »

L'espace est divisé en rectangles de 20 mètres sur 30, où alternent des rangs de cultures variées : « Ici, par exemple, on a un rang d'oignons-échalotes, un de pommes de terre, un de légumes primeurs, un de patates douces. Il y a aussi un carré complet de courges qui vont bientôt arriver à maturité et on vient de planter 2000 poireaux pour cet hiver. L'enjeu, c'est de pouvoir faire tourner les cultures tous les deux à quatre ans pour ne pas épuiser la terre ». Pour penser l'organisation, Jacob profite aussi des conseils réguliers d'un consultant agronome.

Une ferme à la fibre sociale

  • La régie de quartier Océan emploie six salariés en insertion, tous habitants du quartier des Dervallières. © Capucine Girard-Colombier

Il y a quatre ans, cet ancien graphiste est entré à la régie de quartier Océan en tant qu’encadrant technique en chantier d’espace vert et a pris les rênes du projet agricole en 2025, soutenu par la Ville de Nantes. « Après 12 ans dans mon métier d'origine, j'ai eu envie de retrouver du sens dans mon travail. Je me suis formé à l’agriculture urbaine. Comme j'avais aussi la fibre sociale, j'ai trouvé ici un métier qui allie les deux ». Il est à la tête d'une équipe de six salariés en insertion : Alisa, Cloé, Okhan, Christian, Jonathan et Alexandre. Tous sont habitants du quartier des Dervallières, embauchés pour deux ans maximum. « Cultiver les légumes est un outil, un support pour les remettre dans un rythme quotidien. Avec eux, on cherche aussi à lever les freins pour retrouver un emploi : passer un permis, maîtriser la langue française parfois... Chacune, chacun travaille son projet personnel, pas forcément agricole. »

À l'image de Cloé, qui œuvre à la ferme depuis ses débuts il y a un an. « J'ai fait mille métiers dans ma vie : dans le maraîchage, le bâtiment ou la restauration. Toujours des métiers physiques. » Pour cette maman solo d'un petit garçon, travailler près de chez elle est très pratique. « Je peux l'emmener à l'école avant de venir au travail et le temps partiel me convient bien. » Aujourd’hui, à 44 ans, elle commence quand même à fatiguer physiquement et aimerait bien se réorienter : « J'aime bien la vente notamment, j'ai un bon contact, peut-être que c'est une piste ? »

Des légumes vendus à prix libre

  • Les récoltes de la ferme des Dervallières sont écoulées directement dans le quartier des Dervallières, le lundi et le jeudi, sur site, à prix libre. © Capucine Girard-Colombier

Les récoltes de la ferme sont écoulées directement dans le quartier des Dervallières : le lundi et le jeudi, sur site. « C'est vendu à prix libre, c'est-à-dire qu'on a un prix indicatif, comme au marché. En fonction de ce que chacun peut mettre, on paye ce qui paraît juste », explique Jacob. Un peu moins ou un peu plus, en moyenne 70% du prix affiché dans un quartier où le pouvoir d’achat reste limité. Une partie des légumes rejoint aussi des paniers, distribués tous les 15 jours par la Maison de quartier à des familles repérées par le CCAS de Nantes.

« Ici, je me sens vraiment utile au quartier, se réjouit Cloé. On permet à des personnes qui n'en avaient pas toujours l'occasion de bien manger. » Les premiers retours confirment d'ailleurs le plaisir des clients : « Ils sont très contents du goût, de leur conservation et de l'idée que ça vient d'ici. Plusieurs nous disent que les concombres n'ont pas la même saveur que ceux de la grande distribution ! », confirme Jacob.

Un espace de partage et de lien social

  • La ferme des Dervallières est aussi un espace pour cultiver le lien social. Une dizaine de bénévoles s’y retrouvent chaque lundi après-midi pour semer, arroser, bouturer, etc. © Capucine Girard-Colombier

Autour de la ferme gravitent aussi une dizaine d'habitants bénévoles. Ils se retrouvent chaque lundi après-midi pour semer, arroser, bouturer, autour des bacs de légumes qui leurs sont dédiés. « Ce sont aussi des moments de convivialité pour s'informer ou se rendre service », souligne Mathilde Berthelot, chargée du volet animation de la ferme à Océan. Le site accueille aussi régulièrement les écoles du quartier, le centre de loisirs ou des jeunes en format chantier. « Ce sont eux qui ont créé la fresque sur le côté des serres, précise Mathilde. L'objectif, c'est de rassembler, créer des liens et s’insérer dans la vie de quartier. » « Cette ferme a été créée pour le quartier, le côté social est important, ajoute Jacob. On prend le temps de parler, d'expliquer les légumes et les saisons : c'est une ferme que l'on veut vivante et accueillante pour tous. »

Bientôt, un hangar va être construit pour stocker les récoltes et servir de lieu de vente ; l'ancienne maison du directeur d'école sera aussi rénovée pour accueillir les équipes salariées dans de bonnes conditions. Les serres vont se remplir pour que tout l'espace disponible soit cultivé. « J'aimerais bien aussi que l'on plante des arbres, qui apporteront de l'ombre pour contrer les prochains étés caniculaires et rendre le site encore plus agréable », conclut Jacob.

Pratique

Ferme des Dervallières, rue Auguste-Renoir à Nantes
Vente directe des légumes le lundi de 14h30 à 16h30 et le jeudi de 11h à 12h30
Permanence des habitants bénévoles chaque lundi de 15h à 17h30.

Fête de la ferme mercredi 30 septembre de 16h à 20h : animaux de la basse-cour, récolte collective, concert, banquet, en partenariat avec les associations du quartier.

Contact : 06 59 50 92 94.

Des produits locaux et de saison sur vos tables ?

Volailles, fruits et légumes, fromages, boissons… Dans la métropole nantaise, de nombreux agriculteurs et agricultrices misent sur la qualité et l’agriculture biologique. 70 d’entre eux vendent leurs produits en circuits courts : marchés, paniers, vente à la ferme… Pour les trouver et favoriser l’achat local, consultez la carte publiée par Nantes Métropole.