Commerces vandalisés à Nantes : la Ville lance un registre de soutien
À la ferme de la Marjottière, le collectif, c’est essentiel
Publié le 21 oct. 2026
Dernière mise à jour 21 oct. 2026
Simon Bernard s’est lancé il y a trois ans dans la création d'une nouvelle ferme maraîchère au lieu-dit la Marjottière à Couëron. Après 10 ans d’expérience agricole, l’ancien ingénieur paysagiste construit petit à petit la ferme de ses rêves, en bio et en vente directe.
C'est la rentrée scolaire : dans les cantines d'Indre et de Couëron, les enfants vont déguster les courgettes, poivrons, melons et pastèques de la ferme de la Marjottière. Quelques kilomètres seulement séparent ces restaurants scolaires de la ferme de Simon Bernard, paysan-maraîcher : « C'est chouette d'envoyer du bio, plus qualitatif vers les cantines
», apprécie ce père de deux jeunes enfants. La vente en restauration collective ne constitue qu'une part modique dans l’exploitation, mais c'est un geste militant qui a du sens.
Une installation aidée par un collectif d'agriculteurs
Formé comme ingénieur paysagiste à Angers, Simon se détourne rapidement d'une carrière dans la recherche pour embrasser l’agriculture : « J'avais envie d'un boulot plus concret.
» Sans connaissances techniques agricoles, il travaille d'abord comme salarié agricole, puis coordonne un chantier d’insertion en maraîchage. En 2017, il s'installe avec sa famille à Couëron, un choix à la lisière de la ville, où travaille sa compagne, et de la campagne où il veut créer sa ferme. « J'ai mis cinq à six ans à trouver de bonnes terres, soutenu par un groupe d'agriculteurs de la commune qui m'a fait de la place lorsque des terres adaptées ont été disponibles.
»
Sur ces 10 hectares de prairies, tout était à construire : le forage pour irriguer, le bâtiment d'exploitation, les serres de production… Aujourd'hui, six hectares sont en production de plein-champ et 2 700 m2 de serres non chauffées abritent les cultures plus sensibles. « C'est en maraîchage bio diversifié, dimensionné pour au moins trois associés à terme. Mais s'associer, c'est de l'humain, ça prend du temps pour trouver les bonnes personnes.
» En attendant la perle rare, avec ses trois salariés permanents, Simon produit déjà 65 légumes différents, dont de gros volumes de pommes de terre, carottes ou poireaux.
La vente directe plutôt que le MIN
Au bord d'un axe routier très passant, Simon a tout de suite opté pour la vente directe. Chaque mercredi soir, il organise un marché dans ses locaux. S’y retrouvent, une amie éleveuse qui produit des fromages et yaourts de brebis (la Bergerie de la Joue), ses voisins de la ferme des Roches (produits laitiers de vache) et la boulangerie paysanne Pain partout de Haute-Indre. Simon propose aussi de passer commande avant sur le site Made in Coueron et de venir récupérer son panier le mercredi soir à la ferme de la Noé Allais. Le vendredi soir, il rejoint la ferme voisine des Roches où un gros marché paysan rassemble sept producteurs.
« Je m'éclate beaucoup plus à faire de la vente directe qu'à vendre en demi-gros
», reconnaît-il. Depuis un an, la ferme de la Marjottière approvisionne également l'AMAP de Doulon : « On prend la suite du GAEC [Groupement agricole d'exploitation en commun, NDLR] Symbiose des Touches. Ça faisait 18 ans qu'ils bichonnaient les Amapiens, ça nous a mis un peu la pression au départ, alors qu'on est encore en phase d'installation. Mais aujourd’hui, l’aventure se passe bien.
»
Mécaniser tout en restant autonome
Même s'il n'a pas encore 40 ans, Simon se dit un paysan « has been ». « À l'inverse de la mouvance actuelle d'agroforesterie ou de maraîchage sur toute petite surface, j'ai fait le choix de rationaliser et de mécaniser la production
». Il adore les chevaux, « mais la traction animale en maraîchage, ça n'est pas réaliste !
», dit celui qui constate l'usure des corps chez ses collègues, tous âges confondus.
Même mécanisé, il ne cède pas pour autant à la course au machinisme agricole et aux emprunts qui vont avec : « Je suis un adepte du low-tech et de la réparation, pour rester autonome
», souligne-t-il, fier de présenter sa machine à patates venue du nord de la France et plus vieille que lui, ou sa « Chtit-bine », autoconstruite avec l'Atelier Paysan. « On peut désherber, planter et récolter, tout en restant allongé sur le ventre, à l'ombre et avec de la musique !
»
Un métier compliqué
Trois ans après son installation, comme ses voisins, Simon a subi la canicule et la sécheresse de l'été. « Cette année, c'est vraiment l'enfer
», se désole-t-il. Même si son forage a tenu le coup, il a dû rationner l'eau par rapport aux besoins. Résultat, ses choux ont été attaqués par un insecte ravageur, avec de gros dégâts. Les premières récoltes de pommes de terre s'annoncent décevantes. Sans compter les sangliers, qui viennent de ravager une partie de ses productions, dernièrement les salades. Simon reconnaît que moralement, ce n'est pas toujours simple. « C'est un métier compliqué, éprouvant et je suis encore tout seul à tenir la barre du navire.
» Sans oublier qu'il ne gagne pas encore bien sa vie : « 1800 € pour 70 heures de travail hebdomadaire, faites le calcul sur le revenu horaire !
»
Malgré ces difficultés, sa volonté de donner corps à l'exploitation maraîchère dont il rêve reste intacte. « Chaque jour, c'est le collectif qui me fait me lever. Ici, on a la chance d'avoir une vraie entraide locale entre agriculteurs. C'est une petite famille, on partage nos difficultés, on se donne des coups de mains.
» Fort de cet ancrage collectif, Simon Bernard est aussi rapidement devenu un acteur local incontournable, reconnu pour la qualité de ses produits bio et attendu chaque semaine par ses clients. D'ailleurs, c'est mercredi : il est temps de retourne préparer son marché à la ferme !
Pratique
La Marjottière, 16 bis route de la Montagne, à Couëron
Vente directe à la ferme le mercredi de 17 h à 19 h, à la Ferme des Roches (Couëron) le vendredi de 17 h à 19 h et via l'AMAP de Doulon, à Nantes
Commande possible sur les site Made in Couëron.
Contact : fermedelamarjottiere@gmail.com
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