Au Vieux Hangar, tomates et brebis cohabitent

Publié le 08 oct. 2026

Dernière mise à jour 08 oct. 2026

Il y a 10 ans, Aude Le Bihan et Jules Wagner se sont installés au Pellerin en maraîchage bio et viande d'agneau. Attentifs à la qualité, au goût et à la diversité, ils approvisionnent quelque 150 familles, en AMAP et vente directe à la ferme.

  • Sur 32 hectares au Pellerin, Aude Le Bihan et Jules Wagner allient une grande variété de légumes et un troupeau de 85 brebis: « La qualité et la fraîcheur, c'est notre fierté ». © Patrick Garçon

Fin août : c'est la récolte de pommes de terre au Vieux Hangar. Aude Le Bihan et Jules Wagner, accompagnés de leur salariée et d'une saisonnière, mettent la récolte en caisse. « Avec les canicules de cet été, le calibre est plus petit et on va avoir 3 palettes au lieu des 4 habituelles », regrettent-ils. À leurs cotés, leur border collie Itcha se prélasse. Période cool en ce moment pour ce chien de berger : les brebis sont à l'abri sous le hangar, déjà au fourrage alors que l'herbe des prairies a entièrement grillé cet été. Les agneaux déjà partis à l'engraissage.

« Ne plus être spectateur mais devenir acteur du goût »

Aude est ingénieure en agriculture de formation, Jules était cuisinier. « Nous nous sommes rencontrés au MIN de Nantes, chez Méchinaud, un maraîcher solidement implanté, avec un savoir-faire reconnu : il vendait déjà des fines herbes, des jeunes pousses, notamment aux restaurateurs. C'était innovant il y a 20 ans. » Partis ensemble à l'aventure en vélo durant un an et demi de France jusqu'en Australie, ils en reviennent avec l'idée d'un projet agricole commun : « On ne voulait plus être spectateurs, mais passer de l'autre côté, faire un métier qui ait du sens pour nous et pour la société. » Quatre ans seront nécessaires pour se former et trouver le site idéal pour concrétiser ce rêve. « Jules voulait des brebis, j'étais plutôt attirée par le maraîchage : on a combiné les deux », se rappelle Aude.

Au Vieux Hangar, sur les 32 hectares, 1,5 sont consacrés au maraîchage (avec 2000 m2 de serres non chauffées) et le troupeau de 85 brebis met au monde une centaine d'agneaux chaque année. Au fil des ans, le maraîchage a pris le dessus, plus rémunérateur. Les agneaux sevrés poursuivent leur vie en Mayenne dès la fin mai, avant que ne démarre la pleine saison de culture maraîchère. 

« La qualité et la fraîcheur, c'est notre fierté »

  • À la ferme du Vieux Hangar, la laine des brebis est transformée en matelas par une entreprise du Limousin. © Patrick Garçon

Par leur parcours professionnel antérieur, Aude et Jules ont gardé une exigence très forte de qualité. « On est partis en bio dès le départ, avec un œil expert sur la production. » Fournisseur de l’AMAP de Saint-Jo, le couple défend le choix d'une grande variété de légumes, une cinquantaine chaque année. « C'est un engagement fort de la part des consommateurs de signer un contrat AMAP. Alors, on les bichonne, on se doit de leur proposer quelque chose de chouette en retour et pas que des choux et des navets en hiver ! » Pour diversifier leur gamme, ils font aussi pousser dans leurs serres de la patate douce, du gingembre ou encore de la chayote, bien connue à la Réunion. « On est à cheval sur la qualité et c'est reconnu. Les clients nous disent que nos légumes sont super beaux, super bons. On les cueille le jour même ou la veille, la qualité et la fraîcheur, c'est notre fierté ».

Ne pas grossir pour garder un équilibre personnel

45% de la production part en AMAP, l'équivalent est vendu chaque vendredi soir en direct à la ferme et les excédents partent au « Clos du Bio » au MIN de Nantes. Petite nouveauté en cette rentrée 2026, les foyers qui expérimentent la toute nouvelle caisse commune de l’alimentation vont désormais pouvoir s'approvisionner au Vieux Hangar. « On est aujourd'hui arrivés sur un fonctionnement qui nous convient et on assume de ne pas trop grossir, avec une seule salariée. » Ces modes de commercialisation préservent aussi leurs week-ends, sans les obliger à se lever à 5 heures du matin pour rejoindre un marché de plein-air. Chaque année, le couple prend 4 à 5 semaines de vacances : « Cet équilibre personnel est essentiel pour nous ».

Faire découvrir l'agriculture aux plus jeunes

Depuis deux ans, Aude et Jules accueillent aussi les CM1-CM2 de l'école de l'Hermitage dans le cadre du dispositif « Une ferme, une école » proposé par Nantes Métropole. Les écoliers découvrent le semis, apprennent à classer les légumes, les dessinent, font des herbiers à partir des haies d'arbres. « Le lien à la terre se perd. Au début, ils ont peur de toucher, c'est sale. Il faut les raccorder au vivant, remarque Jules. C'est gagné quand ils repartent en mangeant des feuilles d'épinard crues ! » Avec l'enseignante, Aude imagine peut-être travailler un jour sur le thème de la laine : « On a de la chance : notre tondeur envoie la laine de nos brebis vers une entreprise de matelas dans le Limousin. Elle ne finit pas à la poubelle ! »

Malgré leur passion intacte, Aude et Jules reconnaissent qu'avec l'âge, les corps s'usent quand même. « Cet été, avec les canicules, c'était très dur mentalement et physiquement, même si notre source ne s'est jamais tarie. On a toujours été dans l'urgence pour maintenir en vie nos productions ». Depuis 2022 et leur première canicule, seule 2025 a été une année sans grosse difficulté. « Ça ne va pas aller en s’arrangeant. Et si nos clients sont très largement sensibilisés au changement climatique, on se demande parfois comment faire changer les choses au plan politique, plus largement qu'à notre petite échelle. »

Pratique

Le Vieux Hangar, 25 rue Vièvre au Pellerin
Vente directe à la ferme le vendredi de 16h à 18h30 et via l'AMAP de Saint-Jo à Nantes
Contact : 06 58 23 07 12 / jules.wagner@gmail.com

Des produits locaux et de saison sur vos tables ?

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