Changement climatique, une affaire de famille (2/3) : le quotidien

Publié le 28 oct. 2026

Dernière mise à jour 28 oct. 2026

Comment la crise climatique percute-t-elle les relations entre générations ? Notre partenaire média, Les Autres Possibles, a mené l'enquête au cœur d’une famille de La Chapelle-sur-Erdre. Dans ce deuxième épisode, les parents et les enfants parlent du quotidien… et de leurs compromis.

Le défi des déplacements

  • Sandra Adam et ses deux fils Colin et Baptiste. © Jean-Félix Fayolle

De bon matin à La Chapelle-sur-Erdre, le soleil fait briller les bourgeons qui pointent leur nez dans le grand jardin. Grégoire Adam, le père, est parti aux aurores prendre un train pour Paris depuis la gare de Nantes. Maëlis, l’ado, a pris plusieurs lignes de transport pour se rendre au lycée. Avant de commencer sa journée en télétravail, Sandra, la mère, doit déposer les petits à l’école. Petits-déjeuners avalés, dents brossées, Colin et Baptiste sont prêts à rejoindre leurs classes, à quelques minutes de trajet.

Tout semble simple, pourtant, comme dans tous les foyers, c’est une orchestration minutieuse qui s’est mise en place pour que la famille Adam soit à l’heure. Sauf Salto, le berger australien, qui n’a pas vraiment d’obligations !

« Je vais à la gare en voiture, parfois en taxi, détaille Greg. Mon TGV part trop tôt pour avoir une continuité avec le tram-train, et j’avoue que le vélo à 4h du matin, la nuit en plein hiver… j’ai renoncé ! » Du côté des enfants ? « Je pars vers 7h15, je mets environ 45 minutes pour aller au lycée, et pour revenir ça peut prendre une heure. Tout dépend quel bus je prends et si je traîne avec mes copines. Mais ça va, je ne trouve pas ça trop long » ; « Nous on va à l’école en voiture, des fois à vélo… mais pas trop. » On y reviendra.

Les mobilités sont parmi les enjeux clés de la transition écologique. En France, les transports représentent 34 % des gaz à effet de serre, et sont donc un levier de taille pour faire baisser son empreinte carbone. Oui, mais voilà : même dans une métropole bien équipée, la distance par rapport aux transports en commun, les moyens financiers dont il faut disposer pour acheter un véhicule plus propre, ou encore les zones mal desservies… sont autant de freins au changement des pratiques. Auxquels s’ajoute, tout simplement, la vie quotidienne avec des enfants.

« 

Une de mes plus grandes craintes, c’est de transmettre aux enfants l’idée d’un mode de vie contraignant.

 »

Sandra Adam, la mère, 43 ans

« Des fois les parents nous saoulent un peu »

Comment rendre l’écologie désirable aux yeux des enfants ? Le questionnement traverse souvent Sandra et Greg, qui ont un parti pris commun : expliquer les enjeux sans dérouler le scénario catastrophe. Se concentrer sur les perspectives, le positif. « On leur dit que c’est important pour nous, que ça fait partie de nos valeurs. Et que c’est aussi important pour le monde dans lequel ils vivent, pour des choses qui les touchent : la nature, les animaux… » 

Quand on leur pose la question, Colin et Baptiste répondent à l’unisson qu’on ne parle pas trop d’écologie à la maison. « Sauf des fois, les parents nous saoulent un petit peu pour éteindre les lumières ou baisser le chauffage », lâche Colin avec un regard rieur.

« 

On pourra jamais arrêter la pollution, mais on peut la limiter au maximum.

 »

Colin, le cadet, 11 ans

« 

Il faudrait arrêter de construire des voitures à essence et construire des voitures électriques à la place.

 »

Baptiste, le benjamin, 9 ans

Une génération confrontée au dérèglement du climat

  • © Jean-Félix Fayolle

Se passer des écrans leur semble possible, mais « vraiment pas évident ». Tout comme avoir moins de jouets – « Je trouve que nos parents nous gâtent un peu trop », pose Colin – ou partir en vacances à vélo, testé et approuvé l’été dernier. Entre conscience accrue et naïveté de l’enfance, Colin et Baptiste font partie d’une génération qui a toujours côtoyé les effets du réchauffement climatique. Selon l’Unicef, ils font aussi partie de la quasi-totalité des enfants désormais exposés à un facteur de risque climatique et environnemental (pollution atmosphérique, pénuries d’eau, canicules, etc.). Oui, la dernière canicule les a marqués – « L’école a fermé et on a pu aller chez un copain qui a une piscine » –, ils savent que l’avion est plus polluant que le train qui est plus polluant que le vélo – « On a étudié les modes de transport en classe » – ou que les économies d’eau sont importantes – « Ça on le fait bien ! ».

Leur grande sœur, Maëlis, est une ado bien occupée : lycée, équitation, promenades du chien – « Ça me fait trop du bien de prendre l’air avec lui » –, sorties entre copines… Le réchauffement climatique a toujours été là, dans sa vie, elle aussi en a déjà subi les conséquences, comme 64 % des jeunes interrogés dans l’enquête « Jeunes et climat en Loire-Atlantique » des Autres Possibles (2023). Et elle aussi, a intégré le sujet dans son quotidien.

« 

C’est difficile d’avoir un impact à notre petite échelle. Sur certaines actions, je me dis que ça vaut le coup. D’autres sont importantes mais ne me touchent pas, parce que je n’arrive pas à bien me représenter leur portée.

 »

Maëlis, l’aînée, 14 ans

75 % des 15-25 ans interrogés dans l’étude « Les jeunes et le dialogue intergénérationnel sur l’environnement » (Ademe, 2023) citent leurs parents parmi leurs sources d’information sur le sujet, 51 % leurs frères et sœurs et 47 % leurs grands-parents. De fait, un grand nombre partage des activités en lien avec l’environnement avec leur famille (64 %) : de quoi créer un socle de valeur et d’habitudes communes, qui permet « de continuer à échanger et le plus souvent à se comprendre ».

À suivre

Dans le 3e et dernier épisode de cette série, parents, enfants et grand-parents nous parleront de leur rapport à l’avenir.