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Changement climatique, une affaire de famille (3/3) : le futur
Publié le 04 nov. 2026
Dernière mise à jour 04 nov. 2026
Comment la crise climatique percute-t-elle les relations entre générations ? Notre partenaire média, Les Autres Possibles, a mené l'enquête au cœur d’une famille de La Chapelle-sur-Erdre. Dans ce troisième et dernier épisode, place aux ressentis et inquiétudes sur l’avenir.
Sentiments complexes pour la planète
Si la famille Adam n’est pas une famille d’éco-anxieux chroniques, l’inquiétude vis-à-vis de la planète est bien là, tapie dans le creux des conversations. Du haut de ses 9 ans, Baptiste la formule ainsi : « Moi j’ai peur que la Terre explose, à un moment, parce qu'il y a trop d'essence dans l'air. Ou alors qu’il n’y ait plus que du CO2 dans l’air à cause de la pollution, et que du coup on n’arrive plus à respirer. »
Voilà une entrée en matière peu enjouée, on vous le concède...
L’éco-anxiété – ou éco-inquiétude dans sa version plus modérée – concerne de plus en plus d’individus : dans une étude réalisée par l’Ifop en 2025, 80% des personnes interrogées pointent le contexte climatique et politique comme facteur de dégradation de leur santé mentale. L’Ademe, l’agence pour la transition écologique en France, a publié la même année sa première grande étude sur le sujet. Verdict : 10,5 millions de Français et Françaises ressentent de l’éco-anxiété modérée à très forte – cette dernière nécessitant un suivi psychologique. Comment se projeter vers son avenir ? Comment élever ses enfants dans ce contexte ? Comment leur donner envie, à eux aussi, de se projeter ?
Lorsqu’on amène le sujet à la famille Adam, qui habite La Chapelle-sur-Erdre depuis 2020, l’émotion est palpable. En arrivant sur la commune après avoir pris un tournant professionnel, Sandra, la mère, et Greg, le père, ont renforcé leur conscience écologique : une façon, pour eux, d’accorder leurs valeurs avec l’urgence de la situation. Ce qui a aussi ouvert la porte à une cohorte de sentiments complexes.
«Le sujet génère de l’inquiétude, mais surtout de la culpabilité : je ne comprends pas qu’on ne soit pas tous conscients de ça, à l’échelle de notre génération, alors même qu’il est impossible de ne pas savoir.
»
Sandra Adam, la mère, 43 ans
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« C’est un sujet qui génère de l’inquiétude, et surtout de la culpabilité : à la fois sur un plan personnel, avec ce sentiment de ne jamais faire assez, de vivre avec de très nombreuses injonctions qui sont irréalisables dans leur ensemble ; mais aussi à l’échelle plus globale. Je ne suis pas en colère vis-à-vis des générations passées, et je pense qu’il ne faut pas faire reposer la situation sur les épaules des générations à venir. C’est une culpabilité à l’échelle de notre génération, celle qui peut agir aujourd’hui, et qui pour partie ne le fait pas. Je ne comprends pas qu’on ne soit pas tous conscients de ça, alors même qu’il est impossible de ne pas savoir.
Je suis plutôt positive de caractère, et combattante. Donc, d’une part, on en parle avec les enfants, mais sans vouloir générer d’inquiétude ou d’anxiété chez eux. On ne leur dit pas qu’on va droit dans le mur, que la planète est fichue. J’essaie de rendre le sujet intéressant, joyeux, désirable. C’est une façon de vivre globale, je veux leur montrer que c’est chouette d’essayer de faire autrement. D’autre part, je ne veux pas trop penser aux sujets difficiles. Pas par déni, car je connais bien la situation, mais je n’ai pas envie de me dire que je n’aurai pas de petits-enfants parce que nos enfants ne pourront peut-être pas en avoir, en raison des niveaux de pollution auxquels ils sont exposés, par exemple. »
Sandra agit à travers son activité professionnelle et le mode de vie familial (lire ép. 1). Greg, lui, a choisi une autre forme d’engagement : il fait partie du conseil d’administration de la ressourcerie locale, le Transistore, et milite politiquement pour l’écologie. Pour la suite, il entend bien travailler son rapport au ralentissement, vers plus de sobriété – un défi pour cet hyperactif !
«Je fais confiance à la génération qui vient pour faire mieux que ce qu'on a fait jusqu'ici, pour prendre des décisions qui infléchiront la trajectoire actuelle.
»
Grégoire Adam, le père, 43 ans
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« Avec la prise de conscience, sont arrivés des sentiments parfois négatifs… Je me dis qu’il y a tellement de choses à faire, et que le rythme de changement est tellement lent, que ça génère de la frustration chez moi, parfois de la colère. Mais ça ne génère pas que ça : ça donne aussi du sens à mes actions, et là ça devient quelque chose de très profond pour soi.
Je pense qu'on va dans le mur, donc, oui, je suis inquiet pour mes enfants. Dans quel monde vont-ils vivre ? Je suis persuadé qu'ils feront face à des événements climatiques très durs. Qu’on ne peut même pas imaginer aujourd’hui. Après, j’ai quand même une part d'optimisme, je fais confiance à mes enfants. J'ai envie de faire confiance à la génération qui vient pour faire mieux que ce qu'on a fait jusqu'ici, pour prendre des décisions qui infléchiront la trajectoire actuelle.
Je ressens aussi beaucoup d’injustice. On parle de lutte contre le réchauffement climatique et d’adaptation, mais on sait que ça va aggraver fortement des inégalités sociales qui sont déjà très fortes. Ceux qui subiront le plus gravement les conséquences de ce dérèglement, sont ceux qui ont qui sont déjà les plus défavorisés. En l'occurrence, nous, nous avons la chance de ne pas être dans le besoin, donc mes enfants ont accès à davantage de clefs pour s’adapter que d’autres. Mais si ça me réconforte en tant que parent, en tant que citoyen, je trouve ça inacceptable. »
D'une génération à l'autre, l'inquiétude
En pensant à la génération qui les a précédés, les parents de Sandra ont le sentiment d’avoir bien profité, tout en ayant conscience qu’ils ont fait partie du problème. Ils font attention, aujourd’hui, sans totalement renoncer à leur mode de vie. Et s’inquiètent, eux aussi, pour leurs petits-enfants.
«J’ai des projections assez négatives sur le sujet. On n’en parle pas avec les petits-enfants, parce que c’est trop stressant, et je ne veux pas les démotiver vis-à-vis de leur futur.
»
Bernard Thévenin, le grand-père, 63 ans
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« Quand je suis né, il y avait 3,2 milliards d'habitants. Aujourd’hui, nous sommes 8 milliards ! Donc l’écologie, à l’époque, ça n’était pas du tout le même sujet : quand vous êtes 8 milliards sur la même planète, il faut loger les gens, il faut nourrir tout le monde, il faut construire des routes, des hôpitaux, des écoles… Tout ça détruit l’environnement. J’ai commencé à être sensibilisé sur le sujet quand on était environ 5 milliards, il y a une vingtaine d’années. Oui, je vois les choses de façon pragmatique, et systémique.
Je ne suis pas de nature très angoissé, mais je suis inquiet pour l'avenir des générations qui nous suivent. Parce que je pense que ça va créer des conflits. Ma conviction, c’est que la Terre n'est pas faite pour que 8 milliards d'humains vivent à peu près correctement. Donc soit vous en avez les 3/4 qui vivent misérablement, et un jour la colère éclate, soit tout le monde vit comme nous, et les ressources s’épuisent et s’effondrent. J’ai donc des projections assez négatives sur le sujet !
On n’en parle pas avec les petits-enfants. Je ne veux pas leur parler de ces sujets parce que c’est trop stressant, et je ne veux pas les démotiver vis-à-vis de leur futur. Je sais que leurs parents en parlent, pour les sensibiliser, c’est bien et je pense que ça suffit. »
Gérer les contradictions
Avec leurs grands-parents, les enfants parlent de politique, de voyages, du quotidien… Finalement, tout autant de sujets qui ramènent vers l’écologie, et construisent leur pensée. Maëlis, Colin et Baptiste ne souffrent pas de troubles anxieux liés à la crise climatique. Ils ont intégré une écologie du quotidien (lire épisode 2), et perçoivent à leur niveau les contradictions auxquelles il faut faire face pour vivre dans ce monde : commander une voiture télécommandée pour Noël même si elle vient de Chine (Baptiste) ? Acheter quelque chose plus cher avec son argent de poche parce que c’est plus écolo (Maëlis) ?
«»
Je pense que les erreurs sont faites et que j’aurais beau être en colère contre les générations précédentes, ça ne changera rien. Je sais qu’il ne faut pas perdre espoir, mais bon, je ne peux pas me forcer à ressentir de l’optimisme.
Maëlis, la fille aînée, 14 ans
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« Ça me fait un peu peur, oui, parce qu’on parle de l’avenir de notre planète. Quand je vois les chiffres, les actualités, je me dis que c’est impressionnant. Je ne suis pas en colère, en fait, je pense que les erreurs sont faites et que j’aurais beau être en colère contre les générations précédentes, ça ne changera rien. Je suis plutôt pessimiste sur le sujet, je vois autour de moi plein de gens qui font des efforts mais ça ne change pas énormément, je vois que les choses s’aggravent plus qu’elles ne s’améliorent. Je sais qu’il ne faut pas perdre espoir, mais bon, je ne le contrôle pas, je ne peux pas me forcer à ressentir de l’optimisme.
Franchement, je n’ai aucune idée de quel métier je veux faire. Mais j’ai la conviction que beaucoup de métiers vont disparaître, à cause des conditions climatiques mais aussi de l’intelligence artificielle. Et d’autres métiers vont apparaître. Donc je trouve ça difficile de choisir maintenant alors que ça va évoluer très vite. »
Les enfants le savent, ils vont grandir et faire leur vie dans un monde qui va connaître bien des bouleversements. Mais pour l’heure, ils sont plus préoccupés par leur vie d’enfant ou d’adolescente, et par un grand projet familial… En 2027, pour célébrer les 20 ans de mariage de Greg et Sandra, la famille prévoit un voyage de deux mois, qui fait l’objet de nombreuses conversations. L’écologie y prend évidemment une grande place : « Une fois exclues les destinations trop lointaines qui obligent à prendre l’avion, où les régimes politiques trop instables, on ne se voit pas décider sans eux de la destination. C’est une façon de leur partager nos convictions, et de les impliquer dans quelque chose qui est plus grand qu’eux »,
expliquent les parents.
Une façon, aussi, d'insuffler de la joie et de la légèreté dans ces sujets. Il n’y a qu’à voir les sourires et les yeux qui brillent quand on évoque le projet. Les parents veulent partir à vélo. Le cœur des enfants va vers l’avion (veto des parents !). Pourquoi pas le bateau ou le train ? Une chose est sûre : il faudra trouver une solution pour que Salto, le chien, soit de la partie.