Émilie, Patrice et Sébastien voyagent l'été en mode décarboné

Publié le 01 juill. 2026

Dernière mise à jour 03 juill. 2026

Que ce soit pour la planète ou pour des raisons financières, ces trois habitants de la métropole nantaise ont réfléchi à la façon dont ils partaient en vacances. De quoi s’inspirer en ce début d'été !

Le tourisme ? Une bonne affaire économique, mais un coût écologique certain. En France, première destination touristique mondiale, le secteur représente 11 % des émissions de gaz à effet de serre, et les trois-quarts proviennent des seuls déplacements1. Le tourisme durable ? En 2025, 33 % des Français disaient comprendre ce concept (+8 points en deux ans). Mais la prise de conscience ne se traduit pas en actes : 46 % ne prennent toujours pas en compte la dimension durable dans la préparation de leurs vacances, privilégiant le coût, les activités et la qualité de l’hébergement. Cette même année, le recours à l’avion est à la hausse chez les Français (+9 points par rapport à 2024), tandis que le train peine à s’imposer.

Certains ont pourtant fait autrement. Train pour une destination à portée de TER ou au bout du monde, cars, vélo, marche : Sébastien, Émilie et Patrice racontent comment ils ont réinventé et décarboné leurs voyages.

Pourquoi on s’est lancés

  • Sébastien Prospert, 31 ans, travaille dans le secteur des énergies renouvelables. Il habite quartier Graslin à Nantes. © Christiane Blanchard

Sébastien : « J’ai toujours eu une sensibilité à l’environnement : j’ai grandi en campagne, près d’une forêt. C’est peut-être générationnel aussi. La première chose à laquelle on pense, nous, c’est limiter l’avion. Je n’ai jamais trop pris de longs-courriers. Pour les voyages vers des destinations proches, c’est d’abord le train : il y a une offre assez importante, notamment en train de nuit. »

Émilie : « J’ai fait du scoutisme et c’est une bonne façon d’appréhender la nature. Après l’adolescence où on est un peu insouciant, on comprend mieux ce qu’il se passe, on voit l’environnement qui se dégrade, par exemple la disparition des insectes. »

Patrice : « L’épuisement des ressources, le climat… J’ai pris ces réalités frontalement quand je me suis formé au collège des transitions sociétales, alors que je travaillais déjà sur la RSE, la responsabilité sociale des entreprises. À cette même époque, avec mon épouse, on avait envie de prendre un congé sabbatique pour faire un voyage lointain. Partir en avion, ça heurtait notre conscience écologique qui s’était aiguisée. Plutôt que renoncer au voyage, on a réfléchi à faire autrement. »

Ce qu’on a changé

  • Patrice Landré, 65 ans, habite à la Jonelière à Nantes. Retraité de l’enseignement supérieur, il encadre bénévolement des skieurs nordiques. © Christiane Blanchard

Patrice : « On a pris des sacs à dos et pendant 10 mois, on a voyagé vers l’Asie essentiellement en train, parfois en autocar, en bateau-bus. On s’est beaucoup plu à rester à un même endroit, à séjourner, à installer des routines, à se faire reconnaître par les habitants... D’autant que dans un voyage au long-cours, le budget est réduit, ça oblige à manger comme les locaux, dans les petites échoppes. »

Sébastien : « Ce ralentissement, c’est central. Mes premières vacances décarbonées, c’était deux semaines à randonner dans les Alpes avec mon meilleur ami, ambiance sac-à-dos et sans plan trop précis. Au final, ce sont des vacances plus marquantes. On sort de sa zone de confort, on se souvient de chaque événement auquel on se confronte. C’est une philosophie du voyage aussi : on laisse le téléphone de côté, on est plus dans le contact humain. »

Émilie : « J’ai commencé à voyager en car, en stop, mais quand je me suis mise au vélo pour aller au travail, je me suis dit que j’allais aussi partir comme ça en vacances. La première fois, je suis partie un peu à l’arrache, en plein hiver, mais ça s’est passé sans aucun problème. Aujourd’hui, ça m’arrive de prendre un peu le train pour m’éloigner, mais le gros du voyage se fait ensuite à vélo. »

Les obstacles, les questions

  • Émilie Corlay, 28 ans, est jardinière tout en étudiant l’aménagement paysager. Elle habite l’Île de Nantes. © Christiane Blanchard

Émilie : « En tant que voyageuse femme, on se heurte à des idées reçues sur les dangers que l’on peut rencontrer. Ma famille s’inquiétait, alors j’ai installé une appli pour qu’on puisse savoir où j’étais. En réalité, beaucoup de femmes voyagent seules à pied ou à vélo ! Une autre difficulté, pour moi, c’est que voyager en train, c’est un budget, donc ça limite mes possibilités. »

Patrice : « En France, c’est vrai que le train reste cher, mais ce n’est pas le cas dans d’autres pays. C’est l’avion qui est scandaleusement peu cher ! Mais dans ma génération, il est considéré comme un acquis. Quand je discute avec des voyageurs qui le prennent tout le temps, c’est assez dur d’en parler, on est qualifié d’extrémiste (sourire). Vouloir faire autrement, ce n’est pas toujours compris ! »

Émilie : « Quand mes parents ont voulu nous inviter au Vietnam, tous les frères et sœurs, j’étais la seule à refuser. Là, j’ai bien senti l’incompréhension... »

Sébastien : « On n’est pas obligé de renoncer complètement, être dans une démarche tout noir ou tout blanc. Pour un mariage en Italie, j’ai choisi de faire l’aller en train, en prenant le temps, en faisant des étapes, mais je ne me suis pas interdit de rentrer en avion. Je pense que tous les petits efforts sont bons à prendre. »

Ce qu’on en retient

Patrice : « Voyager décarboné, en plus d’être aligné sur nos valeurs écologiques, c’est le bonheur du voyage lent et contemplatif, c’est changer son rapport au temps. C’est une manière de voyager enthousiasmante, qui nourrit un nouvel imaginaire du voyage. Ne serait-ce que passer physiquement une frontière : ce n’est pas la même chose que le checkpoint d’un aéroport ! »

Émilie : « Moi, pour le moment, je préfère rester dans le coin, quitte à m’éloigner plus tard. Dans l’immédiat, j’ai repensé mon rapport à la voiture. En fait, aller en vélo dans le Finistère ou à La Rochelle, ce n’est pas si loin que ça. Et si jamais on en a marre de pédaler, on peut toujours rentrer en train, ce n’est pas grave (rires) ! Il ne faut pas se lancer d’objectifs énormes, il faut essayer. »

Sébastien : « Si on a des envies de dépaysement, il y a largement de quoi faire en France ou dans les pays proches : les paysages, les gens, la nourriture, la culture… Partir loin, finalement, c’est du temps qu’on ne consacre pas à notre pays ou notre continent. »

Comment partir ?

En train de nuit

Depuis Nantes, il faut gagner Paris-Austerlitz pour rejoindre les Intercités de nuit de la SNCF. Ils desservent Marseille/Nice, Briançon, Toulouse, Lourdes/Tarbes, Albi et Aurillac. SNCF Connect ou Trainline permettent  de comparer et réserver ses billets.

À vélo

Plusieurs grands itinéraires traversent la métropole : la Loire à Vélo (900 km jusqu’à Cuffy, dans le Cher), La Vélodyssée (côte atlantique de Saint-Nazaire à Hendaye), La Vélocéan (Nantes-Vannes via la Brière) ou la Régalante (Nantes au Mont-SaintMichel). Le label Accueil Vélo garantit des hébergements avec services dédiés aux cyclistes. Pour composer son itinéraire : geovelo.app et francevelotourisme.com.

En car

Depuis la gare routière de Nantes, partez pour des destinations régionales (17 lignes Aléop), des grandes villes françaises (Marseille, Toulouse, Grenoble...) ou étrangères (Bruxelles, Barcelone, Bucarest…) via les cars low-cost.

Pour s'inspirer

Le site de l’Ademe propose des conseils pratiques et un comparateur d’impact selon les modes de transport.