Santé scolaire : « Les écrans sont une problématique saillante »

Publié le 29 août. 2025

Dernière mise à jour 29 août. 2025

Le pôle de santé globale de l’enfant intervient auprès des enfants pour détecter ou prévenir pathologies, handicaps ou troubles du comportement. Rencontre avec trois de ses acteurs.

  • Un enfant se fait ausculter.
    Un enfant se fait ausculter lors de la visite médicale obligatoire en grande section de maternelle. Ici en 2017, à l'école Alphonse-Braud. © Régis Routier

Elsa Brillet, Perrine Deswert et Sandrine Gouy sont respectivement assistante sociale, médecin et infirmière scolaires pour la Ville de Nantes. Toutes trois appartiennent au Pôle santé globale de l’enfant, un service quasi-unique à l’échelle du pays – 11 villes seulement ont développé un service équivalent - chargé de veiller, sur délégation de l’Éducation nationale, sur la santé des élèves et de détecter de façon préventive les troubles qui peuvent les affecter, notamment d’ordre psychologiques. Entretien. 

Quel est votre rôle au sein du Pôle santé globale de l’enfant ? 

L’essentiel de notre mission consiste dans le repérage des enfants qui rencontrent un problème de santé, qu’il s’agisse d’ennuis physiques ou de troubles d’ordre psycho-sociaux.

Comment intervenez-vous auprès des enfants ? 

Toutes les trois, nous intervenons chaque année auprès de 1 500 enfants en moyenne, au sein d’une douzaine d’écoles. À l'échelle du pôle, ce sont près de 7 000 enfants qui sont suivis. 

Nous assurons deux bilans de santé systématiques, un premier en grande section de maternelle, un second en CE2. Le premier rendez-vous s’effectue avec les parents, dure entre 45 min à 1 h et permet d’effectuer un examen médical complet, un bilan psychomoteur et un échange nourri avec les parents. Le second est réalisé seul avec l’enfant et dure une trentaine de minutes. Il s’agit essentiellement d’un temps d'échange avec l'enfant (bien-être à l'école, à la maison, santé globale...).

Au-delà de ces rendez-vous systématiques, nous intervenons aussi à la demande du personnel éducatif ou de parents pour des cas très spécifiques. 

Quelles sont les problématiques que vous rencontrez ? 

C’est très varié. Il peut s’agir de choses très basiques comme des problèmes de vue ou d’ouïe qui, non détectées, peuvent entraîner des retards de développement psychomoteur et d’apprentissage. Parfois, on a affaire à des cas plus complexes : des enfants avec des pathologies chroniques très spécifiques mais non traitées, à l’instar de l’autisme. On aide ainsi à repérer certains handicaps. D’autres ont de grandes difficultés de concentration, de gestion de leurs émotions (intolérance à la frustration…) ou peinent à intégrer les compétences psychosociales qu’on attend d’eux à l’école.

Toutes ces choses ne sont pas nouvelles, c’est simplement qu’on y porte plus d’attention aujourd’hui que par le passé et qu’on encourage plus facilement les enfants à en parler. Et puis, on est beaucoup plus attentifs à certains troubles, à l’image de la dyslexie. 

À quoi ces difficultés et ces retards de diagnostics sont-ils dus ? 

Les enfants n’ont pas un accès égal aux soins. Certains, quand ils arrivent à l’école, ont déjà des parcours migratoires difficiles, avec de multiples traumas. D’autres habitent dans des déserts médicaux ou vivent dans des contextes familiaux complexes avec, en arrière-fond, des violences familiales systémiques et/ou une grande précarité sociale et économique. 

Et puis, depuis quelques années, on a une problématique « écran » très saillante, avec des enfants qui sont confrontés trop tôt aux écrans ou qui ont accès à des contenus pas du tout adaptés à leur âge. En CE2, beaucoup d’enfants sont déjà collés aux réseaux sociaux. Pourtant, les complications de ces mésusages des écrans sont connues : retard de développement, difficulté de concentration, mise en danger (exposition à des contenus non appropriés...), intolérance à la frustration...Quand on repère ces problématiques, on essaie d’accompagner les familles sans jugement car l’écran est bien souvent une facilité pour des parents qui sont eux-mêmes en proie à des difficultés dans leur vie quotidienne.

Justement, que faites-vous une fois les difficultés repérées ? 

Nous sommes des acteurs de prévention et de repérage. Dès lors qu’on repère des violences intra-familiales, nous pouvons être amenés à alerter le Département, partenaire en matière de protection de l’enfance. L’enjeu majeur de notre travail est de créer du lien avec les familles afin d’échanger sur leurs difficultés qui peuvent être liées à leur parentalité.

Nous accompagnons également, en lien étroit avec les écoles, les familles dont les enfants sont porteurs de handicap (repérage des troubles du neurodéveloppement, constitution du dossier de reconnaissance du handicap, accompagnement vers les structures). Ce travail se fait avec le Centre médico-psychologique, la Protection maternelle et infantile (PMI), les psychologues de l’Éducation nationale. On travaille aussi avec le second degré pour éviter à l’enfant une rupture de soins à l’arrivée au collège. L’important, dans tous les cas, est d’intervenir rapidement. Plus on intervient vite, moins les difficultés de l’enfant risquent de s’installer dans la durée.

Nous menons enfin des actions d’éducation à la santé conduites directement en classe. Ce sont des lieux où les enfants développent leurs compétences psychosociales comme l’estime de soi ou la connaissance de ses émotions...Cela contribue à prévenir les problématiques de santé mentale.

Comment votre action est-elle perçue ? 

Ce service est très précieux en termes de repérage et de prévention. Beaucoup d’enseignants ou d’animateurs savent qu’ils peuvent compter sur ce service qui n’existe pas dans toutes les villes  Cela leur permet de ne pas êtres seuls face à certaines difficultés. Et puis, la situation de la pédopsychiatrie est aujourd’hui en grande délicatesse. Notre intervention permet aussi d’éviter l’engorgement de ces services.

Notre fierté, c’est de voir qu’on peut influer sur des trajectoires de vie et éviter certaines situations très complexes.

Le pôle santé globale de l'enfant

Créé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en 1947, le pôle santé globale de l’enfant est un service rattaché à la direction de la santé. Il mène des actions de prévention et de promotion de la santé auprès de tous les enfants nantais scolarisés dans le écoles publiques comme privées (sous contrat).

Il dispose d’un budget de 2 M€, quasiment entièrement financé par la Ville de Nantes. Il compte aujourd’hui 14 médecins, 17 infirmières, 11 assistantes sociales et 6 administratifs. 

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