Quand la biodiversité s’invite en ville

Publié le 03 juin. 2026

Dernière mise à jour 03 juin. 2026

Nantes se transforme pour donner plus de place à la nature, au profit de ses habitants mais aussi d'une faune sauvage parfois inattendue en milieu urbain. Accueillir la biodiversité en ville devient un enjeu majeur à l’heure où elle décline partout dans le monde.

  • Le héron cendré, en voie de disparition dans les années 70, fait un retour remarqué jusqu’au Jardin des plantes. © Rodolphe Delaroque

Des chauves-souris protégées qui volent au crépuscule, des traces de castor et de loutre sur les berges jusqu’en centre-ville… La 6e ville de France héberge une faune insoupçonnée. « Quand on l’observe de près, on découvre tout un tas d’espèces d’animaux, familiers ou plus rares, que la plupart des gens de voient pas », explique Paul Fenech, jeune doctorant en écologie qui scrute la faune urbaine grâce à des pièges-vidéos installés dans une trentaine de parcs et jardins de la cité des ducs. « Un peu partout, à la nuit tombée, on voit des renards, des écureuils roux. Dès qu'on sort du cœur urbain, au Cimetière-Parc ou sur les bords de Sèvre, on a des chevreuils et plein de petits carnivores. »

Renard, écureuils, hérons et faucons pèlerins

Le héron cendré, en voie de disparition dans les années 70, fait un retour remarqué jusqu’au Jardin des plantes. Et il n’est pas le seul. Un couple de faucons pèlerins niche en haut de la tour Bretagne. « Cette espèce de montagne a trouvé dans cette tour de 30 mètres une falaise de substitution », explique Aline Corbeaux, responsable de l’unité reconquête de la biodiversité de Nantes Métropole. La ville, malgré les pressions qu’elle exerce sur le monde vivant (pollution sonore et lumineuse, réduction du couvert forestier et des habitats naturels, présence humaine) « offre à certaines espèces, qui peuvent s’adapter facilement, des ressources alimentaires, une température plus clémente et une relative protection face à la prédation naturelle », poursuit-elle. Cette biodiversité inattendue nous émerveille, mais elle est fragile.

  • Un écureuil roux. © Aline Corbeaux

Dans le monde, plus d’un million d’espèces sont menacées d’extinction à brève échéance, selon le rapport 2026 de l’IPBES, l’équivalent du GIEC sur les questions de biodiversité. Et on ne parle pas que d’animaux rares ou remarquables. En trente ans, les populations d’insectes ont chuté de 70 à 80 % dans les campagnes et les villes européennes. « Leur déclin met en péril de nombreuses autres car ces « espèces sentinelles » sont des maillons clés de la bonne santé des écosystèmes », souligne Aline Corbeaux. Les raisons de cet effondrement sont connues : « La bétonisation des sols est le principal facteur de perte de biodiversité », rappelle le Cerema, Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement. Étalement urbain, développement d’infrastructures… Chaque année, la France perd 20 à 30 000 hectares d’espaces naturels. L’équivalent de 5 terrains de football par heure. La tendance semble s’infléchir, résultat des efforts de densification urbaine. Mais le rythme demeure élevé.

Le béton recule

À toutes les échelles – internationale, européenne, nationale, locale -, la prise de conscience de l’impact de nos modes de vie a été lente à se traduire en actes. Loi sur les espèces protégées en 1976, sommet de la Terre à Rio (1992), Grenelle de l’environnement (2007), objectif de zéro artificialisation nette des sols (2021)… Dans ce mouvement fait d’avancées et de reculs, Nantes bénéficie d’une politique de végétalisation ancienne. « En 50 ans, la superficie d’espaces verts et naturels a plus que doublé à Nantes pour passer de 450 ha en 1979 à 1 200 aujourd’hui, ce qui représente plus de 2 Jardins des plantes par an  », rapporte Romaric Perrocheau, directeur du service Nature et jardins de Nantes Ville & Métropole. Pour s'adapter à la crise climatique et améliorer le cadre de vie de ses habitants, la cité des ducs amplifie aujourd’hui le mouvement dans tous ses quartiers. Elle compte aujourd’hui 130 parcs et jardins. Dans les rues, les écoles et les crèches, le béton laisse place à des espaces de nature, on replante des arbres… Cette végétation régule la chaleur, purifie l’air, apaise le stress et favorise des liens sociaux. Elle contribue aussi à la faune sauvage et à la préservation d’espèces menacées.

Restaurer, renaturer, se reconnecter

Depuis 2022, cette politique se veut encore plus volontariste avec la création de la direction Nature et jardins (DNJ) et ses ambitions fortes de restauration des milieux, de renaturation et de reconnexion à la nature. Dotée du plus grand service d’espaces verts de France après Paris (530 agents), la collectivité ne se contente pas d’entretenir de beaux jardins : elle a constitué sa propre unité d’experts en biodiversité qui travaillent avec les jardiniers et les urbanistes pour faire plus de place au vivant. « Nantes s’est construite au carrefour d’une quinzaine de rivières, dans un département qui abrite le 2e plus grand écosystème humide de France, souligne Romaric Perrocheau, son directeur. 70 % des espèces remarquables observées sur le territoire dépendent des cours d’eau et des zones humides. Nous avons la responsabilité de protéger ce patrimoine exceptionnel» 

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La faune sauvage, même si on ne la voit pas, est partout en ville : dans les arbres, les squares, les rivières, les sols, jusque dans les égouts et nos combles. Dans la région, 35 % des mammifères et des amphibiens, 43 % des reptiles et un tiers des oiseaux nicheurs sont menacés d'extinction. Toutes ces espèces vulnérables sont présentes à Nantes, nous avons une responsabilité à les protéger. La bonne nouvelle, c'est que nous avons des leviers pour agir. Et protéger en même temps notre propre santé et notre cadre de vie.

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Chloé Girardot-Moitié, conseillère municipale déléguée à la biodiversité et à l’animal en ville

Chloé Girardot-Moitié, conseillère municipale déléguée à la biodiversité et à l’animal en ville. © Capucine Girard-Colombier

Repenser la ville

Pour cela, il faut repenser la ville : réduire l’éclairage nocturne, mettre en place des zones protégées, développer les prairies naturelles et végétaliser les bâtiments pour accueillir les insectes dont se nourrissent les oiseaux, installer des nichoirs et des passerelles à petite faune sous les ponts… « On sensibilise nos collègues très en amont des projets d’aménagement pour éviter au maximum les impacts ou, quand ce n’est pas possible, les compenser », ajoute Aline Corbeaux. L’Observatoire de la biodiversité urbaine, alimenté par plus de 2600 observateurs bénévoles, permet aujourd’hui de localiser beaucoup plus finement les zones sensibles.

Apprendre à vivre en voisins

  • La biodiversité, ce ne sont pas que des espèces rares. © Aline Corbeaux

Cette évolution ne se fait pas sans frictions. « C’est toujours un équilibre à trouver entre la protection des espèces et nos propres besoins, en logements notamment », poursuit Aline Corbeaux. Accueillir la biodiversité en ville, c’est aussi accepter des animaux qu’on ne juge pas toujours de bonne compagnie (rats, pigeons, moustiques-tigres). « Nous devons apprendre à vivre en voisins plutôt qu'en ennemis », plaide l’ingénieure écologue. Ses collègues s’y emploient pour faire découvrir, dès le plus jeune âge, tous les services rendus par la nature. Saviez-vous par exemple qu’une chauve-souris mange jusqu’à 3 000 moustiques par nuit ou qu’une bouchée de nourriture sur trois dépend des pollinisateurs ? Le comprendre, c’est aussi apprendre à mieux les défendre.

Trois chiffres clés

  • 2 024 Nantes est élue capitale française de la biodiversité et prix national de l’arbre.
  • 1 087 espèces d’animaux sauvages recensées à Nantes, selon l’Observatoire de la biodiversité métropolitaine.
  • 135 espèces remarquables ou protégées : faucon pèlerin, loutre d’Europe, martinet noir, renard roux, machaon (un papillon très coloré)

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