Ronan Moinet, naufragé volontaire dans un radeau en pleine nature

Publié le 23 oct. 2026

Dernière mise à jour 23 oct. 2026

L’artiste-performeur s’est prêté à une performance : passer huit jours étendu à même la terre dans un espace naturel préservé, la Petite-Amazonie !

Huit jours en autonomie complète

  • L'artiste Ronan Moinet a pu réaliser sa performance avec la collaboration de la direction Nature et jardins de Nantes Métropole, l’association Bruit vert, et la structure Prodart. © Garance Wester

Il est 10h30 en ce jeudi 22 octobre. L’heure qui sonne la fin de la performance Humus dans la Petite-Amazonie. Avec la complicité de la direction Nature et jardins, l’artiste-auteur Ronan Moinet vient de passer huit jours allongé à même le sol, en autonomie alimentaire et énergétique, sans communication humaine, dans une caisse de bois à demi-enterrée sous un chêne aux branches remarquablement basses.

Repas lyophilisés, eau, bassin de lit pour les besoins physiologiques, tout était à portée de main. Le naufragé terrestre volontaire s’autorisait seulement à se tourner sur le ventre, sur le dos ou les flancs pour éviter crampes et escarres. En gardant toujours son corps au contact de la terre, « étendu plutôt qu’allongé », précise ce membre très actif du collectif Serres.
 

168 heures de son et vidéo

Au lever, comme prévu, sa tête tourne un peu, et c’est assis qu’il raconte son expérience performative. En témoigneront aussi les 168 heures de vidéo et de sons enregistrés par un micro et par une caméra placée au-dessus de lui pendant tout le séjour, et le carnet dans lequel il a noté ses observations et pensées.

« Une autre manière d’habiter un territoire »

L’homme « perché » (en 2022, il avait passé sept jours en haut d’un chêne dans le parc du Grand-Blottereau) a opéré un décalage de posture pour devenir homme couché « pour éprouver une autre manière d’habiter un territoire, se rapprocher de la temporalité des sols et tenter d’envisager le monde depuis leur perspective. Quand on est dehors 24/24 h, on prend vraiment conscience des changements de temps, de température. J’ai senti l’automne arriver, c’était d’une poésie incroyable », témoigne l’artiste, qui parle aussi de l’émerveillement de voir les oiseaux du dessous, et d’entendre le bruit de leur vol.

« De l’inconfort, mais aucun besoin matériel »

Les feuilles qui tombent ou l’écureuil curieux pour distractions agréables, mais aussi les cloportes et les fourmis rouges sur le corps, les attaques de moustiques, les pieds gelés… « J’ai ressenti de l’inconfort, mais aucun besoin matériel. Ni de peur, mais, parfois, de l’angoisse », reconnaît-il, ajoutant que les conditions parfois rudes de son séjour représentent à ses yeux « un petit sacrifice pour faire parler de la terre » – un élément que connaît bien cet ingénieur agronome, moitié du duo Labotanique.

Une exposition et un spectacle

Sorti de son radeau terrestre, l’artiste devra reprendre pied dans l’agitation du monde et découvrir l’actualité récente. Il a entendu quelques détonations, senti une odeur de brûlé, mais a pensé qu’ils étaient causés par un incendie ou des travaux. Sa première envie ? « Serrer mes enfants dans mes bras ». « Dans quelques semaines, je pourrai en dire plus sur ce que j’ai retiré de l’expérience », annonce-t-il. 

La caisse remplie de terre gardera l’empreinte de son corps, « pour montrer la trace de l’humain sur la terre » et, exhumée, sera exposée en 2027 à Nantes, à des dates et en un lieu encore à déterminer. La performance donnera aussi lieu à un spectacle dont le texte reposera sur le carnet de bord de l’aventure. Son titre est déjà déterminé : Sol en scène.