On a visité pour vous la Petite Amazonie de Nantes !

Publié le 03 juin. 2026

Dernière mise à jour 03 juin. 2026

Rares sont les personnes qui ont la chance d’y pénétrer. Nous avons chaussé nos bottes pour vous faire découvrir cette enclave sauvage étonnamment préservée dans la 6e ville de France.

  • Proche de la gare et du quartier Malakoff, la Petite Amazonie de Nantes est l’un des rares sites naturels du réseau européen Natura 2000 situé en pleine ville. © Céline Jacq

Un flot de cyclistes sillonne la piste entre la gare et le quartier Malakoff. Arrivé près de l’œuvre Péage sauvage, notre guide, employé au service Recherche et biodiversité de la Métropole, déverrouille le gros cadenas qui protège cette zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF). Instantanément, on se sent ailleurs. « On ne l’appelle pas la Petite Amazonie pour rien ! », sourit Paul Fenech, le jeune doctorant en écologie qui nous ouvre les portes. Sous nos pieds, le sol s’enfonce. « Nous sommes dans des prairies inondables typiques des bords de Loire », explique-t-il. Gérés par la collectivité avec le Conservatoire des espaces naturels, ces 18 hectares s’ouvrent sur une parcelle pâturée par quelques vaches. « Le reste est en libre évolution. Plus on s’enfonce, plus c’est dense en végétation. » Au milieu des roseaux s’épanouissent ajoncs, trembles, frênes et de magnifiques chênes, dont les branches poussent à raz du sol.

Des mares creusées par les bombes

La Petite Amazonie est un cas à part. « Un patch vert qui n’a pas été touché par l’urbanisation », explique notre guide. Sillonné par les voies ferrées, le site a subi les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. En partie comblé lors des grands travaux des années 1970 puis délaissé, il a évolué sans que l’homme n’intervienne. Dans les mares creusées par les trous d’obus, des saules blancs et cendrés se sont installés. Ces trous d’eau hébergent tout un peuple d’insectes, oiseaux, libellules et batraciens : « Au printemps, quand les migrateurs reviennent, c’est une vraie cacophonie. »

  • Les trous d’obus creusés lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale ont formé des mares propices à quantité d’insectes, oiseaux, libellules et batraciens. © Céline Jacq

Un refuge pour des espèces protégées

Parmi les espèces inventoriées, certaines sont protégées : le triton palmé, la grenouille agile, le martin-pêcheur ou le râle d’eau, un oiseau migrateur qui vit caché dans les roseaux. « C’est une espèce très discrète. On sait qu’elle niche à la Petite Amazonie grâce à nos pièges-vidéos, qui montrent la présence de jeunes râles d’eau. » Le site abrite aussi quantité d’espèces ordinaires, qu’on retrouve partout en ville (merle noir, colvert, rouge-gorge), et d’autres attachées aux zones marécageuses comme le bihoreau gris, le héron cendré ou son cousin le héron pourpré, beaucoup plus farouche… « Écoutez, là, on entend une bouscarle de Cetti, un petit passereau typique des bords de Loire ! »

« Un site Natura 2000 en ville, c’était inédit »

Cette biodiversité peu commune en milieu urbain lui vaut, depuis 2011, un classement Natura 2000, un réseau de plus de 27 000 sites naturels constitué par l’Europe après le sommet de Rio de 1992 pour assurer la survie à long terme des espèces et des habitats particulièrement menacés. « En ville, c’était inédit, il a fallu convaincre », se souvient Philippe de Grissac, vice-président de la Ligue de protection des oiseaux, engagée dans les années 1990 pour défendre les lieux contre un projet de voie pénétrante. « Très vite, on a eu l’écoute des élus nantais, sensibles à ne pas saccager cette richesse. » Pour la préserver de la pression de la ville toute proche, son accès a été interdit. « À l’époque, il y avait plein de légendes urbaines qui circulaient pour dissuader les gens d’y pénétrer », raconte Philippe de Grissac.

Si la Petite Amazonie nantaise n’abrite ni crocodile ni mygale, elle reste un terrain d’études extraordinaire. Sur les pièges-vidéos installés par Paul Fenech, on voit passer des belettes, des fouines, des hérissons, des renards et des écureuils roux, et même un putois d’Europe, « une bestiole très discrète qui se fait de plus en plus rare ». L’absence de fréquentation humaine explique en grande partie sa richesse. « Le seul désavantage, c’est qu’elle n’a pas de connexion avec d’autres corridors écologiques », pointe le jeune écologue. Un frein pour plein de mammifères, comme la loutre.

Ces informations vous ont-elles été utiles ?

Satisfait du contenu de cette page ?

⚠️ Important : Nous ne sommes pas en mesure de vous répondre via ce canal. Merci de ne pas y inclure d’informations personnelles. 

Pour toute question sur les services de la ville et de la métropole, veuillez utiliser le formulaire de contact