Paul Fenech, le chercheur qui filme les animaux sauvages en ville

Publié le 03 juin. 2026

Dernière mise à jour 03 juin. 2026

De la grande forêt amazonienne, en Guyane, à la Petite Amazonie de Nantes, ce jeune doctorant en écologie scrute l’impact des activités humaines sur la biodiversité. À Nantes, ses petites caméras captent 7 j/7 et 24 h/24 la présence d’une faune sauvage discrète et parfois inattendue dans la 6e ville de France.

  • Paul Fenech, jeune doctorant en écologie, étudie dans le cadre de sa thèse l’impact de l’urbanisation sur la faune sauvage. © Marc Roger

Hormis son nom de famille, homonyme du petit renard des sables (le fennec), rien ne prédestinait Paul Fenech à ce métier passion. « J’ai toujours adoré les petites bêtes. Enfant, je comptais les lézards et les insectes dans le jardin de mes parents à Alençon ». Pour autant, aucun naturaliste, chercheur ou écologue dans sa famille. « Au lycée, je ne savais même pas qu’on pouvait faire ce métier », avoue-t-il. Un peu perdu, « comme beaucoup à cet âge », mais bon élève, le jeune Normand choisit un cursus d’ingénieur : l’école supérieure d’agro-développement international (Istom) d’Angers, « très orientée sur l’agronomie tropicale ». Le jeu des opportunités et des rencontres fera la suite.

Après un stage en Guyane pour étudier l’impact de l’extraction d’or sur la forêt amazonienne, le voici aujourd’hui, à 25 ans, à observer les animaux sauvages qui peuplent nos milieux urbains : dans les parcs et jardins de Nantes jusque sur le site naturel de la Petite Amazonie, près de la gare.

Recherche et action publique

Employé pour trois ans (2025-2028) au service Recherche et biodiversité de Nantes Métropole, Paul Fenech réalise sa thèse en alternance au sein de la collectivité et dans le laboratoire de géographie LETG de Nantes Université/CNRS dirigé par le bio-géographe Laurent Godet. « Cette double casquette est très intéressante. Je suis sur deux fronts : la recherche en écologie urbaine et l’action publique, au cœur des décisions d’aménagement, dans une ville plutôt avant-gardiste sur les questions de biodiversité », apprécie le jeune doctorant.

Son sujet, c’est l’impact de l’urbanisation et de l’anthropisation des milieux (c’est-à-dire la transformation d’espaces et de paysages naturels par les activités humaines) sur la faune sauvage. Décryptage : « J’observe les variations de rythme d’activité et de comportement des animaux en ville. Notre étude porte principalement sur les oiseaux et les mammifères, à trois échelles géographiques : Nantes versus Montpellier, de l’urbain dense jusqu’au rural, et enfin à l’échelle locale de Nantes. L’idée est de pouvoir comparer.» 

Un suivi vidéo dans 30 parcs et jardins

  • Des pièges-vidéos ont été installés dans 30 espaces verts et naturels nantais pour observer la présence et le rythme d’activité des oiseaux et des mammifères en ville. Ici sur le site naturel de la Petite-Amazonie. © Céline Jacq

Pour récolter les données, le jeune chercheur a posé des pièges-vidéos dans un panel de 30 espaces verts nantais, jusqu’au bocage vendéen. «  Notre échantillon va des douves du château des ducs de Bretagne jusqu'au cimetière-parc qui sont deux opposés : un parc très urbain, isolé et concentré au milieu de la matrice urbaine. Et un parc très ouvert, à la frontière avec le milieu rural.  » Installées depuis 2022, ces petites caméras infrarouges se déclenchent dès qu’un animal au sang chaud passe. « Elles sont munies d’un détecteur de mouvement et d’un capteur thermique pour éviter qu’elles s’activent dès qu’une feuille tombe », précise-t-il. Relevées toutes les 6 semaines, les images enregistrées sont ensuite analysées de manière rigoureuse pour en tirer des conclusions. « Contrairement à ce qu’on imagine du travail en écologie, je passe plus de temps derrière mon ordinateur que sur le terrain ! ».

La tâche est titanesque ! En quatre ans, ces petits boîtiers couleur camouflage ont déjà livré plus de 100 000 vidéos, dont 40 000 de mammifères ! À la nuit tombée, elles montrent la ville sous un autre angle. « Un peu partout, jusque dans le cœur de ville, on retrouve des renards. Dès qu'on sort davantage du cœur urbain, au Cimetière-Parc ou sur les bords de Sèvre, on a des chevreuils, des sangliers et plein de petits carnivores : fouine, blaireau, martre, et même un putois au Parc de la Gaudinière », révèle-t-il.

« Certaines espèces ont une plasticité étonnante »

L’idée de sa thèse est née pendant le Covid. « Avec la pause des activités humaines, on a vu des espèces qui recolonisaient très vite le milieu urbain, raconte le jeune chercheur. On a voulu mieux comprendre ces pulsations entre les humains et les non humains », les changements de rythme et les capacités d’adaptation de la faune en ville. « Certaines espèces ont une plasticité étonnante. À Sydney par exemple, un petit cacatoès sauvage a appris à se servir des fontaines à eau à poignée rotative. » 

Son sujet de prédilection à lui, c’est le renard. « Il a un comportement très différent selon les milieux. Ses courbes d’activité n’ont rien à voir à la campagne, où il vit aussi bien le jour que la nuit, et en milieu urbain, où il est à 80% nocturne pour éviter de croiser les humains. On observe même une certaine habituation à l'homme chez certaines populations, notamment à Londres et sa banlieue où il n'est pas rare de croiser le goupil. »

À défaut de tranquillité, la ville lui offre des ressources alimentaires en abondance (déchets, rats, petits rongeurs). « Sur l’un de nos pièges-vidéos, deux soirs d’affilée, on en voit un avec des ragondins dans la gueule au Parc Armor, tout près du Zénith. » Surprenant ? Pas tant que cela pour le jeune chercheur : « C’est un milieu très urbain mais en connexion avec les grands espaces arborés du cours Hermeland dans la continuité de la Chézine. » Paul Fenech s’intéresse particulièrement au rôle joué par ces « corridors écologiques » reliant les réservoirs de biodiversité pour permettre aux animaux de se déplacer, chasser et se reproduire. « Dans les prairies le long de la Sèvre, à Nantes Sud, si vous faites attention, quand les vaches ne sont pas là, vous êtes quasiment sûr d’apercevoir des chevreuils en fin de de journée. » Ce petit cervidé qui détalle dès qu’il sent la présence humaine à la campagne, est ici très peu farouche. Il s’est comme habitué aux promeneurs et aux joggeurs.

  • Installées depuis 2022, les petites caméras couleur camouflage de Paul Fenech ont déjà livré plus de 100 000 vidéos, dont 40 000 de mammifères ! © Céline Jacq

Des zones de quiétude pour la faune

Ces travaux seront utiles à la Ville de Nantes et Nantes Métropole, engagées dans une politique active de reconquête de la biodiversité. Une partie étudie spécifiquement l’agencement des parcs et jardins. « Dans chaque espace vert de notre échantillon, nous avons mis en place deux pièges-vidéos avec mon collègue naturaliste Olivier Ganne : le premier dans une zone exposée, proche d’un chemin, d’un parking et de l’activité humaine. Le second dans une zone de quiétude où il y a moins de passage, comme un bosquet. L’idée est d’observer l’intérêt de petits espaces discrets et tranquilles, voir interdits à l’activité humaine, pour la faune sauvage. »

Les résultats permettront de tirer des enseignements des « coups de pousse  à la nature » (nichoirs, abris à hérisson, reptiles ou chauve-souris, etc.) mis en place par les jardinières et jardiniers municipaux pour offrir des refuges à la faune jusque dans les parcs très ordonnés. La présence de hérissons au Jardin des plantes est déjà un premier signe que ça marche. « Les résultats pourront aussi éclairer les aménageurs dans leur façon de créer ou de rénover les parcs pour les humains sans oublier les animaux », assure Paul Fenech.

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