Catherine Billiou : « Le truc qui m’anime, c’est la plante ! »

Publié le 11 févr. 2026

Dernière mise à jour 11 févr. 2026

Après 20 ans au Jardin des plantes de Nantes, la jardinière vient de prendre la main comme responsable de la pépinière municipale. Avec un nouvel enjeu : produire de A à Z les futurs arbres et arbustes des espaces verts nantais, y compris les graines et boutures. Un défi passionnant pour celle qui est tombée toute petite dans la marmite du végétal.

  • Jardinière de formation, Catherine Billiou travaille depuis 2005 dans les parcs et jardins de la Ville de Nantes. © Marc Roger

« Mes premiers radis, je les ai semés enfant avec ma mère, dans le jardin potager familial. Aujourd'hui encore, le truc qui m'anime, c'est la plante. Et par dessus-tout, mettre une graine en terre et la voir pousser ! » Désormais à la tête de la pépinière municipale de Nantes, le terrain d'expérimentation de Catherine Billiou a bien grandi. Il compte 10 hectares au sein du parc du Grand-Blottereau, dont 3,5 ha de pleine terre, 7 000 m² de serres et 8 agents dédiés.

Baignée dans le végétal

Née dans une famille aux racines agricoles du nord de Paimpol, Catherine a toujours baigné dans le végétal : « aujourd'hui dans ma famille, on a tous des potagers, des fruitiers, je n'imagine même plus un jardin engazonné ! », souligne celle qui a transformé son jardin personnel en refuge pour la biodiversité. « À 15 ans, j'ai fait des études horticoles : à l'époque – les années 1990 – , on apprenait tous les principes actifs des pesticides par cœur. Ça paraît fou aujourd'hui ! » Après 13 ans passés chez des pépiniéristes et fleuristes privés, elle passe le concours de jardinière à la Ville de Nantes et rejoint la collectivité en 2005. « J'avais découvert la créativité de ce service des espaces verts lors des Floralies 2004 avec la flottille de bateaux installés sur l’île Feydeau. Je voulais absolument être de cette aventure ! Dans la collectivité, j'ai le sentiment d’œuvrer pour le plus grand nombre. »

D'abord responsable des serres tropicales humides au Jardin des plantes, elle poursuit au service « Décors » chargé de fleurir et végétaliser les bâtiments municipaux. Puis retour à la case Jardin des plantes en tant que responsable technique : « Dans ce jardin botanique, récolter les graines pour les remettre en culture est une tradition qui remonte à 1850 ! » C'est donc tout naturellement qu'elle a relevé un nouveau défi début 2025 : créer la future graineterie et faire évoluer la pépinière municipale, née en 1953, en espace complet de production, de la graine à l'arbre.

Devenir autonome de la graine à l’arbre

L'idée de  la graineterie municipale a germé pendant la crise Covid : « Les professionnels ne pouvaient plus s'approvisionner en graines : on s'est rendu compte de notre dépendance vis-à-vis du privé. D'où l'envie de devenir autonomes et de créer notre propre graineterie. » L’équipement sera construit d'ici 2030 auprès des pépinières municipales : « On partagera les locaux avec le lycée horticole du Grand-Blottereau. Dans ce nouveau bâtiment, on développera toute la chaîne de production de semences pour produire des jeunes plants qui grandiront sur le site avant d'être transférés dans la ville. C'est la liberté ! » Aujourd'hui, les jardiniers récoltent et multiplient déjà une partie des graines, demain ce sera accentué et plus organisé. « Nous avons une diversité végétale très riche à Nantes. Je m'appuie sur la connaissance et le savoir partagé des équipes de jardiniers pour planifier les protocoles de récolte des graines et de bouturage. C'est complexe mais passionnant car on travaille avec le vivant. »

Des sols et un site vivants

L'équipe de Catherine doit aussi régénérer les sols de la pépinière, usés par des années de labour : les amender de manière organique, semer des engrais verts pour un meilleur enracinement des végétaux et une transplantation réussie ensuite. Il faut également planter des haies qui vont servir de brise-vents et seront sources de collectes de graines et de greffons, aménager des parcs de « pieds-mère » destinés exclusivement à la récolte de graines et de boutures… « On veut produire sur des sols vivants et accueillants pour la biodiversité, dans une approche agroécologique. Revenir finalement au bon sens paysan, que j'adore et que je respecte profondément ».

Trouver les variétés du futur

Catherine s’attelle aussi à rechercher des variétés adaptées au dérèglement climatique : « Ce n'est plus un changement climatique, c'est un vrai dérèglement ! Il faut trouver des plantes qui encaissent des conditions extrêmes : fortes chaleurs comme périodes très pluvieuses ». Elle travaille pour cela en lien étroit avec le spécialiste des arbres James Garnett et le naturaliste Olivier Ganne, ses collègues de la direction Nature et jardins. « On regarde beaucoup ce que font des collègues en Europe, on partage nos expériences et nos techniques. C'est hyper inspirant de regarder ailleurs, il ne faut pas croire que nous sommes toujours les meilleurs ! » Avec l'atout d'être en régie municipale : « On peut expérimenter plein de choses : des substrats sans tourbe, des pratiques culturales nouvelles, une irrigation économe en eau... Tout change rapidement et on n'a pas de boule de cristal : il faut savoir prendre du recul sur ces enjeux et s'ajuster au mieux. »

À l'abri sous un petit voile blanc près du bureau de Catherine, des glands commencent à germer. « On les a récoltés dans le parc du Grand-Blottereau : ces petits chênes des Canaries pourraient bien être des arbres du futur, habitués au chaud comme à l'humidité. » En attendant de le confirmer, la jardinière repart avec entrain vers « ses » pépinières. « Quand il a neigé, j'ai enfin aperçu un des renards qui vit sur le site, un bon indicateur de biodiversité. Je vis ce métier comme une passion, je ne m'en lasse pas ! »

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Pendant une année chahutée par les aléas climatiques, le réalisateur Thomas Rault a filmé les jardiniers et jardinières, botanistes, chercheurs, élagueurs, agents d’accueil, etc., qui bichonnent ce jardin deux fois centenaire, site le plus fréquenté de Nantes. Les huit épisodes de sa série documentaire, Jardin public, sont à suivre sur la plateforme  france.tv pour plonger dans le quotidien captivant de l’un des quatre grands jardins botaniques de France.