James Garnett, l’homme qui vit heureux auprès des arbres

Publié le 18 mars. 2026

Dernière mise à jour 18 mars. 2026

Depuis plus de 10 ans, ce jardinier-botaniste d’origine anglaise bichonne les 4 800 arbres et arbustes de l’arboretum du cimetière-parc de Nantes. Un havre de verdure et de sérénité, étonnamment plus connu des botanistes du monde entier que des Nantaises et Nantais eux-mêmes !

  • Un jardinier au milieu des plantes du Cimetière-Parc de Nantes.
    James Garnett a trouvé au Cimetière-Parc de Nantes le terrain d’expression rêvé pour un jeune jardinier-botaniste passionné. En 10 ans, il y a planté plus de 1200 arbres et arbustes. © Marc Roger

Ne vous fiez pas à son physique de bûcheron. Sous sa barbe drue, James Garnett est un amoureux des arbres aussi sensible qu’érudit. Passionné par le végétal, ce trentenaire d’origine anglo-saxonne connaît sur le bout des doigts chacun des 4 800 arbres et arbustes qui poussent au cimetière-parc de Nantes. « Je voulais être pharmacien, mais il y a avait trop de matières et la seule chose qui m’intéressait vraiment, c’était la botanique ! »

« Un site unique en France »

Né d’un père anglais et d’une mère originaire de Lorraine, James Garnett a trouvé sa vocation à l’âge de 19 ans. « J’étais jeune homme au pair en Irlande. Après avoir emmené les enfants à l’école, je jardinais pour m’occuper. » Les mains dans la terre, il apprend à cultiver ce qui deviendra une passion. « Quand on réalise tout ce qui existe dans le monde végétal, la diversité des espèces, les couleurs, les écorces, les floraisons…, c’est magique. » De retour en France, il passe un BTS de paysagiste au lycée Jules-Rieffel de Saint-Herblain. « Il y avait dans l’établissement un jardin en mouvement dessiné par Gilles Clément [ndlr, un paysagiste célèbre] et un petit arboretum. J’y passais tous mes midis. »

Le jeune homme découvre le cimetière-parc au cours d’un stage. « J’ai tout de suite aimé cet endroit atypique, calme et très apaisant, j’y suis revenu souvent ensuite pour apprendre. » Après une licence pro gestion durable des arbres en alternance entre Clermont-Ferrand et le service des espaces verts de la Ville de Nantes, l’étudiant réussi à s’y enraciner en 2014. « C’est un site unique en France. On à la fois un parc à l’anglaise, un cimetière et un arboretum. »

Des floraisons toute l’année

Ici, des espèces rares poussent le long des allées, au milieu des tombes. Mais peu de Nantais viennent s’y promener. Excentré, à la lisière d’Orvault et de La Chapelle-sur-Erdre, le cimetière-parc est surtout fréquenté à la Toussaint. Pourtant, c’est bien plus qu’un lieu où l’on honore les morts, assure James Garnett. « Il s’agit du plus grand parc botanique de Nantes. » 

Le site s’étend en effet sur plus de 40 hectares (dont 25 ha de parc paysager, et le reste d’espaces naturels) et est géré comme un jardin des plantes : les espèces, originaires du monde entier, sont toutes étiquetées et organisées en parcelles. « L’originalité de l’arboretum, c’est qu’il offre des floraisons toute l’année et la variété des essences est immense », souligne-t-il. Au fil de la balade, on découvre des arbres aux écorces subtiles ou des feuilles que l’on n’a jamais vues  : la collection de chênes (pédonculés, chênes-lièges, dorés d’Amérique au feuillage jaune ou encore chêne à feuilles de bambou originaire d’Asie), le noisetier tortueux avec ses branches entrelacées, les érables du Japon, ou encore des arbousiers (surnommés arbres à fraises) – nouvelle collection star de Nantes

Ce temple du végétal est connu des botanistes du monde entier. « Au fil des années, on a accueilli des spécialistes venus d’Australie, des États-Unis, d’Allemagne, des Chinois aussi. Le défenseur des arbres Francis Hallé (ndlr, décédé le 31 décembre 2025) aimait venir s’y balader et l’ONF organise chez nous sa formation de reconnaissance des arbres », souligne le jardinier-botaniste.

Un projet de nécropole dans les années 1950

L’histoire de cet étonnant cimetière remonte au début des années 1950. « Les cimetières de Nantes sont à l’époque saturés, ce site devait devenir une grande nécropole pour les fusionner », raconte James Garnett. Prévu sur 200 hectares en 1950, puis réduit à 40 hectares dans les années 1970, le projet est finalement abandonné. Ouvert au public en 1979, le lieu deviendra un cimetière doublé d’un arboretum de collection, entretenu comme un parc paysager. Aujourd’hui, les défunts reposent au vert sous des arbres parfois extraordinaires. 

« Les premiers arbres et massifs ont été plantés à cette époque, comme les imposants séquoias et les cyprès chauves », explique le jardinier-botaniste. Parmi les quelque 4 800 arbres et arbustes, dont plus de 1 200 espèces différentes, on trouve des essences communes à tous les cimetières (chênes, houes) « pour leur couleur verte persistante et le côté immortel ». Mais aussi des fruitiers, des séquoias, cèdres, liquidambars, cyprès, tilleuls, érables, et une partie de la collection nantaise de magnolias, partagée avec le parc floral de La Beaujoire. James Garnett est fan de cette plante, symbole de Nantes. « Les magnolias existaient déjà à l’époque des dinosaures. C’est un genre d’une variété incroyable ! »

« Ici, on laisse les arbres s’exprimer »

Douze jardiniers, employés par la direction Nature et jardins de la Ville de Nantes, s’occupent de l’entretien de cette immense oasis végétale. « À mon arrivée, il y avait un beau challenge, se souvient James Garnett. Le parc disposait d’une grande richesse botanique, mais il était mal agencé, sombre. Tout était planté trop serré et c’était devenu ingérable. » Le terrain d’expression rêvé pour le jeune jardinier-botaniste. « Avec l'aide précieuse de l'équipe d'élagage et des chauffeurs de tractopelles, nous avons énormément dé-densifié et introduit de nouvelles essences pour gagner en diversité et en harmonie. »

En dix ans, James Garnetta contribué à la plantation de plus de 1200 arbres, une centaine par an en moyenne. « C’est le seul endroit à Nantes où on peut encore se permettre une telle liberté. » Auteur à 25 ans du guide photographique Nantes, ville arboretum, cet amoureux du végétal orchestre les opérations avec une philosophie simple : « Tailler le minimum pour laisser les arbres s’exprimer au maximum. » Résultat : quand on franchit les grilles du Cimetière-Parc, on a l’impression de pénétrer dans une forêt.

Un sanctuaire pour des espèces menacées

L’arboretum nantais abrite des essences rares, parfois menacées d’extinction. On y croise des arbres qui se plaisent habituellement dans les montagnes du Sichuan, les plaines enneigées de Pennsylvanie ou sur les hauteurs de la cordillère des Andes… « Nous profitons d’un sol profond et lourd qui permet de presque tout planter, assure James Garnett. Les hêtres, si sensibles à la sécheresse et au changement climatique, se portent très bien ici. » Et pourtant, « hormis les massifs à l’entrée, c’est l’un des rares grands parcs de Nantes qui n'a pas de système d’arrosage automatique », assure le jardinier. Les feuilles, laissées au pied des végétaux, créent une litière forestière qui maintient l’humidité et active la vie du sol. « Nous sommes un terrain d’expérimentation pour l’ensemble de nos collègues jardiniers. On teste les essences qui pourraient le mieux s’adapter au réchauffement climatique. » 

« Tous les jours, je croise des écureuils roux »

Ce paysage résilient est un petit paradis pour la faune sauvage. « Laisser les arbres libres, c’est bon pour les oiseaux et tout un tas d’animaux », explique James Garnett. Dans les grandes prairies classées zones naturelles qui bordent l’arboretum, le jardinier « croise tous les jours des chevreuils et des écureuils roux ». D’autres espèces, plus discrètes, comme les blaireaux, les sangliers et les renards, visitent le cimetière-parc pendant la nuit. « C’est devenu un sanctuaire pour la biodiversité, on a même des vaches pour l’écopâturage au fond du parc. Étrangement, le seul animal qu’on voit peu, c’est le hérisson ! »

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Pendant une année chahutée par les aléas climatiques, le réalisateur Thomas Rault a filmé les jardiniers et jardinières, botanistes, chercheurs, élagueurs, agents d’accueil, etc., qui bichonnent ce jardin deux fois centenaire, site le plus fréquenté de Nantes. Les huit épisodes de sa série documentaire, Jardin public, sont à suivre sur la plateforme  france.tv pour plonger dans le quotidien captivant de l’un des quatre grands jardins botaniques de France.