Apolline Struyven : « La haie profite à tous mais ce sont surtout les agriculteurs qui en prennent soin »

Publié le 11 mars. 2026

Dernière mise à jour 11 mars. 2026

La jeune trentaine, diplômée d'un master en écologie, s'attelle à préserver et développer les haies dans la métropole nantaise, au profit de la biodiversité, du climat et de la bonne gestion de l'eau. Une mission qu'elle mène auprès des agriculteurs et des agents qui entretiennent les bords de routes.

  • Diplômée en écologie des zones humides, Apolline Struyven aide à préserver les haies. Ici dans l’Île Forget à Saint-Sébastien-sur-Loire. © Marc Roger

« Je suis une urbaine, j'ai grandi dans Lyon. Mais j'ai toujours été très curieuse des petites bêtes, des animaux que j'observais sans fin quand j’allais chez mes grands-parents, dans le Gers. Aujourd'hui encore, mon plus grand plaisir est de partir en randonnée à cheval, en campagne ». Il y a 3 ans, Apolline Struyven a quitté sa région d'origine pour trouver son premier emploi. 

La haie, un rôle majeur pour l'eau et le climat

« Après mon master en écologie, je suis arrivée dans la région nantaise pour un remplacement à la Fédération des Amis de l'Erdre, précise celle qui a commencé par créer et entretenir des mares. Des mares au bocage, il n'y a qu'un pas qu’Apolline franchit fin 2023 pour rejoindre la direction Nature et jardins de Nantes Métropole en tant que technicienne bocage. « C'était une création de poste, financée par la petite cotisation GEMAPI que chacun peut voir sur sa feuille d’impôt – moins de 10 € par an- qui sert à améliorer l'état des rivières et des zones humides. » 

Être technicienne bocage, c'est œuvrer au bon état, à la préservation et au développement des haies partout sur le territoire : on en compte 2400 km dans la métropole d'après un inventaire de 2016 encours de réactualisation. « La haie joue un rôle majeur pour réguler le climat, accueillir la biodiversité et mieux infiltrer l'eau. Le bocage, qui mêle prairies, mares et haies est aussi un élément de notre culture plus largement. C'est un paysage que j'aime beaucoup : ici il y en a de très beaux et bien préservés sur les bords de Loire à Couëron ou à La Chapelle-sur-Erdre. »

« Entretenir la haie, ça vient souvent en dernier ! »

L'essentiel des haies est aujourd'hui du ressort des agriculteurs. « Je vais à la rencontre des volontaires, explique Apolline. Je fais l'inventaire de leurs haies et je les conseille avec un plan de gestion durable : quels sont les arbres qu'il faut couper, lesquels tailler, lesquels laisser pousser naturellement, faut-il en replanter… L'enjeu, c'est qu'ils retrouvent de l'intérêt à s'en occuper. » Dans les secteurs d'élevage, plutôt au nord de la métropole, les haies ont été conservées pour les troupeaux. Au sud, elles ont en revanche été largement arrachées pour faire de la lumière pour le maraîchage. « Le métier d'agriculteur est difficile, très demandeur en temps et le système agricole est en crise. La haie est souvent la dernière préoccupation : ils n'ont pas le temps, ni l'argent pour cette mission. La haie profite à toute notre société et pourtant c'est essentiellement aux agriculteurs qu'on demande d'en prendre soin, avec peu de rétribution pour ce travail. » Alors, au-delà du conseil apporté par Apolline, son service s'attelle aussi à développer une filière bois locale pour créer un débouché économique aux agriculteurs. « C'est paradoxal mais c'est en trouvant une valorisation du bois des haies que l'on va mieux les préserver ! » La collectivité planche aussi sur les paiements pour services environnementaux (PSE), qui pourraient permettre de rétribuer les agriculteurs pour cette mission d'entretien d'intérêt général.

« Avec les agriculteurs, il faut du concret ! »

La filière bois et ces paiements pour services environnementaux prennent du temps à mettre en place : « Le temps de la collectivité n'est pas celui des agriculteurs qui nous demandent des solutions dès à présent. J'aime beaucoup ce monde paysan, son rapport à la nature, aux animaux. Il faut du concret, c'est quand il y a un réel échange avec l'agriculteur sur son fonctionnement, ses contraintes, qu'on trouve ensemble les meilleures solutions. »

Quand elle n'est pas avec les agriculteurs, Apolline forme et accompagne aussi les agents de voirie de Nantes Métropole pour mieux entretenir les haies de bords de routes. « L'idée, c'est qu'ils réalisent l'entretien aux mêmes périodes que les agriculteurs, en utilisant le matériel d'une manière qui respecte le mieux possible la haie. » En partenariat avec des associations, elle propose aussi des plantations participatives à des scolaires, des étudiants ou des personnes en insertion : « En 2025, on a planté près de 600 jeunes plants chez 4 exploitants agricoles. » 

« Ce que j'aime beaucoup finalement dans ce métier, c'est sa variété, avec du terrain et pas que du bureau », note Apolline qui, chaque jour, après avoir arpenté le bocage autour de Nantes, rejoint son appartement près de la Cathédrale. « Je sens que je tire sur la fin de ma vie d'urbaine, j'ai envie de vivre plus près de la nature, auprès de ces arbres que j'aime et des petites bêtes qui les habitent ! » 

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