Au Musée d’arts de Nantes, Anne et Patrick Poirier exposent l’oubli

Publié le 20 mai. 2026

Dernière mise à jour 21 mai. 2026

Les deux artistes contemporains, à la renommée internationale, présentent au Musée d’arts de Nantes, leur "Odyssée de l’oubli". Cette exposition nous fait entrer dans l’univers singulier des plasticiens qui nous parlent de la fragilité des civilisations.

  • Des objets en céramique.
    Maquette de la Cité des ombres, sculpture monumentale d'Anne et Patrick Poirier présentée dans le patio du Musée d'arts. © Adrien Mole

En pratique

Odyssée de l'oubli, exposition d'Anne et Patrick Poirier au Musée d'arts de Nantes. 

Du 22 mai au 30 août 2026. Ouverture du mercredi au lundi de 11h à 19h (nocturne le jeudi jusqu'à 21h). En juillet/août, ouverture tous les jours de 10h à 19h (nocturne le jeudi jusqu'à 21h).

Dans le patio du Musée d’arts de Nantes, une œuvre monumentale à la blancheur éclatante accueille le visiteur. Cette cité perdue et labyrinthique est une nécropole lumineuse. Délicatement posée sur un nuage de plumes, la ville est composée d’une multitude de bâtiments arrondis percés d’ouvertures triangulaires et façonnés en céramique. Vu depuis l’étage du patio, l’ensemble fait autant penser aux connexions nerveuses d’un cerveau qu'au dédale d’une cité antique, à l’instar de la nécropole étrusque de Cerveteri (Italie). 

Mémoire intime et collective

L’idée de l’œuvre est venue d’un rêve d’Anne Poirier. Elle raconte : « Je me promenais avec notre fils Alain-Guillaume, mort à 32 ans d’une maladie orpheline. Je le retrouvais, je lui donnais la main et nous marchions dans un paysage blanc immaculé, fait de collines, de maisons en construction... C’était un vrai labyrinthe. À un moment, mon fils disparaît, et je ne le retrouve pas. Je comprends alors que je suis dans une nécropole. À mon réveil, je raconte ce rêve à Patrick qui me dit : nous devons en faire une œuvre ! »

Ainsi naissait la Cité des ombres. Celle-ci fait écho à une croyance antique selon laquelle, lorsque le soleil est à son zénith à midi, la disparition des ombres annonce le monde des spectres. Une œuvre qui convoque aussi bien l’histoire intime des époux Poirier que l’histoire collective. « Ce lieu a d’autant plus de sens pour moi, explique avec émotion Patrick Poirier, que c’est ici, en 1943, que le corps de mon père, tué par les bombardements des Alliés de septembre 1943, a été déposé. Ce qui était alors le Musée des Beaux-Arts servait en effet de chapelle ardente. Cette installation est donc un hommage à mon père et notre fils disparus, mais aussi à toutes les victimes de violences à travers le monde »

Chapelle de l'Oratoire plongée dans le noir

  • Une photo d'un oeuvre d'Anne et Patrick Poirier.
    L'oeuvre "L'incendie de la bibliothèque" est présentée dans la chapelle de l'Oratoire du Musée d'arts, dans une scénographie surprenante et immersive. © Adrien Mole

Cette métaphore de la fragilité de nos vies individuelles et des civilisations parcourt toute l’œuvre des époux Poirier, artistes aux quelque soixante ans de carrière. Leurs créations figurent souvent des ensembles déroutants de villes disparues subitement ou pétrifiées par le temps qui passe, symbole de la fragilité de la présence humaine sur Terre. 

Une présence éphémère que l’on retrouve un peu plus loin, dans une chapelle de l’Oratoire plongée dans le noir pour l’occasion et habillée d’une atmosphère sonore angoissante. Trois œuvres se font face, parmi lesquels l’historique L’incendie de la grande bibliothèque (1976). Présentée pour la première fois en France depuis son exposition au centre Georges-Pompidou en 1978, la sculpture est une maquette monumentale de charbon figurant la bibliothèque calcinée (et le savoir envolé) d’Alexandrie. 

Un peu plus loin, l’œuvre Danger Zone (2016) se présente sous la forme d’un globe abritant un paysage industriel et contemporain dévasté, signe d’une civilisation capitaliste qui a couru à sa propre perte. « L’œuvre d’Anne et Patrick Poirier est généreuse et protéiforme, souligne Marie Dupas, commissaire de l’exposition et responsable des collections d'art contemporain au musée. La parcourir, c’est faire un voyage physique et mental dans ce qui menace de disparaître ou d’être oublié ».

Une longue histoire avec Nantes

  • Portrait des époux Poirier.
    Né à Nantes en 1942, Patrick Poirier a perdu son père dans les bombardements alliés de 1943. © C Clos

Anne et Patrick Poirier forment un duo étonnant d’artistes voyageurs qui explorent, révèlent et réinventent la fin d’une civilisation. Nés en 1941 (Anne) et 1942 (Patrick), ils se rencontrent aux Arts décoratifs de Paris. Après un séjour à la Villa Médicis de Rome en 1968, ils décident de travailler ensemble, formant ainsi, l’un des tout premiers et rares couples d’artistes. 

Les deux artistes ont un lien fort avec Nantes. En 1985, le Musée d’Arts expose plusieurs œuvres d’Anne et Patrick Poirier à l’occasion de Histoires de sculpture, puis, en 1989, dans la chapelle de l'Oratoire, avec la sculpture en charbon Domus Aurea, inspirée par l'ancien palais enseveli de Néron. En 2014, à l’occasion du Voyage à Nantes, les artistes imaginent Curiositas, une exposition hors-les-murs répartie sur plusieurs lieux, faisant dialoguer les collections des musées nantais et leurs propres œuvres. 

Depuis lors, plusieurs de leurs pièces, telles que Construction n°5 (1982), Mnemosyne (1991-1992) et Anima Mundi (2014), sont entrées dans les collections d’art contemporain du musée.

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