La liste menée par Johanna Rolland a remporté les élections
Manon Morzadec se mouille pour les zones humides
Publié le 25 mars. 2026
Dernière mise à jour 25 mars. 2026
Évider, réduire ou compenser. La mission de cette jeune technicienne, diplômée d’un master en écologie, tient en trois mots. Mais son rôle est capital pour préserver les zones humides et leur incroyable biodiversité de l’impact des projets des humains.
C’est le job de ses rêves. Chaussures étanches aux pieds, Manon Morzadec arpente la prairie entourée de mares qui s’étale au pied du cimetière des Landes de la Prunière, à Saint-Jean-de-Boiseau. « Ici avant, c’était un champ de maïs
, explique la jeune femme, technicienne zones humides et biodiversité à Nantes Métropole. Cet espace d’un hectare a été créé en 2018 pour compenser l’aménagement du pôle funéraire métropolitain juste à côté. Ce projet d’intérêt public avait un impact sur les milieux naturels qui ne pouvait être évité.
»
Un formidable réservoir de biodiversité
Depuis, Nantes Métropole est chargée de la gestion de cette zone humide sanctuarisée pour de très longues années. « À la fin du mois de septembre, nous réalisons une fauche tardive pour éviter que l’espace ne s’enfriche et que le milieu se referme, ce qui nuirait aux fonctionnalités écologiques de cette prairie humide qui abrite une faune et une flore bien particulières.
» La rôle de Manon ne s’arrête pas là. Tous les ans, avec ses collègues, elle réalise sur site un inventaire des libellules, oiseaux et autres amphibiens protégés. « L’objectif est d’observer s’ils recolonisent bien le milieu. Ça peut aller assez vite, on constate déjà le retour des grenouilles !
»
Mares, marais, berges de cours d’eau… « Les zone humides jouent un rôle écologique essentiel,
insiste Manon Morzadec : elles stockent le carbone, protègent contre les inondations, restituent l’eau pendant les périodes de sécheresse et constituent un incroyable réservoir de biodiversité.
» Sur un total de 4 100 espèces de plantes, oiseaux, poissons, mammifères et amphibiens recensées sur la métropole, 269 sont considérées comme remarquables par l’observatoire de la biodiversité. « 70 % de ces espèces rares ou menacées dépendent de ces zones humides. Il est primordial de les protéger.
»
« C’est concret, on suit les projets de A à Z »
À 32 ans, Manon a bourlingué aux quatre coins de la France avant de rejoindre le Sud-Loire de son enfance. Après un master en écologie à Rennes 1, la jeune femme - « passionnée de sciences et d’animaux
» - s’engage auprès de l’association France Nature Environnement pour un service civique en Auvergne. Elle passe deux ans à Niort au service des eaux du Vivier, suivis de quelques mois « enthousiasmants
» au Parc naturel régional de Brière pour cartographier les espèces exotiques envahissantes. Après un retour dans l’Est, à Châlons-en-Champagne, comme chargée de mission biodiversité - Natura 2000, elle rejoint l’unité Reconquête de la biodiversité de Nantes Métropole, en septembre 2024.
« Depuis mes 6 ans, j’ai grandi à Basse-Goulaine, près des bords de Loire, ma famille vit dans le Finistère Sud, revenir travailler dans ma région d’origine était inespéré.
» La jeune femme fait partie des trois techniciennes et techniciens zones humides & biodiversité employée dans cette équipe chargée de veiller à la préservation des espaces naturels de la métropole nantaise. « Le poste, à la fois sur le terrain et au bureau, m’intéressait beaucoup : c’est concret, on suit les projets de A à Z. On met en place des plans d’actions pour la restauration ou la compensation des zones humides, puis on suit le site pour voir comment il évolue et les effets sur certaines espèces emblématiques
», détaille-t-elle. L’échelle de la métropole lui convient bien. « Notre champ d’action est plus concentré, ça permet de mieux connaître le territoire.
»
« La protection de la biodiversité devient une évidence »
Longtemps absente des politiques publiques, « la prise en compte des zones humides progresse
», observe la jeune femme qui s’attelle en ce moment à mettre à jour les inventaires de ces espaces naturels sensibles sur l’ensemble de la métropole. « On protège mieux ce que l’on connaît
». Un exemple ? « L’urbanisation de la ZAC Vert-Praud
(zone d’aménagement concerté), à Rezé, a été revue et corrigée pour protéger la quasi totalité des zones humides.
» Dans ce nouveau quartier, 4,7 hectares de zones humides seront préservés, dont une zone de 2,8 ha d’espaces clôturés pour la vipère aspic et des aménagements favorisant l’épanouissement de la faune : gîtes pour les chauves-souris, passage à faune, nichoirs, refuges pour l’hibernation… « Le sujet devient une évidence et c’est une bonne nouvelle
, sourit Manon Morzadec. Trouver des zones de compensation est de plus en plus difficile. Il est important de se poser les bonnes questions très en amont des projets d’aménagement. Et savoir convaincre.
»
« Ce métier me permet de me sentir utile »
Éveillée aux enjeux environnementaux par des parents soucieux de l’impact de leur mode de vie (déchets, consommation d’eau et d’énergie, alimentation, mobilité, etc.), Manon sensibilise aujourd’hui, à son tour, ses collègues et les agents des communes aux enjeux de biodiversité. « Depuis 2023, 250 chefs de projet de Nantes Métropole ont été formés à ces questions
, précise-t-elle. Ils sont très réceptifs et ouverts à changer leurs pratiques.
» Une illustration concrète ? En collaboration avec son unité, depuis quelques années, le personnel du service des ouvrages d’art aménagent les ponts en pensant aussi aux loutres ! « Les passages à petite faune que nous installons évitent les collisions avec les voitures, l’une des principales causes de mortalité de cet animal qui était en voie d’extinction à la fin des années 1980. Et ces passerelles servent à plein d’autres espèces : martre, belette, fouine…
»
Cette démarche proactive de recherche de solutions apaise un peu les angoisses de la jeune trentenaire. « La côte le long de l’océan que j’empruntais, enfant, s’efface sous l’érosion. La dune n’existe plus et les éléments commencent à ronger les marais
, déplore-t-elle. On peut vite se sentir impuissant face à la rapidité du changement climatique. Ce métier me permet de me sentir utile.
» D’autant que les progrès sont tangibles. Les pièges photographiques, positionnés par Manon et ses collègues pour détecter l’apparition d’animaux sauvages, sont sans appel : « On a vu une loutre emprunter nos passages à faune ! Cela montre que ça fonctionne et que ces espèces recolonisent peu à peu nos cours d’eau !
»
Ça peut vous intéresser
Une série France TV dans les coulisses du Jardin des plantes de Nantes
Pendant une année chahutée par les aléas climatiques, le réalisateur Thomas Rault a filmé les jardiniers et jardinières, botanistes, chercheurs, élagueurs, agents d’accueil, etc., qui bichonnent ce jardin deux fois centenaire, site le plus fréquenté de Nantes. Les huit épisodes de sa série documentaire, Jardin public, sont à suivre sur la plateforme france.tv pour plonger dans le quotidien captivant de l’un des quatre grands jardins botaniques de France.