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Joël Cerclier, le jardinier ami des bêtes
Publié le 15 avr. 2026
Dernière mise à jour 15 avr. 2026
À 50 ans, Joël Cerclier a opéré une reconversion à 360° pour devenir jardinier animalier. Sa mission favorite : prendre soin des 7 vaches qui broutent les prairies de Sèvre. Un retour aux sources pour ce fils et petit-fils d’agriculteurs.
Planter, tailler, tondre, débroussailler, désherber… Depuis bientôt huit ans, le quotidien de Joël Cerclier se conjugue en pleine nature, dans les espaces verts de Nantes Sud. « Après trente ans passés dans les centrales d’achat de la grande distribution, à subir les horaires décalés et les rendements à fond, j’avais besoin de changer d’air
», raconte-t-il.
Un bilan de compétences suffit à conforter son choix : à 50 ans, il passe le CAP de jardinier paysagiste et rejoint les équipes de la direction Nature et jardins de Nantes, en 2019. La bonne surprise, il la découvrira sur le terrain: « La Ville de Nantes a son propre cheptel de bêtes pour entretenir ses espaces verts, c’est assez rare.
» Au milieu des vaches, chèvres et moutons, Joël est dans son élément : « Mes parents, et mon grand-père avant eux, étaient agriculteurs à Sucé-sur-Erdre. C’est un peu un retour aux sources, sans les contraintes de la gestion d’une ferme.
»
« L’écopâturage est une solution écologique »
Depuis son entrée dans la collectivité, le jardinier a toujours travaillé dans des secteurs gérés en écopâturage : à Nantes Nord, où chèvres et moutons entretiennent la coulée verte des Renards, dans la Petite Amazonie à Malakoff, paradis des vaches écossaises (Highland), et aujourd’hui à Nantes Sud. « Le vacher de l’équipe était parti, je l’ai remplacé.
»
Habituées à vivre les pieds dans l’eau, cinq Highlands, deux vaches Nantaises - « une race locale à sauvegarder
» - et une bretonne Pie Noir broutent les prairies humides des bords de Sèvre. La doyenne, Violette, a 21 ans. Rose, la plus jeune, 5 ans. « Elle est née ici à Nantes pendant le Covid,
explique Joël, l’œil pétillant. Notre cheptel est un peu vieillissant car, ici, on les laisse tranquilles. Elles n’ont aucune exigence de productivité et aucune de partira à l’abattoir, mais elles nous offrent une solution écologique d’entretien des espaces naturels.
» Moins polluantes et moins bruyantes que les engins mécaniques, les vaches gèrent les prairies en douceur. Leurs bouses fertilisent les sols et les insectes coprophages, qui se nourrissent de leurs déjections, alimentent l’ensemble de la chaîne alimentaire : les chauve-souris, les petits rongeurs, les oiseaux…
Un œil sur le bien-être des vaches
Le jardinier animalier passe tous les jours voir son troupeau. « Les animaux occupent 40 à 50 % de mon temps. L’été, je vérifie qu’elles ont suffisamment d’eau et l’hiver, quand les prairies sont inondées, je m’assure qu’elles ont la bonne quantité de fouin.
» Ce fourrage est en grande partie produit « en interne », dans les prairies de la Chanterie, du cimetière-parc et au parc floral de La Beaujoire. Joël veille aussi au bien-être et à l’état de santé de ses protégées. « J’observe leurs comportements pour repérer le moindre signe anormal, comme une boiterie.
» Si un animal nécessite des soins légers, le jardinier sort la trousse de premiers secours. « Pour tout le reste, on fait appel au vétérinaire. On travaille aussi avec un ostéopathe pour les vaches qui ont des problèmes neuropathiques et un pareur vient une fois par an leur couper les sabots. Car dans la prairie, il ne s’usent pas naturellement.
»
L’autre sur le calendrier des marées
Le cinquantenaire passe aussi beaucoup de temps à surveiller les clôtures. « Les Highlands adorent se gratter le dos, il faut souvent les réparer.
» En ce moment, Violette et ses congénères ont tendance à snober leur ange-gardien. « Elles sentent quand on vient pour leur faire des soins. Par contre, elles accourent sans souci pour changer de prairie !
» Le troupeau change de parcelles toutes les trois semaines. Pour les choisir, Joël garde en permanence un œil sur le calendrier des marées. « Quand la Loire est haute et que les sols sont gorgés d’eau par la pluie, la rivière ne peut plus s’écouler et inonde les prairies
, explique-t-il. Faire tourner le troupeau sur différentes parcelles permet de créer un vide sanitaire. Cela réduit la propagation de parasites sur les animaux, limite les traitements médicamenteux et protège la nature de l’impact de leurs déjections.
»
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Le changement climatique inquiète Joël pour l’avenir. « Les hivers sont de plus en plus compliqués avec des niveaux d’eau très hauts. Cette année, nous avons du composer avec la neige, puis les inondations.
On observe une invasion de plantes marécageuses, qui ressemblent à de gros roseaux, que les vaches ont du mal à manger.
» L’été, le troupeau supporte aussi mal les grosses chaleurs. « En 2025, on a planté des peupliers et des aulnes pour ombrager les parcelles les plus exposées au soleil. Malheureusement, on n’a pas suffisamment protégé les jeunes plants et les vaches ont tout mangé. Il va falloir replanter.
»
En ville, les animaux apportent de la sérénité
Après quelques années d’exercice, Joël l'avoue : « Je préfère les animaux aux végétaux. Si je devais être uniquement jardinier, les vaches me manqueraient, on s’y attache.
» Il craque pour leur comportement : « Elles sont dociles et tellement zen, c’est apaisant.
» Chacune a son caractère : « Violette n’est pas très sociable avec les humains. Charlot, le taureau, a ses humeurs mais il est sympa et il adore se faire gratter le dos !
» Le jardinier animalier n’est d’ailleurs pas le seul à se laisser attendrir : « Les gens s’intéressent à elles et ça crée des relations avec nous. Quand la Pie Noir part au cimetière-parc pour l’hiver, parc exemple, ils s’inquiètent de ne plus la voir.
» Complètement mordu, Joël a trouvé son équilibre dans la nature, au contact des vaches. « Les animaux en ville apportent un côté ludique pour les enfants et beaucoup de sérénité
», apprécie-t-il.
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