Olivier Ganne : « Il y a de l’extraordinaire dans la nature en ville »

Publié le 04 mars. 2026

Dernière mise à jour 04 mars. 2026

Enfant marqué par les marées noires bretonnes, le naturaliste a longtemps veillé sur la biodiversité extraordinaire des réserves et zones naturelles protégées. Depuis 2024, il travaille de concert avec les jardiniers et jardinières de la Ville de Nantes à renforcer la faune en ville.

  • Chargé de mission biodiversité urbaine, Olivier Ganne accompagne les équipes de jardiniers et jardinières de Nantes. Ici au Jardin extraordinaire, où il mène des inventaires réguliers de la faune. Ici, dans les douves du Château près de nouveaux boisement © Marc Roger

« J'avais 12 ans en 1978 quand l'Amoco Cadiz s'est échoué au large du Finistère nord. Un ami de mes parents, ornithologue amateur, m'avait emmené dans une infirmerie d'oiseaux mazoutés. » Depuis ce jour marquant, le presque soixantenaire Olivier Ganne n'a eu de cesse d'observer, protéger et inventorier la biodiversité animale. D'abord les oiseaux, puis, petit à petit, toute la faune.

Une vie de militant de terrain, dans le monde associatif

Il passe les étés de son enfance à observer les oiseaux des côtes bretonnes avec un guide qu'il finit par connaître par cœur. À 15 ans, l'adolescent s'inscrit dans un camp d'écologie d'été dans les monts d'Arrée. À 18 ans, plutôt que de choisir la filière d'analyste programmeur (ce sont alors les débuts de l'informatique), il opte pour la la biologie, à l'université de Rennes. « J'aurais peut-être pu devenir très riche, dans la Silicon Valley ! », sourit-il aujourd'hui. Le jeune homme rejoint le Cercle naturaliste des étudiants de Rennes, puis en devient président. Chaque été, l'étudiant est bénévole dans la réserve naturelle du cap Fréhel.

C'est aussi l'époque du service militaire obligatoire : Olivier Ganne choisit plutôt d'être objecteur de conscience et passe deux ans dans le marais de Quellen, à Trébeurden dans les Côtes-d'Armor. « J'étais le gardien de la réserve : je suivais les populations d'oiseaux et j'animais des visites pour les enfants. J'ai toujours bien aimé transmettre. » Un DEA de géographie-aménagement en poche, il part quelque temps à Montpellier avant de revenir vers sa Bretagne natale pour travailler à Bretagne vivante. Dans cette association de protection de la nature qui protège 135 sites naturels en Bretagne historique, il opère d'abord à Brest, avant de rejoindre Nantes en 2000, puis d'en devenir le coordinateur départemental. « J'y ai réalisé de nombreuses études et expertises naturalistes pour le compte des collectivités locales, dont Nantes Métropole. »

« C'est important de protéger la nature ordinaire en ville »

Son travail devenant de plus en plus administratif, le naturaliste ressent le besoin de revenir sur le terrain. En 2024, il rejoint la direction Nature et jardins de Nantes comme chargé de mission biodiversité urbaine. « En dehors des réserves naturelles, la biodiversité est aujourd'hui malmenée à la campagne. C'est important d'agir en ville et de protéger la nature ordinaire. » À ce poste, Olivier Ganne travaille avec les 27 équipes de jardiniers et jardinières de la Ville de Nantes. « Mon objectif phare, c'est de créer avec eux des refuges pour la faune et la flore, que l'on appelle oasis de biodiversité, pour que tous les parcs soient de plus en plus accueillants pour la faune sauvage et la flore locale. »

Créer ou restaurer des mares, laisser des espaces d'herbes hautes propices à la vie des insectes, planter des haies… Le chargé de mission conseille, accompagne et forme les équipes pour faire évoluer les pratiques : « Je ne pourrais pas faire ça tout seul. J'aime travailler avec ces professionnels de terrain, ils sont souvent intéressés par le sujet, à moi de les embarquer dans l'aventure. » Olivier Ganne et ses collègues du service recherche et biodiversité de Nantes Métropole forment également les techniciens espaces verts des communes voisines de Nantes volontaires. Et peuvent accompagner des initiatives collectives, comme dans le parc d'activités Armor à Saint-Herblain où les entreprises veulent œuvrer pour devenir « territoire engagé pour la biodiversité ».

« Il faut être prudent et patient quant aux résultats »

Les changements opérés par les jardiniers et jardinières ont-ils effectivement un impact sur la faune sauvage ? Pour le savoir, il faut inventorier la présence des espèces : les oiseaux, les amphibiens, les libellules, les papillons, les coléoptères aquatiques.. « Aurélien Bour – le botaniste du Jardin des Plantes de Nantes – se charge de la flore et moi, je suis la faune, en lien avec les associations naturalistes. Pas toujours simple car un animal, ça bouge, ce n'est pas une science exacte ! »

Pour réaliser ces inventaires, le naturaliste utilise donc des protocoles nationaux, qu'il va reproduire à l'identique tous les ans, tous les cinq ans ou tous les dix ans, souvent accompagné par des jardiniers à qui il transmet sa connaissance. Il pose également des pièges photographiques dans plusieurs jardins nantais. « Je découvre qu'il y a vraiment de l'extraordinaire dans cette biodiversité « ordinaire » : la martre des pins ou le bihoreau gris, un petit héron par exemple. Mais il faut être prudent et patient quant aux résultats. On ne peut pas évaluer l'impact de notre action à l'échelle d'un mandat politique ! » Dans cette mission, le naturaliste s'entoure aussi de jeunes universitaires en thèse : « L'idée, c'est que nos données et nos sites servent aussi de laboratoires scientifiques. »

« C'est un métier passion, reconnaît Olivier Ganne. C'est sûrement grâce à ça que je l'exerce encore ! » Chaque week-end, il prend toujours le temps de compter les oiseaux dans son jardin. 47 ans plus tard, l'enfant des côtes bretonnes est toujours bien là !

Ça peut vous intéresser

Une série France TV dans les coulisses du Jardin des plantes de Nantes

Pendant une année chahutée par les aléas climatiques, le réalisateur Thomas Rault a filmé les jardiniers et jardinières, botanistes, chercheurs, élagueurs, agents d’accueil, etc., qui bichonnent ce jardin deux fois centenaire, site le plus fréquenté de Nantes. Les huit épisodes de sa série documentaire, Jardin public, sont à suivre sur la plateforme france.tv pour plonger dans le quotidien captivant de l’un des quatre grands jardins botaniques de France.