Sylvain de Fleurieu dévoile le quotidien de l’Occupation à Nantes

Publié le 30 oct. 2026

Dernière mise à jour 30 oct. 2026

L’auteur passionné d’histoire, gendarme de profession, publie un 2e ouvrage illustré de photos en couleurs : « Les secrets de Nantes sous l’Occupation ». Il s’articule autour du journal de guerre de Fernand Soil, alors secrétaire général de la mairie. Rencontre.

Votre premier ouvrage portait déjà sur Nantes en 1939-1945. Quelles recherches avez-vous entrepris depuis ?

  • La place Foch en 1940. C'est ici que s'est installée la Feldkommandantur, le commandement militaire allemand. © coll

« Je continue de creuser le sujet aux archives de Nantes, de Loire-Atlantique, au service historique de la Défense à Vincennes... Et j’ai continué d’étoffer mon fonds photographique au gré des ventes aux enchères. J’ai aujourd’hui plus de 2 000 vues sur Nantes. Celles publiées dans ce livre ont été colorisées en grande partie à la main, avec un travail de vérification très rigoureux, et sont pour la plupart inédites. »

Ce nouvel ouvrage s’appuie sur le journal de Fernand Soil. Quel est ce document ?

  • Fernand Soil (1896-1984), secrétaire général de la Ville, a consigné la vie et les événements à Nantes durant la Seconde Guerre mondiale. © Collection Sylvain de Fleurieu

« C’est un carnet secret – d’où le titre du livre – constitué de notes journalières qui s’étalent du 24 août 1939 au 5 juin 1945. Elles ont été déposées par son petit-fils en 2002 aux Archives de Nantes, lesquelles n’ont retranscrit qu’une partie de l’année 1944. Il restait donc à retranscrire tout le reste du journal, et ça n’était pas une mince affaire ! L’écriture de Soil est peu lisible, avec des difficultés comme les noms propres, qu’il faut identifier a posteriori et bien orthographier. J’ai aussi retranscrit une annexe, consacrée à l’attentat qui a coûté la vie au Feldkommandant Hotz (1), et qui était totalement inédite. Si les Allemands étaient tombés sur ce journal, Soil aurait sans doute été arrêté pour espionnage et déporté. »

Pourquoi, malgré le danger, Soil a-t-il tenu ce journal ?

  • La fanfare de la Wehrmacht défile rue Paul-Bellamy à Nantes. © Collection Sylvain de Fleurieu

« Il est difficile de savoir quelles sont ses motivations exactes, mais je pense qu’il l’a fait pour des raisons historiques. Il avait conscience de traverser un événement majeur, tout en occupant une fonction particulière à Nantes. C’était un témoin important, qui avait le souci de rapporter des événements historiques. Soil était un homme très cultivé, passionné d’histoire, de littérature et de mythologie. Mais c’est aussi un personnage de la "collaboration de fait" dans la France de Vichy, un rouage essentiel. Il est là à toutes les réunions avec les Allemands – d’ailleurs le maire l’envoie à sa place quand le sujet est un peu délicat. Soil n’est pas un idéologue ni un collaborationniste, mais il finit par employer parfois des mots maladroits, comme "bande de terroristes" pour parler des résistants. »

Soil évoque la drôle de guerre, puis les réfugiés, l’arrivée à Nantes des Allemands, la Libération enfin… Des passages vous ont-ils surpris ?

  • Après 4 ans et 2 mois d’occupation nazie, Nantes est libérée le 12 août 1944. © Collection Sylvain de Fleurieu

« Beaucoup ! Le journal de Soil est très factuel, avec des considérations parfois redondantes, mais il donne aussi des anecdotes très précieuses. Par exemple, il relate des propos anti-Français de Hotz, qui contreviennent à la légende dorée de ce lieutenant-colonel abattu par les résistants : c’était bien un administrateur froid et pas du tout francophile ! Soil donne aussi des détails sur des femmes tondues place Saint-Pierre, après la libération de la ville. Je n’avais trouvé aucun rapport sur le sujet. Soil dit avoir vu deux chevelures, l’une brune et l’autre blonde, "promenées au sommet de la hampe d’un drapeau français" et écrit : "Le lamentable cortège est passé devant la mairie et la préfecture, suivi d’une foule trépignante. Une trentaine de femmes auraient subi un sort analogue". »

Parmi les thèmes abordés, celui de la collaboration...

  • En 1942, le 5 000e ouvrier parti travailler en Allemagne, un jeune Nantais, est félicité par le préfet de Loire-Inférieure et les officiers allemands. © Collection Sylvain de Fleurieu

« J’ai découvert un lot extraordinaire de photos de presse, avec des figures comme Charles Martin, qui présidait le groupe Collaboration, ou le sonderführer Menny, chef de la Propagandastaffel à Nantes, qui donnait son aval à la moindre ligne ou image publiée. On découvre aussi les photos d’une kermesse qui s’est tenue dans le parc de Chavagnes, en 1942, au profit de la LVF(2) ou la remise par le préfet d’un cadeau au 5 000e ouvrier français parti travailler en Allemagne, un jeune Nantais. »

Après cet ouvrage, sur quels autres thèmes aimeriez-vous écrire ?

« J’aimerais écrire un livre sur les bombardements à Nantes, car je possède beaucoup de photos inédites et il y a beaucoup de choses à raconter encore. »

 

(1) Survenu le 20 octobre 1941 rue du Roi-Albert. C’est en représailles que 50 otages sont désignés pour être exécutés.
(2) Légion des volontaires français contre le bolchévisme, corps armé vichyste placé sous autorité allemande.

En dédicace

Les secrets de Nantes sous l’Occupation, éd. D’Orbestier.

L’auteur est en dédicace : 
   • Océane Espace culturel, Rezé, samedi 14 novembre, 15h-19h.
   • Maison de la presse, Saint-Sébastien, dimanche 15, 9h-12h30.
   • Pôle sud Espace culturel, Basse-Goulaine, vendredi 20.
   • Siloë, Nantes, samedi 21, 10h-15h30
   • Durance, Nantes, samedi 21, 16h-18h
   • La Vie devant soi, Nantes, samedi 28, 10h30-13h
   • La Plume, Couëron, samedi 28, 15h-19h
   • Espace culturel Orvault, vendredi 4 décembre, 10h-13h
   • Lise & Moi, Vertou, samedi 5, 10h-13h
   • Maison de la presse, Saint-Sébastien, dimanche 6, 9h-12h30.