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Actualités Publié le 13 octobre 2021

3 projets de recherche et d'enseignement qui font réfléchir

Sciences, technologie, mais aussi philosophie, histoire ou psychologie, les enseignants et chercheurs nantais se distinguent dans de multiples disciplines. En voici trois exemples dans le champ des sciences humaines.

Edwige Chirouter, professeure en philosophie et sciences de l'éducation est  titulaire de la chaire de l'Unesco
Edwige Chirouter, professeure en philosophie et sciences de l'éducation est titulaire de la chaire de l'Unesco "Pratiques de la philosophie avec les enfants". © Université de Nantes

Edwige Chirouter veut enseigner la philosophie aux enfants

« Philosopher c’est difficile, c’est pour ça qu’il faut commencer tôt. » Professeur en philosophie et sciences de l'éducation, Edwige Chirouter travaille la question depuis plus de dix ans et pour elle, c'est une évidence, les petits doivent aussi acquérir les outils intellectuels de la discipline. « Dès la grande section, précise-t-elle, à partir de 4-5 ans. Les questions sont déjà là sur l'amour, sur la violence, sur la mort... Elles sont vives. Et à partir de cet âge, ils commencent à avoir une capacité à se décentrer, à écouter le point de vue de l'autre. L'idée, c'est de les écouter dans leurs questionnements, car ils ne s'autocensurent pas. Alors que les adultes ne posent plus de questions, c'est quelque chose que l'on perd. » 

Edwige Chirouter dirige la chaire Unesco, "Pratique de la philosophie avec les enfants", la seule au monde sur ce sujet qui mène des projets de recherche et organise des formations auprès des enseignants. « L'idée est de démocratiser la discipline, qui n'est enseignée qu'en terminale au lycée général et technologique, pas en lycée professionnel. La philosophie, c'est un levier pédagogique pour développer la pensée critique, lutter contre le relativisme et le dogmatisme, deux écueils dans lesquels peuvent tomber les démocraties modernes. C'est un enjeu politique et démocratique, former les futurs citoyens à l'exercice d'une raison éclairée. Sans oublier qu'il y a un enjeu psychologique et éthique à reconnaître l'enfant comme sujet. »

L'historien John Tolan mène un projet de recherche européen sur le Coran et sa place dans la culture européenne. © Université de Nantes
L'historien John Tolan mène un projet de recherche européen sur le Coran et sa place dans la culture européenne. © Université de Nantes

John Tolan étudie la place du Coran dans la culture européenne

Dans un continent fortement marqué par la culture judéo-chrétienne, quelle est la place du livre sacré de l'Islam ? C'est la question qu'explore John Tolan au sein d'un projet de recherche européen qui associe Nantes, Madrid (Espagne), Naples (Italie) et Copenhague (Danemark). « Nous étudions la place du Coran dans  la culture européenne, résume  l'historien franco-américain. On s'intéresse aux manuscrits arabes, aux éditions imprimées en Europe, aux traductions en latin, puis en italien, en allemand ou en français, et à leur impact. On constate souvent, jusqu'au XXe siècle, que cela procède d'une volonté de polémiquer, de réfuter l'Islam, vu comme une hérésie qu'il faut combattre.» 

Mais à partir du XVIIe siècle, la donne change. « On voit apparaître un intérêt scientifique et académique pour le Coran. Il est vu comme un document historique important pour comprendre l'histoire du Proche et Moyen-Orient.» Plus tard, le Coran sera même lu et utilisé par Napoléon 1er lors de son expédition en Égypte pour montrer aux Égyptiens qu'il n'est pas hostile à leur religion, et que sa venue était même prévue par le texte.

Le projet de recherche s'échelonne sur six ans, de 2019 à 2025. Et le chercheur nantais est bien conscient qu'il intervient à un moment opportun. « Les Islamistes pensent qu’ils ont le monopole de la définition de ce qu’est l’Islam, le Coran, le prophète. En tant qu'historien, on rejette cette idée, personne n’a le monopole. Et en même temps, on va à l’encontre des discours d’extrême droite qui disent que l’Islam n’a pas sa place dans la culture européenne. Elle l’a depuis le XIIe siècle. Et même avant, au VIIIe siècle, avec la présence musulmane en Espagne et en Sicile. »

Delphine Sangu, enseignante en lettres étrangères appliquées, dispense une formation sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. © capture d'écran TéléNantes
Delphine Sangu, enseignante en lettres étrangères appliquées, dispense une formation sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. © capture d'écran TéléNantes

Delphine Sangu met l'égalité femmes-hommes au programme de l'Université

Docteur en études hispaniques et enseignante à l'Université de Nantes, Delphine Sangu a observé, comme beaucoup, la vague #Metoo déferler dans la foulée de l'affaire Harvey Weinstein, ce producteur de cinéma américain qui s'était rendu coupable de multiples agressions sexuelles restées longtemps impunies. « Au moment de cette affaire est apparu un intérêt très fort pour la question des femmes dans l'entreprise, et beaucoup de revendications anti-patriarcat. J'ai vu qu'il y avait un intérêt fort de la part des étudiantes, et j'ai donc proposé en interne une petite formation sur l'histoire du travail des femmes. C'est là que je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de culture féministes, beaucoup ignoraient qui était Simone de Beauvoir, par exemple. »

Delphine Sangu crée alors une formation au niveau de l'école doctorale sur la question de l'égalité professionnelle. 30 étudiantes et étudiants se portent candidats pour les 12 places prévues. « Je commence par un état des lieux du travail des femmes en France, puis on passe à une perspective historique, avec des extraits des cahiers de doléances, à la Révolution française, où l'on voit des femmes revendiquer l’égalité de salaire. Ce n'est pas une question d'aujourd'hui...  On voit aussi comment Napoléon a fait régresser les femmes sur ces questions. On propose un travail sur les notions, puis des ateliers. »

Le cours a convaincu.  « Cette formation va être expérimentée en licence de psycho, au 2e semestre pour les élèves en 2e année de licence, en janvier 2022. Et on est en négociations avec l’UFR de sciences. J'ai été très étonnée par l’accueil des étudiants. Il y a nettement plus de filles, mais il y a aussi des garçons. » Une démarche qui colle aux préoccupations de l'établissement. L'Université a en effet adopté, en juin dernier, un programme de 50 actions pour l'égalité femmes-hommes.

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