À Nantes, ils ont visité la prison « comme de vrai »

Publié le 28 oct. 2026

Dernière mise à jour 02 nov. 2026

En cette fin septembre, une drôle de camionnette stationne place Rosa-Parks : la Grotte Mobile. À son bord, Adama Camara, fondateur de l’association Sada, vient faire découvrir la réalité de la prison aux jeunes du quartier.

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    Adama Camara parcourt la France avec sa cellule de prison mobile. © Romain Boulanger

Sur la porte d’entrée métallique, un judas, un numéro d’écrou : le 55852. À l’intérieur, un lit superposé, un réchaud, un réfrigérateur, un placard défraîchi. Et c’est presque tout. Dans ces 9 m2, c’est l’odeur, mélange d’humidité et de renfermé, qui frappe immédiatement. Nous sommes dans la Grotte Mobile, une camionnette un peu spéciale qui abrite la reconstitution d’une cellule de prison. Celle d’Adama Camara. Son frère Sada avait 18 ans lorsqu’il a été tué à la suite d’une « embrouille ». Adama promet alors de le venger. 

Trois ans plus tard, il tire sur le frère de l’auteur du meurtre et plusieurs personnes présentes. Il est interpellé 5 minutes plus tard. À son procès en 2018, il est condamné à huit ans de prison pour tentative de meurtre. « Je n’ai rien gagné avec cette vengeance », raconte-t-il aujourd’hui. Adama Camara a depuis créé l’association Sada, du nom de son frère, et parcourt la France pour sensibiliser les jeunes « à la violence des rixes inter-quartiers ».

« Je suis resté dans mon coin »

Sur la place Rosa-Parks, les jeunes se pressent pour pénétrer dans la Grotte Mobile et écouter Adama Camara – beaucoup l’ont déjà vu sur les réseaux sociaux. « Dans ce type de cellule, on est deux, voire trois, leur explique-t-il. Il faut comprendre que la prison, c’est violent. Sur les vidéos, sur les réseaux sociaux, on veut nous faire croire que c’est facile d’être incarcéré. C’est complètement faux ! » 

Les questions fusent et les échanges se prolongent autour du camion. « Il m’a fait réfléchir. J’ai déjà été dans des histoires, j’ai perdu des proches aussi. J’ai voulu me venger mais cela ne sert à rien, explique Jordi, 15 ans, qui habite Bellevue. Je suis resté dans mon coin loin des mauvaises fréquentations. J’ai beaucoup pensé à ma famille, car on les embarque avec nous quand on tombe dans la violence. » Un peu plus loin, Mousto, 16 ans, est marqué par ce qu’il vient de voir. « Franchement, c’est un bon concept. Adama a de l’influence, son histoire devrait faire réfléchir tout le monde. Personnellement, j’essaye de garder les pieds sur terre. Mes parents m’ont inculqué de bonnes valeurs. Mais notre problème, c’est qu’on n’a pas de travail, on n’a pas d’argent. »

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    Jeunes et adultes découvrent l'intérieur de la cellule de prison d'Adama Camara. © Romain Boulanger

« Avant de passer à l’acte, ils vont peut-être réfléchir »

Au total, une centaine de personnes ont participé à cette journée organisée à l’initiative de la mission prévention de la Ville de Nantes et de ses médiateurs de quartiers (ils sont 36 dans toute la ville). « Il y avait du monde, une vraie diversité, c’est ce qu’on voulait », se félicite Romane Dubois, chargée de mission prévention. Pour elle, l’effet d’une telle intervention se mesure aussi dans le temps. « Ça va infuser dans les têtes de certains jeunes. Ce sont des petites phrases qui restent : la prochaine fois, avant de passer à l’acte, peut-être qu’ils vont réfléchir plus longtemps. Ça ne va peut-être pas suffire la première fois, mais la deuxième, ça peut changer des trajectoires. »