Ce que révèle le nouveau baromètre de la tranquillité publique
Délinquance des jeunes : à Nantes, le grand défi de la prévention
Publié le 22 oct. 2026
Dernière mise à jour 02 nov. 2026
Plusieurs facteurs peuvent expliquer les dérives vers la délinquance, mais rien n’est écrit d’avance. Les stratégies de prévention, en particulier, font leurs preuves : éducation, sport, santé, accompagnement social sont parmi les leviers d’action. À Nantes, la Ville refond totalement sa politique de prévention pour mieux répondre à ce sujet complexe.
Printemps 2026. Plusieurs fusillades mortelles liées au trafic de stupéfiants endeuillent Nantes. Les victimes sont de jeunes hommes, dont un adolescent de 15 ans. La Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) souligne même que « les réseaux criminels
[en France] ont un recours accru à de très jeunes mineurs, parfois âgés de 10 ans
». Mais la délinquance des jeunes ne se résume pas au narcotrafic. Comment un adolescent ou un jeune adulte en arrive-t-il à commettre une infraction ? Pourquoi certains vont-ils enchaîner les délits ? Pour Fabien Truong, sociologue et coauteur de Grands ensemble, les conditions de vie jouent un rôle majeur : « Parmi les mineurs, on observe que ceux qui tombent dans l’engrenage de la délinquance sont des enfants pauvres. La dimension économique et sociale est extrêmement importante. Et ce sont des jeunes en échec scolaire.
»
« Les trafiquants exploitent la solitude »
« Ce sont aussi des jeunes assez peu entourés d’adultes pour leur apporter de la contradiction
», poursuit Fabien Truong, qui étudie depuis une vingtaine d’années les trajectoires de jeunes issus des quartiers populaires. Il insiste sur ce qu’il appelle « l’enveloppement éducatif
» : la présence d’adultes capables d’écouter, de poser des limites et d’accompagner les adolescents. Et ce ne sont pas seulement les parents : « Parfois, ces derniers ne sont pas là car ils travaillent en 3×8.
» Une aubaine pour les criminels, notamment dans les trafics de drogue : « Quand ils tombent, qu’est-ce qu’ils cherchent au-delà de l’argent ? Les réseaux sont dirigés par des adultes qui leur donnent une place, qui les manipulent. Ils exploitent leur solitude
. »
« Qu’elle prenne la forme ou non du trafic, la délinquance est souvent le fruit d’une grande précarité, d’un abandon, d’une déconsidération
, renchérit Gaspard Florin Camagna, élu nantais délégué à la prévention. La rupture de confiance que vivent tant de jeunes envers l’école, la police ou l’État, doit nous interroger sur notre capacité à répondre à leurs besoins directs, leurs demandes.
»
La sociologue Alice Gaïa, qui a rencontré une trentaine de personnes sorties de la délinquance, retrouve un point commun parmi celles qu’elle a rencontrées : « Tous les jeunes avaient des trajectoires scolaires chaotiques. Au-delà de la réussite, ce sont des histoires dévalorisantes, des relations à l’école qui n’étaient pas satisfaisantes. Ils avaient l’image de “derniers de la classe”
. » Elles ne condamnent pas pour autant un jeune à la délinquance. Et un premier acte ne signifie pas nécessairement qu’il sera suivi d’autres. En 2024, parmi les mineurs condamnés pour un délit, seulement 15 % avaient déjà été condamnés pour une précédente infraction. Mais à 17 ans, cette proportion atteignait 24 %, selon les chiffres 2025 du ministère de la Justice.
Nantes refonde sa politique de prévention
Comment empêcher qu’une première infraction en entraîne d’autres ? « Le tout-répressif a ses limites, on ne fait que déplacer le problème
», relève Fabien Truong. Pour Alice Gaïa, l’école reste un levier essentiel : « Le premier sujet, c’est comment garder accrochés des enfants au sein du système scolaire.
» Et l’accompagnement ne doit pas s’arrêter aux portes de l’établissement. Famille, éducateurs, travailleurs sociaux ou associations peuvent contribuer à maintenir le lien avec un jeune en difficulté. Sortir de la délinquance ne relève pas non plus d’une simple décision individuelle. « On sort très rarement de manière soudaine, par un miracle. C’est un processus pluriel, multifactoriel
», rappelle Alice Gaïa. Pour Fabien Truong, l’essentiel est de ne pas laisser les jeunes seuls face à leurs difficultés : « Ce qui compte dans tout ça, c’est le maillage de la présence adulte pour écouter, remédier.
»
De fait, l’action publique a ici un rôle essentiel. Nantes engage ainsi la refondation de sa politique de prévention pour être au rendez-vous, avec de premières actions concrètes. Porté par la Mildeca et déjà expérimenté au Breil, le programme LIMITS va être étendu à Bottière et Port-Boyer. Il s’adressera en priorité aux jeunes de 10 à 21 ans, à leurs parents et aux professionnels qui les accompagnent, avec un objectif : prévenir l’entrée dans les réseaux et aider ceux qui y sont déjà exposés à en sortir.
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Éducation, jeunesse, santé, emploi, insertion ou encore culture doivent aussi nourrir la nouvelle feuille de route attendue au printemps 2027. « Dans le contexte actuel, les stupéfiants, leurs usages et le narcotrafic occupent une place centrale
, conclut Denis Tallédec, adjoint à la sécurité et à la tranquillité publique. Mais notre politique de prévention est bien plus large : elle mobilise de nombreux leviers et doit s’inscrire dans toutes les politiques publiques. L’urbanisme, la politique sportive, l’éducation, la santé ont aussi un rôle à jouer.
»
Des chiffres clés à l'échelle nationale
- 15 % : Entre 2016 et 2025, le nombre de mineurs mis en cause par la police et la gendarmerie a diminué de 15 %,
- + 55 % : c'est, dans le même temps, l'augmentation du nombre de mineurs mis en cause pour trafic de stupéfiants,
- 31 % des faits pour lesquels des mineurs sont mis en cause concernent des atteintes aux personnes, hors violences sexuelles. Les atteintes aux biens sans violence représentent 26 % des faits. Les infractions sur les stupéfiants 16 %,
- 15-16 ans : C’est l’âge moyen des « petites mains » recrutées dans les trafics de stupéfiants.
Sources : SSMSI (Service statistique ministériel de la sécurité intérieure), MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives).