Ces jeunes qui ont pris un autre chemin

Publié le 28 oct. 2026

Dernière mise à jour 02 nov. 2026

Ils ont 17 ans, vivent à Nantes et leur adolescence est marquée par des difficultés. Trois d’entre eux racontent ce qui les a aidés à tenir bon, et les ressources qu’ils ont su puiser en eux.

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Ismaël fréquente depuis 6 ans le Centre loisirs jeunesse 44. © Pierre-Yves Lange

Ismaël* : « Des fréquentations peuvent t’emmener au mauvais endroit »

« J’habite un quartier populaire de Nantes. Ma mère nous a élevés seule, mes deux sœurs et moi. Mon enfance a été heureuse, j’ai voyagé beaucoup, et j’ai des facilités à l’école, même si c’est devenu plus compliqué au lycée. La vie dans le quartier, je pense qu’elle est normale, on va à l’école comme tout le monde ! Le problème, c’est des fréquentations qui peuvent t’emmener au mauvais endroit : sortir pour traîner, voler, embêter les gens… Ce qui m’a permis d’échapper aux mauvaises personnes, d’arrêter de leur parler, c’est le CLJ. Au lieu de traîner dehors, j’y vais les mercredis après-midi, pendant les vacances. J’ai fait avec eux des séjours au ski, de l’équitation, de la voile ou du surf… Franchement, ça permet à ceux qui n’ont pas les moyens de faire de bonnes activités. Ils m’ont aidé aussi  à trouver mes stages en 3e et 2nde. J’ai créé des liens avec d’autres jeunes. Ça m’a permis de prendre du recul, d’avoir des avis extérieurs sur les gens. J’ai compris que si les gens ne t’apportent rien, il faut pas rester avec eux ! J’ai pu faire des bêtises mais grâce aux animateurs, j’avais du recul sur les situations, ils ne te disent pas juste que c’est mal, ils t’expliquent pourquoi.  Ma mentalité aujourd’hui, c’est de voir les choses à long terme. J’aime l’argent, mais j’aime le gagner de manière honnête, même si j’en ai moins. Alors la drogue, ça ne m’intéresse pas, je ne veux même pas voir à quoi ça ressemble. »

À noter : Le CLJ44, qui dépend de la police nationale, est soutenu par la Ville de Nantes. 5 rue Chaptal, tél. 02 49 10 31 81.

* Prénom d'emprunt.

Santiana : « Le programme de soutien à la famille m’a vraiment aidée »

« En 3e, j’ai dû changer de collège et là, il y avait de la méchanceté chez les jeunes de mon âge, ils portaient trop de jugements sur les autres. Au bout d’un ou deux mois, j’ai arrêté et pendant un an et demi, je n’ai rien fait. Je dormais, je mangeais, je sortais, je redormais... c’était ça tous les jours. Je voyais mes copines qui allaient à l’école et moi je m’ennuyais. J’ai signé un Contrat engagement jeunes avec la Mission locale, mais il fallait que je me débrouille un peu seule et j’étais pas motivée. C’est le programme de soutien aux familles et à la parentalité [un des volets du dispositif LIMITS, ndlr] qui m’a vraiment aidée. Chaque lundi soir, pendant 2 h 30, on se retrouve entre familles, les ados d’un côté et les parents de l’autre. Les encadrants nous font discuter sur un thème, suivre des ateliers – par exemple sur les addictions, comment mieux communiquer, etc. – et tout le monde se retrouve ensemble pour en discuter. Ce qui est difficile dans ma famille, justement, c’est la communication. Avec ma mère et mes frères on peut se parler très mal. Après ce programme, on a fait plus attention à nous, même si les conflits peuvent vite revenir. Depuis, j’ai fait un stage à la maison de quartier, où j’ai fait plein de choses, rencontré des gens… ça m’a donné envie d’être bénévole ici. Je vais suivre des formations dans l’animation, faire un nouveau stage et plus tard, m’inscrire pour passer le Bafa. Après, pourquoi pas un service civique... »

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Accompagnée par la mission prévention de la Ville de Nantes, Santiana a suivi le programme de soutien aux familles et à la parentalité. © Pierre-Yves Lange
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Steven est accompagné par la mission prévention de la Ville de Nantes. © Pierre-Yves Lange

Steven : « J’ai passé du temps hors du quartier, heureusement »

« Au départ ma vie était normale. C’est vers la 5e, que j’ai été approché par les trafiquants. Ils me demandaient d’aller chercher des trucs pour eux, de faire des “petites courses”, sinon ils me taperaient. Je leur disais : non, je veux rester loin de ça. Heureusement mon frère aîné me protégeait. On sait qu’ils peuvent vite se faire choper par les policiers et moi, depuis petit j’ai le rêve de devenir footballeur pro, je veux gagner de l’argent avec un vrai métier. Alors si j’y touche c’est foutu… En 6e- 5e, c’était le bordel en classe pour moi.  On m’a éloigné du quartier, heureusement. Un agent de la mission prévention de la Ville m’a dirigé vers le club ado et le CLJ44. Avec mon père, il nous a accompagnés tout ce temps. Ça a changé les choses, sur l’orientation scolaire aussi. Et puis j’ai passé pas mal de temps à mon club de foot, Don Bosco. À partir de la 4e, j’ai commencé à coacher les petits le samedi matin, au lieu de rester à la maison et de m’ennuyer. Aujourd’hui je voudrais devenir animateur dans le sport, en passant un brevet avec du soutien éducatif. »

La Maison de la tranquillité publique est le guichet  unique pour la prévention. 11, bvd de Stalingrad - tél : 02 40 41 99 99