Commerces vandalisés à Nantes : la Ville lance un registre de soutien
Comment la recherche change la façon de fabriquer la ville
Publié le 20 oct. 2026
Dernière mise à jour 21 oct. 2026
Si la recherche peut parfois nous paraître difficile à appréhender concrètement, elle est pourtant un levier formidable pour réfléchir différemment et faire ce pas de côté nécessaire pour innover. Exemple avec la Chaire « Habiter au prisme des limites planétaires » qui bousculent les acteurs de l’aménagement du territoire métropolitain.
Comment habiter et aménager le territoire à l’heure des grands bouleversements écologiques ? Telle est la vaste question à laquelle tente de répondre la Chaire « Habiter au prisme des limites planétaires » portée par l’Institut d’études avancées (IEA), avec l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes, l’Agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran) et la société d’aménagement SCE-Keran. Démarrée en 2024, elle accueille chaque année un ou une chercheuse en résidence autour d’un projet sur l’habitabilité pour bousculer, faire travailler et réfléchir les acteurs locaux de l’aménagement urbain.
Ecouter l’écologie populaire
Pour cette troisième année, la Chaire accueille en résidence Alix Levain, chargée de recherche en anthropologie au CNRS. Elle travaille depuis plusieurs années sur la sensibilité aux enjeux écologiques en tentant de comprendre de quoi l’expérience quotidienne des habitants est composée et comment les enjeux écologiques se présentent à eux et transforment ou non leur vie. En 2018 elle a commencé à enquêter auprès de groupes locaux de gilets jaunes en s’intéressant à leurs témoignages. « Mon travail dans la Chaire va être de lire et d’analyser les 180 cahiers de doléances, issus de ce mouvement, archivés en Loire-Atlantique. De voir comment s’expriment ou non les préoccupations écologiques, comment les relier à l’habitabilité du territoire et trouver des façons de les rendre accessibles et de les faire dialoguer avec d’autres dispositifs de la parole habitante. L’enjeu entre la recherche fondamentale et l’action publique est de porter attention et de ne pas se tromper, sur la façon dont les politiques s’adressent aux classes populaires en termes d’écologie. »
« Nous attendons de ce travail d’avoir accès à une parole que l’on n’a pas habituellement dans nos prospectives
, indique Lucie Renou, chargée d’étude au pôle innovation et transition de l’Auran. Nous pourrons accéder à leurs pratiques écologiques même si elles ne se revendiquent pas comme telles et faire des liens avec des sujets sur les inégalités socio-spatiales. »
Repenser plutôt que répondre
Diego Landivar, économiste et anthropologue a été le premier chercheur accueilli par la Chaire. Son projet vise à repenser nos modes de vie à partir du nouveau régime climatique et écologique. Il nous propose de penser la redirection écologique de nos infrastructures et de nos territoires, ce qui peut passer par des renoncements à des usages ou à des projets urbains qui ne sont plus adaptés à la limitation des ressources. « Nous avons éprouvé ses méthodes (écoute active, observation, dialogue très en amont…) dans un projet avec Bordeaux Métropole qui mêlait enjeux sociaux et urbains,
évoque Clémence Aumond, architecte urbaniste à SCE-Keran. Nous avons toujours été dans la démarche de la co-construction avec de la pluridisciplinarité mais sans notions sociologiques ou anthropologiques donc nous avons modifier nos pratiques pour être plus pertinents. »
Approche sensible et non technique
Avant Alix Levain, Verónica Calvo Valenzuela, docteure de l’Institut d’études politiques de Paris a travaillé pour la Chaire sur l’intégration de l’anthropologie et des sciences de la Terre pour comprendre l’habitabilité en zone urbaine. Elle explore les liens entre dynamiques bio-géophysiques et formes sociales d’habitation pour prendre conscience de nos dépendances au territoire. « Son approche sur notre rapport à notre terrain de vie (dans lequel on se déplace) et au terrain qui nous fait vivre (beaucoup plus large, celui grâce auquel on consomme entre autres) est beaucoup plus sensible,
précise Lucie Renou. Sa résidence s’étant terminée en juin 2026, nous digérons encore ces apports avant de les traduire concrètement dans nos projets. »
Travail partenarial fructueux
L’intérêt de cette Chaire est la réflexion et le travail partenarial entre ses acteurs qui agissent tous sur l’aménagement du territoire, en ancrant ces échanges dans les sciences humaines et sociales. « On réfléchit aux leviers à actionner en termes d’action publique pour interroger la place des ressources naturelles dans les projets par exemple »
, ajoute Lucie Renou. Clémence Aumond complète. « Même si tout ça peut paraître un peu conceptuel, nous voyons les bénéfices, nous avons envie de faire ensemble, de faire bouger les lignes, de partager nos problématiques. »
Alix Levain de conclure. « L’objectif est que l’action publique environnementale combatte réellement l’écocide. Ce n’est pas uniquement du ressort de la politique locale mais il y a des voies d’aménagement urbain qui peuvent envoyer des messages très forts. »