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Le Muséum de Nantes ramène un dinosaure du Wyoming
Publié le 13 août. 2026
Dernière mise à jour 01 sept. 2026
Pendant trois étés, entre 2024 et 2026, les équipes du Muséum de Nantes ont fouillé un site paléontologique du Wyoming, aux État-Unis, à la recherche de fossiles. Elles en rapportent les restes d’un grand dinosaure.
Il répond au doux nom de sauropode, une espèce de dinosaure herbivore au long cou et aux mensurations généreuses (entre 10 et 25 mètres selon les spécimens, plusieurs tonnes sur la balance) ayant vécu du Jurassique moyen au Crétacé supérieur. « On estime que les ossements découverts remontent à 150 millions d’années »,
affirme Philippe Guillet, directeur du Muséum qui a conduit une équipe de fouilles du musée nantais aux confins des États-Unis.
Durant trois étés, lui et plusieurs agents, tous spécialistes de géologie ou de biologie, ont passé au peigne fin ce site paléontologique de premier plan outre-atlantique. Ils en ramènent deux spécimens de sauropodes, l’un juvénile, l’autre plus âgé « aux dimensions exceptionnelles. »
Pourquoi le Muséum de Nantes cherche-t-il un dinosaure ?
En 2029, après quatre ans de travaux, le Muséum de Nantes ouvrira ses portes dans un bâtiment rénové, à la scénographie entièrement repensée. Il présentera un parcours inédit sur le vivant, de la création de l’univers jusqu’à l’époque actuelle, en replaçant la question de la crise écologique contemporaine au centre du parcours. Pour offrir aux visiteurs une expérience pédagogique immersive, les équipes du Muséum ont décidé d’exposer les restes d’un dinosaure, animal emblématique d’une ère géologique brutalement disparue. En France, seuls les muséums de Paris et Lyon disposent d’un squelette de dinosaure.
« Une des caractéristiques du Muséum, c’est de mettre les visiteurs en face de vrais espèces
, indique Philippe Guillet, qui prendra sa retraite à la fin de l’année 2026 après 13 ans à la tête du Muséum. Or, acheter un dinosaure coûte affreusement cher. Récemment, un T-Rex, complet à 63 %, a été vendu à quelque 50 millions d’euros, soit le prix de la rénovation du musée ! Avec plusieurs agents du Muséum et quelques partenaires, nous avons donc décidé d’aller chercher nous-mêmes notre dinosaure ».
Où le Muséum de Nantes a-t-il réalisé ses fouilles ?
En la matière, seuls les États-Unis autorisent des équipes étrangères à rechercher et ramener des ossements. Le Wyoming est une terre bien connue pour receler d’importants dépôts fossiles, notamment au sein de la formation géologique de Morrison, un site mondialement connu et particulièrement prolifique pour ses fossiles de dinosaures.
« Grâce à l’entremise du Muséum de Bruxelles et d’une équipe de chercheurs allemands bien implantés là-bas (la société KWN), nous avons pu nous mettre en lien avec le propriétaire des terres (un ranger) et commencer nos recherches.
» Sur place, les équipes du Muséum ont découvert le cadre somptueux du Wyoming, un État connu pour ses montagnes majestueuses, comme celles des Rocheuses, ses vastes prairies et ses des forêts denses. Il abrite certains des plus beaux parcs nationaux du pays, comme ceux de Yellowstone ou de Grand Teton.
Comment les fossiles de dinosaure ont-ils été découverts ?
À son arrivée en 2024, l’équipe du Muséum a découvert deux sites prometteurs. C’est finalement celui dit de « Rabbit Hole » - « parce qu’on voit beaucoup de lapins qui s’y promènent »
, sourit Philippe Guillet – qui s’est avéré le plus intéressant. Un grand spécimen y a été découvert, avec des restes importants comme un fémur, des vertèbres ou un bassin.
Le travail sur place n’a pas été de tout repos. Si le gisement de Rabbit Hole a été élargi grâce à une pelle mécanique, le fond de la fouille restait inaccessible à l’engin et il a fallu pelleter des mètres cubes de sédiments pour retrouver le niveau fossilifère. « On a vécu quatre semaines harassantes
, confirme Philippe Guillet. Déjà parce qu’il a fait très chaud là-bas, entre 35 et 40 degrés. Ensuite parce que c’était très physique comme travail. Et enfin, parce que nous n’avions que quatre semaines, donc il a fallu bosser 6 jours sur 7, de 7h à midi et de 15h à 19h. »
Comment les os du dinosaure ont-il été extraits ?
Repérer un os est une chose, l’extraire et le conditionner pour un grand voyage en est une autre. D’abord consolidés avec de la colle, les os ont été partiellement dégagés afin d’être identifiés. Dans un second temps, l’équipe procédait à la protection du fossile par la création d’un « champignon » autour de lui, en creusant une tranchée tout autour et en dessous. « Par-dessus ce champignon, on fabriquait une coque à l'aide de plâtre et de bandes de jute, qu’on solidifiait parfois avec des tiges métalliques »
, explique Philippe Guillet
Quand le dinosaure sera-t-il exposé au Muséum de Nantes ?
Ces ossements voyageront ensuite par-dessus l’Atlantique où ils seront confiés, en 2027, à un laboratoire qui les dégagera de leur gangue, les nettoiera, les consolidera au besoin et analysera chacune des pièces. « C’est seulement à cette étape qu’on saura précisément de quel type de sauropode il s’agit et quel est son taux de complétude »
, précise Philippe Guillet
En Europe, seuls cinq ou six laboratoires sont capables de réaliser ces opérations, dont deux en France. Il faudra compter au moins deux ans de travaux en laboratoire. « D’autant qu’il y aura peut-être besoin de créer des os complémentaires en résine car nous n’aurons pas un dinosaure complet à 100 %. »
Une fois ces étapes passées, le squelette sera assemblé sur une armature pour lui donner vie, puis installer dans le Muséum nouvellement rénové. Et Philippe Guillet de conclure : « Ce projet, c’est une histoire un peu folle quand on y pense quand même. Sur le plan technique, administratif, humain, on a relevé de sacrés défis qui auraient pu nous rebuter si on y avait pensé avant. Mais parfois, quand on se lance dans un grand projet, il ne faut pas trop se poser de questions ! »
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