Que devient votre vieux pull déposé dans une borne du Relais Atlantique ?

Publié le 13 févr. 2026

Dernière mise à jour 13 févr. 2026

L’entreprise d’insertion collecte en moyenne 20 tonnes de textile par jour. Reportage en images dans son site de Couëron et focus sur les enjeux d’une filière sous pression.

2 000 containers pour la collecte

  • Avant de déposer vos vieux vêtements dans la borne en sacs fermés, n'oubliez pas de les laver ! © Céline Jacq

C’est une des solutions les plus simples et les plus responsables pour se débarrasser de ses vieux vêtements : les emballer, propres et secs, dans un sac que l’on dépose dans un container du Relais Atlantique. « Nous en avons près de 2 000 répartis entre Loire-Atlantique, Vendée, Maine-et-Loire, Charente-Maritime et Haute-Vienne », détaille la responsable de l’entreprise, Stéphanie Gac. En 2025, 14 000 tonnes de vêtements ont été récupérées de cette manière – soit en moyenne 20 tonnes par jour, « mais jusqu’à 40 tonnes en période haute, par exemple avant la rentrée scolaire ».

Ensuite ? C’est dans l’atelier de tri XXL situé rue Jan-Palach, à Couëron, que les sacs sont acheminés. Les pièces trop abîmées ou souillées sont écartées, les chaussures mises de côté, par paires. Vestes, jeans, t-shirts, pulls, chemisiers... se retrouvent sur un long tapis roulant à un rythme soutenu. Tout autour s’affairent une dizaine de salariés aux gestes rapides, précis, qui ne laissent rien au hasard. Le textile est observé, touché, évalué en une demi-seconde. « Trier ne s’apprend pas en deux jours ! », sourit la responsable. L’ensemble est tracé et pesé, ce qui déterminera la contribution versée au Relais par Refashion, l’éco-organisme qui accompagne le secteur de la mode vers une économie plus circulaire.

Tri, revente et recyclage

  • Les chaussures sont séparées des textiles, mises par paires et classées selon leur état. © Céline Jacq
  • Les manutentionnaires ouvrent les sacs et réalisent un premier tri : retrait des blousons, draps, couvertures, textiles trop abîmés, mouillés ou souillés. © Céline Jacq
  • Le tri s’effectue à l’œil et au toucher, avant un second passage pour retenir les pièces « qualité boutique ». Elles sont ensuite classées en deux grandes catégories : été et hiver. © Céline Jacq
  • Une partie des sacs collectés sont réexpédiés dans d'autres Relais en France ou en Belgique pour assurer la phase de tri. © Céline Jacq

Ce tri détermine le devenir de chaque pièce. Seuls 7 % des textiles collectés, les plus qualitatifs, partiront en boutique pour être revendus – le Relais Atlantique gère 5 magasins sous l’enseigne Ding Fring à Nantes, Rezé, Saint-Nazaire et La Roche-sur-Yon. Pulls en maille, blousons, chaussures, lingerie, maillots de bain y trouvent facilement preneur.

Le reste ? « Des gros volumes à gérer », souligne Stéphanie Gac. Avec pour débouchés la réexpédition sur d’autres marchés, le réemploi, le recyclage ou la « valorisation énergétique » dans les incinérateurs : « Le coton tissé peut devenir du chiffon industriel. Certains textiles sont envoyés vers le centre d’effilochage du Relais dans les Hauts-de-France pour être transformés en isolant, utilisé par exemple dans l’industrie automobile. D’autres sont exportés vers des partenaires africains et contribuent à soutenir l’emploi local ».

La filière sous tension

  • Des balles de textiles prêtes à être expédiées vers les partenaires étrangers du Relais Atlantique. © Pierre-Yves Lange

Depuis sa fondation en 1994, le Relais Atlantique porte une double ambition : donner du travail à des personnes en insertion et donner une seconde vie aux vêtements. Côté emploi, l’affaire est entendue. Entre son site principal à Couëron et un site rattaché à Surgères, l’entreprise compte aujourd’hui 120 salariés (chauffeurs, agents de tri, manutentionnaires, personnels administratifs…). Côté réemploi, la filière de la collecte traverse une zone de turbulences.

L’ultra fast-fashion a profondément impacté la qualité et la composition des vêtements mis sur le marché. Les volumes augmentent, avec des pièces de faible qualité, peu propices à la seconde main. Massivement utilisées, les fibres synthétiques n’ont pas de solution de recyclage viable. « On parle beaucoup du recyclage chimique, mais aujourd’hui, ça reste moins cher d’acheter un baril de pétrole et de le transformer », observe Stéphanie Gac.

À cela s’ajoute la chute des prix du textile d’occasion sur le marché international, certains pays asiatiques menant une véritable guerre des prix. La filière juge le niveau de contribution de Refashion insuffisant à compenser les déséquilibres du marché mondial. « En 2024, les stocks ont permis d’amortir la baisse. Mais en 2025, la rentabilité a tellement baissé que les collectes ont été stoppées à l’été. » Un accord national a été conclu à l'issue de ce mouvement, et l’activité a pu reprendre. Mais c’est tout le paradoxe de la filière : jamais les volumes collectés n’ont été aussi importants, et jamais leur valorisation n'a été aussi complexe.