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Stereolux : 15 ans de concerts racontés par son programmateur
Publié le 03 sept. 2026
Dernière mise à jour 07 sept. 2026
À l’automne 2011, Stereolux, grand équipement dédié aux musiques actuelles, ouvrait ses portes sur l’Île de Nantes. Jean-Michel Dupas, programmateur historique, nous fait revivre quelques évènements marquants, à l'occasion des 15 ans de l'équipement, fêtés du 16 au 20 septembre.
Il a accueilli plusieurs milliers d’artistes, des nouvelles têtes de la scène locale aux plus grandes formations venues des quatre coins du monde. On a pu y voir des dizaines d’expositions, des centaines de conférences, ateliers, workshops… Stereolux, digne successeur de l’Olympic (lire encadré ci-dessous) est une salle à part en France.
Elle souffle ce mois-ci ses 15 bougies et programme pour l’occasion quatre jours de festivités, du 16 au 20 septembre 2026. « C’est devenu une étape importante pour beaucoup d’artistes internationaux
, confirme Jean-Michel Dupas, programmateur et responsable du pôle musique à Stereolux. « En termes d’attractivité, les tourneurs nous disent souvent qu’il y a Paris, Nantes et les autres parce que Nantes est une ville culturelle avec un public noctambule et avide de découvertes. »
Conçue par l’agence d’architecture nantaise Tetrac et implantée sous les Nefs de l’Île de Nantes, Stereolux dispose de deux salles (une salle « Maxi » de 1 200 et une « Micro » de 400 places), d’une plateforme intermédias (zone d’exposition et d’expérimentation sonore) et d’espaces de création.
En février 2012, le concert XXL de Justice
« En voilà un concert marquant ! Justice, qui avait déjà une bonne notoriété, ne faisait pas encore la tournée des Zéniths. Pour leur show, le groupe avait conçu une scénographie majestueuse à base d’énormes tubes LED, qui montaient à dix ou douze mètres de hauteur. Ils n’avaient pas anticipé que ça serait impossible à installer dans beaucoup de salles. Sauf la nôtre, où la hauteur sous plafond est généreuse (14 mètres). Le public avait été bluffé. »
En octobre 2012, rap et rock de légende en simultané
« C’est le jour où l’on a pris la pleine mesure des potentialités de Stereolux. Ce jour-là se produisaient Kim Gordon de Sonic Youth dans la salle Micro et De la Soul dans la Maxi. Les artistes étaient hyper surpris mais aussi heureux de se retrouver là en même temps car ils s’appréciaient beaucoup mutuellement. À L’Olympic, on n’avait qu’une salle. Et là, on s’est dit : "Avec Stereolux, on est partis pour faire des choses passionnantes ! Cette date a marqué toute l’équipe. »
En mai 2013, Stereolux prend le large
« Cette année-là, on a lancé le concept de Stereotrip, des cycles de soirées musicales et culturelles qui invitent à la découverte des scènes underground et indépendantes du monde entier. La première s’appelait "Berlingot", c’était quatre jours de temps forts autour de Berlin durant lesquels on montrait du cinéma, de la danse, de l’art numérique. Depuis, avec Stereotrip, on a dû parcourir la Terre entière, en programmant des soirées sur Moscou, Tbilissi, Athènes, Oulan-Bator, Minsk, Beyrouth, Buenos Aires...»
En novembre 2016, une rencontre improbable
« Ce jour-là, on accueillait Pete Doherty. À l’époque, c’était encore un objet musical non maîtrisable (rires). Notre surprise, cela a été de découvrir Orelsan dans son bus de tournée ! Il se trouve que Pete jouait la veille à Caen et puisque la femme de Pete était très copine avec Orelsan, il l’a emmené sur sa tournée ! Orelsan est monté sur scène avec Pete Doherty, puis il est allé faire un featuring dans la Micro avec le groupe MZ qui se produisait ce soir-là. Incroyable ! »
En février 2018, une soirée aux saveurs locales
« En lien avec l’expo "Rock ! Une histoire nantaise" qui était présentée au château des ducs de Bretagne, on a fait venir trois artistes chefs de file de la scène locale - 20 Syl d’Hocus Pocus, Ko Ko Mo, Pégase – à être eux-mêmes programmateurs d’une soirée exceptionnelle. Chacun d’entre eux a invité sur scène une dizaine d’artistes nantais qu’ils apprécient. Ce soir-là, on s’est donc retrouvé avec un plateau d’une trentaine d’artistes nantais (Lenparrot, Von Pariahs, Voyou, Carla Pallone, Mou, Tonus…). Dans le même genre en 2021, on avait monté une soirée avec quatre artistes nantaises : Zaho de Sagazan, Coline Rio, Ariana Monteverdi, Aneth Penny. Chacune a pu inviter des artistes masculins à monter sur scène avec elles.
Ces deux soirées ont été hyper chaleureuses et ont été un moment marquant pour notre équipe, car on touche l’une des raisons d’être de Stereolux : faire vivre et briller la scène locale. Chaque année, on programme 80 artistes nantais sur 250 au total. »
En janvier 2020, l’effervescence des Bis
« Les Biennales internationales du spectacle, c’est un évènement hyper important, le plus grand rendez-vous professionnel du pays dédié au spectacle vivant. Cette année-là comme les années suivantes, on a monté des soirées avec Trempo et Vadym, un réseau regroupant plusieurs structures phares du monde de la musique (dont Bleu Citron, À Gauche de la Lune, Daydream Music et Yotanka...) 1 000 pros français et européens viennent découvrir les lieux. C’est un festival qui allie beaucoup de choses qu’on souhaite défendre. »
En décembre 2026, la rencontre de deux figures majeures de la musique française
« Je terminerai par une date à venir qui ressemble beaucoup à Stereolux et son état d’esprit fédérateur : un spectacle musical unique de Philippe Katerine et Dominique A (Manque moi moins), monté au Printemps de Bourges et joué seulement trois fois en France ! Les deux artistes y racontent l’amitié qui les lie depuis plusieurs années, leur regard sur le travail de l’autre... Ça va être un très beau moment. »
De l'Olympic à Stereolux
Au début de l’histoire de Stereolux, il y a l’Olympic. Situé place Jean-Macé dans le quartier du Bas-Chantenay, ce lieu a connu un destin singulier. D’abord cinéma de quartier entre 1927 et 1968 (c'est notamment ici que le jeune Jacques Demy découvre le septième art), la salle devient une supérette entre 1970 et 1984. En 1988, Marc Guihéneuf et Jean Autret lui redonnent vie et ouvrent Le Magestic, un club rock qui accueille des monuments comme Alain Bashung ou La Mano Negra.
En 1990, la Ville de Nantes décide de racheter le lieu. La direction de la salle (redevenue l’Olympic) est confiée au CRDC – scène nationale de Nantes qui produisait entre autres les Allumées – et plus particulièrement à Eric Boistard. L’association Songo (qui pilote toujours le projet de Stereolux) reprend officiellement la gestion artistique en 1996. L'Olympic devient alors une salle mythique, accueillant Daft Punk (qui y a joué dans le bar pour 5 000 francs en 1995), Muse, Coldplay, Placebo, Rammstein ou encore The Gossip.
Aujourd’hui, Stereolux est un point de ralliement incontournable pour de nombreux artistes, dont certains ont depuis explosé et font désormais la tournée des stades et zéniths (Gojira, London Grammar, Jungle, Fontaine D.C., The XX, Orelsan, Eddy De Pretto, Pomme, Juliette Armanet….).