Le Nantes de... Fabienne Chavane Hubert et Camille Geoffroy

Publié le 02 nov. 2026

Dernière mise à jour 02 nov. 2026

Psychologue et art-thérapeute, elles pilotent le Living Muséum, un tiers-lieu artistique pour changer le regard sur la santé mentale.

  • Fabienne Chavane Hubert et Camille Geoffroy © Christiane Blanchard

Installé depuis septembre 2025 dans l’ancienne caserne Mellinet, le Living Museum offre un espace de création artistique aux personnes fragilisées par un trouble psychique. L’idée a germé il y a une dizaine d’années dans l’esprit de la psychologue Fabienne Chavane Hubert : « En travaillant dans le service psychiatrie de l’hôpital Saint-Jacques, j’ai été frappée par la profusion de talents, exprimés parfois sur un coin de table. À leur sortie de l’hôpital, ces artistes n’avaient pas de lieu où créer et se retrouvaient isolées. » S’inspirant d’un réseau international né à New York dans les années 1980, la professionnelle s’entoure de Pauline Tremblay et Eva Mazur, médiatrices de santé-pairs*, et de Camille Geoffroy, art-thérapeute, pour créer la première structure du genre en France.

« Trouver sa place »

L’espace est ouvert du lundi au vendredi, de 10h à 18h, dans les locaux de la manufacture collaborative ICI Nantes. 80 artistes viennent régulièrement dessiner, peindre, sculpter, faire du collage, de la création textile ou de la linogravure… Des ateliers permettent d’enrichir la pratique et de tisser des liens. « Quand on est stigmatisé à l’extérieur, développer un sentiment d’appartenance au groupe et trouver sa place est essentiel », rappelle Camille Geoffroy. Le Living Museum organise régulièrement des portes ouvertes et des expositions hors les murs pour rendre visible ce travail. « On change le regard en passant d’une identité de malade à une identité d’artiste », soulignent la psychologue et l'art-thérapeute. L’association, qui espère s’agrandir, devrait essaimer prochainement : « On nous sollicite à Paris, Rennes et Lyon. Le bouche-à-oreille fonctionne très bien. »

24, rue de la Mitrie.

Porte ouverte le vendredi 4 décembre, de 10h à 19h.

(*) Elles s’appuient sur leur propre expérience des troubles psychiques pour accompagner d’autres personnes concernées.

CV Express

Psychologue clinicienne, Fabienne Chavane Hubert œuvre depuis les années 1990 « à lutter contre l’exclusion, les préjugés et la stigmatisation ». À Nantes, elle a également fondé le Clubhouse qui permet aux personnes concernées par un trouble psychique de rompre l’isolement.

Formée aux Beaux-Arts de Paris, Camille Geoffroy est art-thérapeute et médiatrice artistique, convaincue « du mieux-être apporté par la pratique artistique ». 

Nantes et vous

Quel est votre quartier préféré ?

Fabienne Chavane Hubert : « Tout ce qui se trouve à moins de 10 minutes à pied du Musée d’arts, un lieu qui m’est indispensable. C’est un rayon enchanté : on y croise de l’art, des jardins, des cafés et des Nantais de tous les horizons. En tant que présidente du Living Muséum, voisiner avec un musée est un bonheur de tous les jours. » 

Camille Geoffroy : « Les bords de l’Erdre, près de l’île de Versailles. Le jardin japonais est un bon spot pour dessiner. Je l’aime aussi pour sa proximité avec le bar-restaurant Barons Perchés où je découvre des expositions. » 

Votre bonne adresse ?

FCH : « Le Brocéliande, quartier Saint-Clément. C’est un bistrot un peu hors du temps, avec une cuisine simple et généreuse. Il est ancré dans le quartier, j’aime que les choses soient pérennes. C’est mon point de ralliement pour tous mes rendez-vous, professionnels comme personnels. » 

CG : « La Mystérieuse librairie nantaise, rue de la Paix. C’est une mine d’or pour les BD et romans graphiques, tenue par une équipe extraordinaire. Les vendeuses et les vendeurs ont une super sélection de coups de cœur. »  

La Nantaise ou le Nantais qui vous inspire ?

FCH : « Jean-Luc Courcoult, le fondateur de Royal de Luxe. Ce qu’il a créé est, pour moi, d’une poésie rare : des géants qui traversent la ville, des histoires qui s’invitent dans la rue, des milliers de personnes qui lèvent les yeux en même temps et redeviennent des enfants. Et cela dit aussi quelque chose de Nantes : c’est une ville qui ose. Cette audace, je la retrouve dans notre aventure : le premier Living Museum de France est né ici, à Nantes. »

CG : « Le peintre Claude Francheteau. Son travail me touche énormément et c’est une personne très douce. Il est à l’initiative du collectif Art4, cousin du Living Muséum dans sa volonté de rendre l’art accessible à toutes et tous. » 

L’événement que vous attendez en 2027 ?

FCH : « L’exposition sur les dinosaures à la HAB Galerie (du 27 novembre 2027 au 28 mars 2028). Comme pour Royal de Luxe, je suis fascinée par le gigantisme et quand j’ai vu les images, j’ai tout de suite été attirée par la proposition. Les dinosaures parlent à tout le monde, aux enfants comme aux grands-parents. » 

CG : « Le festival de danse Trajectoires (du 13 au 28 janvier). Je ne le connais pas encore mais on m’en a beaucoup parlé. » 

Nantes en 2050 ? 

FCH : « Une ville verte où les oiseaux sont revenus. Je l’imagine pleine de chants, de feuillages, de murs végétalisés, de rivières respirées avec des habitantes et des habitants qui prennent le temps de lever la tête. C’est important pour l’imaginaire. » 

CG : « Encore plus verte, solidaire, inclusive, ouverte sur le monde et dans l’acceptation des fragilités de chacune et de chacun. La solidarité est déjà inscrite dans le patrimoine de la ville, il faut poursuivre cette dynamique. »