À Nantes, le festival Atlantide célèbre les littératures d’ici et d’ailleurs

Publié le 27 févr. 2020

Dernière mise à jour 09 mars. 2026

Rassemblant une trentaine d’auteurs et d’autrices internationaux, l’édition 2026 d’Atlantide se tiennra du 19 au 22 mars. Cette année encore, elle offre une caisse de résonance au souffle de liberté insufflé par la littérature à travers le monde.

  • Des personnes écoutent une conférence.
    Le festival Atlantide accueille chaque année de nombreux auteurs, au Lieu Unique et dans les librairies et médiathèques partenaires. Ici, la leçon inaugurale de Nancy Huston, en 2025. © Rodolphe Delaroque

« Les nationalités ne veulent plus rien dire. Notre fraternité est liée à la complicité que nous éprouvons en nous lisant les uns et les autres ». Ainsi parle l’écrivain Alain Mabanckou dans ses Lettres à un jeune romancier sénégalais (2023). L’actuel directeur artistique du festival Atlantide témoigne dans cet essai autobiographique de la force de la littérature lorsqu’elle parvient à dépasser les contingences politiques pour approcher au plus près de l’expérience sensible (et universelle) de la condition humaine. 

Cette fraternité des mots, on la retrouve au festival Atlantide où une trentaine d’auteurs se donnent rendez-vous du 19 au 22 mars au Lieu Unique. Entièrement gratuit, le festival essaime ailleurs en ville et donne également rendez-vous dans les librairies, médiathèques ou maisons de quartier. 

La recette d’Atlantide demeure inchangée : un mélange de tables-rondes, conférences, lectures à voix haute et séances de dédicaces, qui vient célébrer les imaginaires par-delà les murs érigés partout dans le monde. Parmi les thématiques abordées cette année : construire son identité dans une société complexe, rejoindre une lutte collective, surmonter les traumatismes de la guerre, être hanté par la vengeance ou vivre l'amour sous emprise...

Le festival Atlantide en trois temps forts

  • Portrait de l'écrivain Laurent Mauvigner.
    Laurent Mauvigner, prix Goncourt 2025 pour "La maison vide", est l'invité d'honneur du festival. Il donnera sa leçon inaugurale vendredi 20 mars à 19h. © DR

Vendredi 20 mars, de 18 h à 19 h: une leçon inaugurale signée Laurent Mauvignier 

C’est un incontournable d’Atlantide. Après Nancy Huston en 2025, l’écrivain Laurent Mauvignier, récent titulaire du prix Goncourt (2025, La maison vide), ouvrira le festival en évoquant la figure littéraire (et tutélaire malgré sa relégation au second plan) du « figurant », et donc celle du collectif dans la fiction. « Que pourrait être un roman horizontal, où chacun pourrait vivre et ne pas être que le faire-valoir du personnage principal ? », interroge Laurent Mauvignier.

Samedi 21 mars, de 19 h 30 à 21 h : soirée contre la censure

« Si le monde peut nous regarder disparaître sans rien faire, rien de ce qu’il prétend défendre n’est réel. » Ainsi témoigne la journaliste et poétesse palestinienne Nour Elassy du calvaire subi par les siens dans la bande de Gaza, depuis octobre 2023. Cette soirée se propose de lui faire honneur et de donner à entendre certains de ses textes censurés. Réfugiée en France depuis 2025 pour fuir la guerre, l’écrivaine a commencé à publier ses écrits, d’abord sur Instagram, avant d’être publiée dans des médias français et internationaux tels que Mediapart, AOC et le magazine Le Funambuliste. 

Nour Elassy témoignera des obstacles rencontrés ces dernières années et la censure qui lui a été imposée. En deuxième partie de soirée, plusieurs écrivains invités liront des textes censurés (donc inconnus) lors de leur parution, donnant une tonalité particulière à ces mots jamais entendus. 

Dimanche 22 mars, de 17 h à 18 h : lecture de clôture

La réalisatrice et comédienne Laetitia Dosch s’associe au musicien Aydın Işleyen (saz électrique) et propose quatre lectures de récits qui nous plongent dans le passé familial et le lot de secrets pesants qu’il peuvent charrier… :

  • Le ciel est immense de Feurat Alani
  • Les 8 vies d’une mangeuse de terre de Mirinae Lee
  • La maison vide de Laurent Mauvignier
  • Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon 

Des rendez-vous pour les familles

Atlantide programme également plusieurs rendez-vous pour le jeune public. Marta Ortzel proposera ainsi une lecture illustrée (dès 4 ans) de l’album Navid et la grande-ourse d’Anne-Sophie Dumeige. À découvrir jeudi 19 mars, à 18h30, à la Libre Usine. Autre rendez-vous jeunesse (à partir de 10 ans) : l’autrice Coline Pierré et l’artiste Alice Nicolas s’associent pour imaginer un jeu de plateau irrigué de récits palpitants et alternatifs. Rendez-vous samedi 21 mars, à 15 h, au Lieu Unique. 
 

Alain Mabanckou, directeur artistique d'Alantide : « Un roman n’est pas un tweet »

  • Portrait d'Alain Mabanckou
    Alain Mabanckou est directeur artistique du festival Atlantide. © Rodolphe Delaroque

Qu’est-ce qui fait la singularité du festival Atlantide ? Qu’apporte-t-il aux Nantais ?

La singularité d’Atlantide tient à son ouverture au monde. C’est un festival qui ne se replie pas sur une littérature hexagonale : il invite des voix venues d’Afrique, des Amériques, d’Europe, d’Asie, des Caraïbes. Il fait dialoguer les langues, les imaginaires, les mémoires. À Nantes, ville portuaire marquée par l’histoire des circulations et des traversées, Atlantide prolonge cette vocation : il rappelle que la littérature est un voyage sans visa. C’est la capitale française de l’optimisme culturel, comme je le martèle le plus souvent.

Quelles sont les particularités de cette édition ?

Chaque édition cherche à répondre aux secousses du présent. Cette année, l’accent est mis sur les fractures contemporaines : identités mouvantes, exils, mémoire coloniale, liberté d’expression, résistances culturelles. La programmation mêle générations et continents : écrivains confirmés et nouvelles voix, romans, essais, poésie, bande dessinée. Il y a aussi une attention particulière portée à la jeunesse, aux rencontres scolaires, aux débats transdisciplinaires. Atlantide ne se contente pas de célébrer les livres : il prépare les lecteurs de demain.

Les études montrent que la lecture tend à régresser. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il est vrai que les études montrent un recul de la lecture longue, notamment chez les jeunes générations. Mais je me méfie des discours catastrophistes. Les jeunes lisent autrement. Ils lisent sur écran, ils écrivent, ils produisent du contenu. La question n’est pas seulement « lisent-ils moins ? », mais « que lisent-ils et comment ? ». Oui, cela peut inquiéter si la lecture devient uniquement fragmentaire, si le temps long disparaît. Car lire un roman, c’est apprendre la patience, la complexité, la nuance. Mais je reste confiant : l’histoire montre que chaque révolution technologique a suscité des craintes similaires. La littérature survit parce qu’elle répond à un besoin fondamental : comprendre sa propre condition humaine.

Que peut la littérature dans un monde saturé par le bruit et la désinformation ?

Justement, elle peut le silence. Dans un monde dominé par l’instantané, la littérature réintroduit la durée. Elle ralentit. Elle oblige à écouter une voix jusqu’au bout. Face à la fausse information, elle n’oppose pas un slogan mais une profondeur. Un roman n’est pas un tweet : il explore les contradictions, il montre que le réel est complexe. La littérature ne crie pas plus fort que le vacarme médiatique. Elle parle plus longtemps. Et c’est peut-être là sa force politique : elle réapprend à penser. Dans le tumulte du monde, elle reste un lieu où la parole ne s’improvise pas, mais se travaille, et où la vérité n’est pas une arme, mais une quête.

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