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Expression(s) décoloniale(s) : regards sur un passé douloureux
Publié le 29 avr. 2026
Dernière mise à jour 29 avr. 2026
À l’occasion de la quatrième édition d’Expression(s) décoloniale(s), le château invite trois personnalités, artistes et universitaire, à porter leur regard sur les collections du Musée d’histoire. Un dialogue sensible qui interroge le passé colonisateur et esclavagiste de la ville.
Le 27 avril 1848, quelques semaines après la proclamation de la Deuxième République, un décret vient mettre fin à des siècles d’esclavage en interdisant, au sein des colonies françaises, « tout châtiment corporel et toute vente de personnes non libres ». Quelque deux siècles plus tard, le Musée d’histoire de Nantes vient interroger, du 8 mai au 8 novembre, le poids de cette histoire esclavagiste et coloniale avec la quatrième édition du parcours artistique intitulé Expression(s) décoloniale(s).
« Un musée n’est jamais neutre,
rappelle Krystel Gualdé, directrice scientifique et commissaire de l’exposition. Les objets de nos collections liées à la traite négrière et au colonialisme sont imprégnés des messages racistes et racialistes de leur époque. D’où notre volonté, avec Expression(s) décoloniale(s), d’inviter artistes et universitaires à poser leurs regards sur ce passé ».
Les résonnances de la traite négrière
Pour cette édition, trois personnalités ont accepté l’invitation du Musée d’histoire, comme la plasticienne brésilienne Rosana Paulino. L’artiste travaille de longue date sur les problématiques des femmes afro-descendantes dans les sociétés post-coloniales. « La façon dont le corps féminin africain a été instrumentalisé et violenté durant la traite négrière a des résonances actuelles,
souligne Krystel Gualdé. Aujourd’hui, beaucoup de ces afro-descendantes occupent une place subalterne, comme nourrices ou domestiques ».
Dans son œuvre Ainda a Lamentar (Je regrette encore), Rosana Paulino figure ainsi une femme noire privée de bras qui, malgré ses tentatives pour se redresser, ploie sous un bloc de bois sur lequel se dressent des symboles du colonialisme. Une façon de rendre visible ce qui continue de peser sur ces femmes.
Résistants de Saint-Domingue
De son côté, le photographe sénégalais Omar Victor Diop (lire entretien ci-dessous) met en scène des personnages historiques d’importance mais peu connus, à l’image de ces résistants qui se soulevèrent à Saint-Domingue à la fin du 18e siècle. Enfin, l’historienne béninoise Lilly Hougnihin, spécialiste de la religion vaudou, porte un nouveau regard sur les collections du musée à travers des textes placés en regard des objets exposés. Pour Krystel Gualdé, « toutes ces personnalités nous font accéder à la dimension sensible de cette histoire douloureuse ».
4 questions à Omar Victor Diop, photographe
Dans Diaspora, l’une des deux séries photographiques que vous exposez dans le cadre d’Expressions décoloniales, vous interprétez des personnages noirs historiques. Pourquoi cette démarche ?
« On le sait peu mais entre le 16 et 19e siècle, des personnages noirs ont réussi à occuper des places de premier plan sur le plan politique. Une grande majorité d’entre eux sont des esclaves ou des diplomates envoyés par des souverains africains en Occident et qui, chemin faisant, ont réussi à gagner des positions importantes. Ce sont des histoires très inspirantes qui apportent une lecture enrichie du rapport des fils et filles d’Afrique avec le reste du monde ».
Pouvez-vous nous parler de l’entre eux ?
« Jean-Baptiste Belley est une figure fascinante. Né au Sénégal en 1746, il se retrouve à deux ans sur un vaisseau négrier, direction Saint-Domingue. Il grandit comme esclave mais en tant que « nègre à talent » comme on disait, c’est-à-dire ni domestique ni esclave des plantations : il était perruquier. Il a réussi à s’affranchir grâce à ses économies. À la suite d’un long voyage, il rejoint la métropole et participe activement à la Révolution française. Il fait partie de ceux qui ont participé à la première abolition de l’esclavage de 1793 et occupe un rôle politique important dans ces années-là.
La fin de son histoire est plus douloureuse. Il est envoyé dans un bagne par Napoléon, car ses idées révolutionnaires et abolitionnistes ne plaisaient pas ».
Comment travaillez-vous ?
« Le processus commence toujours par des recherches documentaires, qui sont assez difficiles car les sources ne sont pas toujours fiables. Une fois que j’ai une idée des histoires que je souhaite raconter, je créé les costumes avec des tailleurs et costumiers sénégalais à Dakar. Ensuite, il y a la prise de vue. Je travaille seul, à la télécommande, en studio.
Et enfin, je termine avec le travail graphique, qui est le suite naturelle de la prise de vue. J’insère des objets contemporains – comme un ballon de football – pour montrer le prolongement avec ceux qui occupent une place de notoriété publique dans la société occidentale contemporaine ».
Votre deuxième série s’attarde quant à elle sur les mouvement collectifs de lutte pour les droits civils...
« Je l’ai appelée Liberty et elle met effectivement en scène des mouvements de lutte contre l’injustice initiés par les diasporas africaines de par le monde. Si la plupart sont concomitants des mouvements d’indépendance qui ont éclaté sur le continent africain lors de la deuxième moitié du 20e siècle, j’essaie de m’attarder, avec mon travail, sur l’universalité de ces mouvements-là. Je me vois en chacune de ces personnes ».
Que vous inspire le fait d’être exposé dans une ville qui a joué l’un des rôles les plus importants en Europe dans la Traite négrière ?
« Depuis des décennies, le Musée d’histoire de Nantes mène un travail remarquable sur l’histoire de la Traite. Être exposé au château de Nantes, c’est un aboutissement ultime pour mon travail. J’offre, à mon échelle, une complémentarité avec ce qui est proposé là -bas : le musée parle d’histoires collectives ; de mon côté, je me fais écho d’histoires individuelles.
À notre façon, nous posons une question cruciale : comment survit-on, intimement et collectivement, à l’expérience de la servilité ? J’espère que la démarche du Musée d’histoire de Nantes inspirera d’autres villes qui ont tenu une triste plac dans cette période, qu’elles soient européennes ou africaines ».
En pratique
Expression(s) décoloniale(s) #4, du 8 mai au 8 novembre 2026, au château des ducs de Bretagne.
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