La reconversion réussie de Canette : « Ma vie cabossée est derrière moi »

Publié le 27 avr. 2026

Dernière mise à jour 28 avr. 2026

Vis ma vie de déchet

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Abandonnée sur un quai de Nantes après un apéro, Canette pensait que tout était fini pour elle. Mais l’aluminium a du ressort. Témoignage d’un déchet qui ne voulait pas en rester un.

Canette, d’où venez-vous ?

« De cette grande famille qui a fait fortune dans l’industrie : les emballages métalliques. J’ai suivi une formation ultra rapide, à grand renfort d’énergie : 60 jours à peine entre l’extraction de la bauxite – le minerai d’où l’on tire l’aluminium – et ma mise en rayon. Remplie, capsulée, empilée par palettes entières, direction un supermarché nantais. Et me voilà prête à embrasser la vie, dans ma jolie robe colorée, 13 grammes d’alu pour 33 centilitres de fraîcheur ! »

Vous avez l’air pimpante et le teint brillant, cela n’a pas été toujours le cas ?

« J’ai eu un gros passage à vide… (silence) Je vous raconte. L’été dernier, on m’a tirée du frigo et je me suis retrouvée sur les quais de l’Erdre pour un apéro entre amis. Il y avait de la musique, des rires, des discussions enflammées sur le FC Nantes... Ambiance festive, peut-être trop, on a frôlé la soirée PLS. Il y a eu embrouille et d’un coup, avec mes camarades d’apéro – des emballages de chips et des gobelets en plastique – on s’est retrouvés tout seuls. Abandonnés comme des malpropres, au lieu d’être déposés pour le tri dans une corbeille. Dans la nuit, un gros coup de vent m’a fait rouler jusqu’au trottoir. Quelqu’un m’a tapé dedans pour rigoler et voilà, j’étais toute sale et toute abîmée. Mais cette vie cabossée est derrière moi. »

Comment avez-vous remonté la pente ?

« Mes sauveurs, ce sont les équipes de Nantes Métropole chargées de la propreté. Un agent m’a récupérée avec sa pince, et avec d’autres canettes comme moi, direction le centre de tri Arc-en-Ciel à Couëron. De là, j’ai rejoint une filière spécialisée dans le recyclage. Car ma chance, c’est que l’aluminium peut être recyclé à l’infini, sans perte de qualité. Mon nouveau passage dans une usine a marqué un nouveau départ. Lavée, fondue et transformée, je suis redevenue une jolie canette et j’ai retrouvé le chemin d’un frigo de supermarché. C’est frais ce parcours, non ? »

Un conseil à celui ou celle qui vous achètera ?

« Un rappel, plutôt : si personne ne m’avait ramassée, j’aurais mis des dizaines d’années à disparaître, car l’aluminium ne rouille pas comme le fer, il s’oxyde très lentement. Alors s’il vous plaît, après m’avoir bue, pensez à mettre dans le bac jaune ! Pour nous les canettes, c’est être sûres que l’on va poursuivre notre vie. Il y a encore un peu de boulot : en France, seule la moitié des 4,7 milliards de canettes consommées chaque année est recyclée. »