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La descente aux enfers de Proto : « Un gaz hilarant, vraiment ? »
Publié le 02 juin. 2026
Dernière mise à jour 03 juin. 2026
Il est 5 heures, Nantes s'éveille. Parc des Chantiers, une bonbonne métallique gît de tout son long. Épuisée, vidée de son protoxyde d’azote, elle raconte sa nuit d’enfer.
Proto, vous avez l’air dans un sale état. Que s'est-il passé ?
« On va pas se mentir, c’est la descente aux enfers. J'avais bien commencé dans la vie, avec ma belle robe aux couleurs flashy : je savais que j’étais séduisante et d’ailleurs, il a suffi de 2-3 clics sur internet pour m’acheter. Pas de bol, je me suis retrouvée dans de mauvaises mains. Samedi soir, on m’a balancée à l’arrière d’une voiture et là, c’était parti pour une nuit horrible. Ballon sur ballon, jusqu’à épuisement, avec des gens qui hurlent autour, des gestes brusques, des vannes pourries, des rires nerveux. Le gaz hilarant, ils appellent ça, moi j’ai trouvé ça juste glauque. Et quand tout a été consommé, on m'a jetée là, sur le trottoir, comme une... »
Hum... On aurait dû vous mettre dans un bac jaune, comme un déchet recyclable ?
« Surtout pas ! Ni dans le bac jaune, ni dans le bac bleu, ni dans une corbeille de rue ! Si on arrive par erreur dans l’incinérateur d'un centre de tri, les bonbonnes comme moi explosent. On endommage des installations qui coûtent une fortune à réparer, et on peut blesser du personnel. On est des déchets dangereux, donc c’est la déchèterie uniquement. Il y a en a 10 dans la métropole nantaise et elles sont équipées pour nous accueillir. Malheureusement, vu la façon dont on nous utilise, on se retrouve souvent abandonnées sur l’espace public. »
Alors que faire, si on croise une de vos semblables ?
« Le mieux à faire est de signaler notre présence via l'appli Nantes Métropole dans ma poche. Les agents chargés de la propreté viennent nous collecter. Ils en ont ramassé plus de 31 tonnes en 2025... C’est délirant. »
Nantes a pris un arrêté pour limiter l’usage. C'est efficace ?
« C’est vrai, la Ville a interdit en 2025 la vente et la détention de protoxyde d'azote à des fins récréatives de 20h à 8h, ainsi que l'abandon de contenants sur la voie publique. En avril, le préfet de Loire-Atlantique a pris un arrêté interdisant le transport et la consommation. Aujourd’hui, c'est le gouvernement qui parle de nous comme d’un "fléau" et veut légiférer : son projet de loi Ripost est en cours d’examen. Voilà pour ce qui est du droit mais le vrai sujet, en fait, c’est la santé. Quand on m’inhale, je prive le cerveau d'oxygène. Quelques secondes d'euphorie, et derrière c’est vertiges, perte de connaissance, chutes. À répétition, je détruis la myéline, la gaine qui protège les nerfs. Résultat : des troubles de la marche, des paralysies. Il y a aussi les accidents de la route – au volant, sous mon effet, ça ne pardonne pas. Alors, un gaz hilarant, vraiment ? »