Les brûlantes confessions d’un mégot jeté à Nantes

Publié le 08 sept. 2025

Dernière mise à jour 16 juin. 2026

Vis ma vie de déchet

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200 000 mégots de cigarette seraient jetés au sol chaque jour dans la métropole nantaise. Une énorme pollution, et pour les concernés, un terrible sentiment d'abandon. L’un d’eux nous confie sa (triste) histoire.

On vous voit partout mais on vous connaît mal. D'où venez-vous exactement ?

« Je suis né dans une usine, à partir de cellulose acétate, un plastique non biodégradable made in USA, mais on m’a conditionné en Europe. On m’a chargé avec quelques additifs – de la triacétine, du dioxyde de titane, je me souviens plus bien du reste – et hop, en paquet de 20 pour le grand voyage ! Ça bousculait un peu dans le camion, et dans le noir, on ne savait pas où on nous emmenait. Heureusement, on n’a pas trop attendu avant d’atterrir dans la poche d’un fumeur. C’est une fois sorti de mon paquet que j’ai vu où j’étais arrivé : Nantes, une ville où tout semble possible ! »

Qu’avez-vous fait depuis votre arrivée ici ?

« Avec la personne qui m’a acheté, on s’est aimés, on s’est humés. On a même partagé des substances – que du légal, je précise : nicotine, goudrons, arsenic, ammoniac, naphtalène... C’est pour ça que j’ai pas réalisé tout de suite, quand cette histoire torride s’est finie. Au bout de quelques minutes, elle m’a jeté comme un malpropre, sans même penser à combien ça coûtait. Depuis, aucune nouvelle... Moralement et physiquement, je suis à plat. »

Que comptez-vous faire ? Pas de bêtise au moins ?

« J’attends une bonne averse pour dévaler le caniveau et suivre les eaux pluviales. Et maintenant qu’on m’a poussé à bout, je vais tout pourrir autour de moi ! Dans ma petite tête, c’est bien toxique : 4 000 polluants, un gros cocktail chimique avec des métaux lourds, des hydrocarbures aromatiques, des résidus de pesticides et d’insecticides… Et je serai pas le dernier à libérer des microplastiques dans la nature. Vous savez, je suis pas bien gros mais je peux contaminer jusqu’à 500 litres d’eau à moi tout seul. Et ça peut durer des années, des décennies ! »

Attendez, vous croyez qu’on va se laisser marcher dessus ? 

« Inversez pas les rôles, hein, c’est moi qui me suis fait piétiner ! Mais je reconnais, c’est un gâchis cette histoire, j’aurais pu avoir un autre destin avec quelqu’un de plus malin. Il suffisait de m’éteindre comme il faut et de me mettre dans une de vos nouvelles corbeilles de rue, j’aurais compris. On m’a dit aussi qu’à Nantes, on proposait des packs zéro mégot aux cafés et restaurants, qu’on mettait en place des cendriers de rue... Moi ça m’aurait bien plu de retrouver des potes, on aurait pu envisager ensemble notre recyclage. Se retrouver juste là, sur le goudron, c’est trop moche. »