[Dossier] Nos voisins, alliés du quotidien
Recyclé, ce carton nantais fait une tournée à succès
Publié le 12 mai. 2026
Dernière mise à jour 12 mai. 2026
Sa carrière a démarré par un job alimentaire au Bouffay. Après recyclage, il emballe désormais des vinyles et enchaîne les dates en France et à l'étranger. Entre deux envois, ce carton nantais a accepté de nous parler.
Votre vie est bien remplie et vous semblez en pleine forme...
« C’est clair que pour tenir mon rythme, il faut être résistant ! J’ai démarré comme carton double cannelure, employé dans la restauration rue de la Juiverie. Un boulot utile, mais one shot – je ne suis pas le profil à rester à vie dans une même boîte. Après le déballage, le commerçant chez qui j’ai atterri s’est bien occupé de moi : à Nantes, on ne dépose ses cartons n’importe où, n’importe comment. Il m’a plié – proprement, ça compte – et m’a apporté en fin de journée au point de collecte du Bouffay. Le camion de Nantes Métropole y passe en fin d’après-midi. Bien organisée, leur tournée : pas de cartons sur le trottoir, pas de voisins mécontents, pas de verbalisation. Et c’est gratuit ! »
Ce service de collecte, c’est récent ?
« Ça existe depuis 2019 ! Au départ, la demande vient des commerçants nantais, qui voulaient plus de points de collecte et des horaires adaptés – surtout pour ceux qui tiennent seuls leur boutique. Aujourd’hui, il y a 28 rendez-vous quotidiens dans le centre-ville, des horaires élargis de 9h30 à 19h30, du mardi au vendredi. En 2025, ce sont près de 700 tonnes qui ont été collectées comme ça. Si je voulais faire le malin, je dirais que ça fait un carton. »
Revenons à vous et votre actualité : comment se passe cette nouvelle tournée ?
« C’est un aboutissement, vous savez. D’abord il y a eu le centre de tri Arc-en-Ciel, où j’ai eu la chance d’être repéré dans une vidéo. J’ai été trié et compressé en balle avec mes semblables, et on a tous été renvoyés en papeterie. Broyage, transformation en pâte à papier, séchage… et me revoilà, aussi solide qu’avant – c’est le point fort des cartons, on peut être recyclé entre cinq et sept fois sans perdre nos qualités. C’est depuis ce gros travail sur le packaging que je suis dans la musique, à emballer les vinyles. J’ai commencé en B to B chez un disquaire, puis ma carrière a pris un tour grand public. Je voyage beaucoup car dans le milieu du disque, les gens n’hésitent pas à me réemployer, et ils ont bien raison ! J’ai sillonné la Bretagne, j’ai traversé la Manche avec Zaho de Sagazan, je suis revenu en France en protégeant deux collectors, et là je suis le départ pour l’Italie avec un album produit par un label nantais. Ah, l’Italie... »
Vos adieux, vous y pensez quand même ?
« Oui, je ne vais en faire des caisses pour durer. Quand je craquerai de tous les côtés, il faudra me mettre à recycler une fois de plus. Ni fleurs ni couronnes, je demande juste à ce qu’on me place au bon endroit : en déchèterie ou dans un bac jaune. »