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Les abeilles sauvages se plaisent-elles sur le Quai des pins ?
Publié le 02 juin. 2026
Dernière mise à jour 03 juin. 2026
Depuis le début de la renaturation des anciens parkings entre la gare sud et l'Erdre en 2024, un inventaire des abeilles sauvages est réalisé chaque année. Objectif : vérifier si elles colonisent bien les lieux afin de valider les espèces végétales plantées. Nous avons suivi ces collecteurs d'abeilles.
Chaque mois depuis avril, Olivier Lambert et Olivier Ganne arpentent en long en large et en travers le Quai des pins avec leurs filets. Leur objectif ? Capturer un maximum d’espèces d’abeilles sauvages différentes. Le premier est directeur du Centre vétérinaire de la faune sauvage et des écosystèmes et fin connaisseur des abeilles. Le deuxième est naturaliste et chargé de mission biodiversité urbaine à Nantes Métropole. Ensemble ils sont chargés d’apprécier la colonisation du lieu par les abeilles sauvages.
Les abeilles aiment le soleil et peu de vent
« Les abeilles sauvages ont une durée de vol entre 1,5 et 2 mois, donc pour faire un inventaire précis, il faut venir chaque mois entre avril et septembre »,
explique Olivier Lambert. Ce matin de mai, les conditions météos ne sont pas idéales. Il fait un peu frais, les nuages sont nombreux et le vent souffle. « Les petites abeilles ont un rayon d’action de 50 mètres autour de leur nid, s’il y a un gros coup de vent c’est compliqué pour elles. Comme elles sont solitaires, elles s’économisent pour pouvoir nourrir leurs larves et peuvent rester une journée entière sans bouger »,
précise Olivier Lambert.
Une identification précise des espèces présentes
Effectivement, il y a peu d’abeilles sur les vipérines communes, les lotiers maritimes ou les chardons marie, des essences connues pour attirer les insectes pollinisateurs. Mais il y a des bourdons. « Ce sont des machines de guerre, ils vivent en colonie, ils ont besoin de se ravitailler. Leur rayon d’action peut aller jusqu’à 1,5 km et ils sortent dès 4°C alors qu’il faut entre 14 et 32°C pour les abeilles »,
ajoute Olivier Lambert. Dans leurs filets, les deux passionnés capturent un bourdon des champs, un bourdon terrestre, un bourdon des pierres et quand même quelques abeilles. Olivier Lambert procède alors à une première identification et note scrupuleusement dans un carnet, la date, la fleur où l’insecte a été capturé et le numéro du tube dans laquelle est conservée l’abeille. Puis les spécimens sont envoyés à l’association Gretia, spécialiste des insectes, pour déterminer l’espèce exacte.
De meilleures pollinisatrices
« Les abeilles sauvages sont moins connues que les abeilles domestiques alors que ce sont de meilleures pollinisatrices grâce à leur manière de transporter le pollen,
affirme Olivier Lambert. Il n’existe qu’une seule espèce domestique, contre 1000 espèces sauvages. Nous en avons environ 450 présentes en Pays de la Loire grâce à la variété des paysages et au climat agréable. La plupart sont terricoles, c’est-à-dire qu’elles font leur nid dans un trou dans le sol et elles peuvent être spécialisées sur la pollinisation de certaines plantes. Si les abeilles sauvages disparaissent, certaines plantes vont disparaître aussi. »
Une colonisation rapide et réussie
Moins de 10 espèces ont été récoltées ce jour-là en raison des mauvaises conditions météo. Les deux Olivier reviendront rapidement. En 2025, ils avaient recensé 35 espèces d'abeilles sauvages différentes. « C’est un site correct. Un site riche, comme le Jardin des plantes, compte environ 60 espèces »,
précise Olivier Lambert. Mais c’est déjà un succès car le début de la transformation de ce parking en promenade végétale ne date que de 2024 (voir encadré) ! Passer de 0 espèce d’abeilles à 35 en un an prouve que le travail de sélection des espèces végétales a été bien mené. « Nous avons vu des nids d’abeilles, ce qui signifie que ce site fournit le couvert mais aussi le gîte aux abeilles, il est donc pleinement fonctionnel »,
se réjouit Olivier Lambert.
Quai des pins : une renaturation pour attirer les insectes et les oiseaux
Le projet Quai des pins a démarré en 2024 entre la gare sud et l’Erdre, avec la transformation de 800 m² de parking en milieu dunaire, en référence au sous-sol du lieu qui était un banc de sable de Loire. Environ 1500 plantes de 30 espèces différentes, adaptées à ce milieu, ont été plantées. En 2026, 800 m² supplémentaires ont été débitumés puis plantés avec de nouvelles essences pour attirer encore davantage d’abeilles sauvages, dont les populations s’effondrent, mais aussi des oiseaux comme le Chardonneret élégant, une espèce classée vulnérable qui vient se nourrir des graines de la cardère sauvage. Des panneaux ont été installés sur cet espace de promenade et de détente pour expliquer le projet et sensibiliser le public.