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Manoir, loups : une aire de jeux pleine de surprises au parc de Boucardière
Publié le 31 juill. 2026
Dernière mise à jour 31 juill. 2026
À l’ouest de Nantes, une villa insolite a surgi sur les ruines d’un ancien manoir. Dévaler d’une tour, grimper sur le dos d’un loup ou faire tinter un lustre géant : ce jeu monumental offre aux enfants un nouveau terrain d’aventures pour se défouler et se raconter des histoires.
On parle souvent du Jardin extraordinaire et de son bassin ludique dans le Bas-Chantenay. Mais connaissez-vous le parc de la Boucardière ? Ce espace vert, situé sur les hauteurs du quartier, vaut le détour. Sur le point culminant du jardin, une aire de jeux singulière a ouvert le 16 juillet 2026. Les paysagistes de l’Atelier Campo et les artistes sculpteurs du collectif MONsTR y ont érigé une étrange villa, gardée par une meute de 5 loups.
« Même pas peur
», sourit Léopold, 6 ans, qui après deux tours complets de la demeure connaît par cœur ses moindres recoins. « Les loups ont pas l’air méchant et moi, plus c’est grand, plus j’aime ça
», rigole le garçon. Pouce levé, il valide ce nouveau terrain d’aventures, en dépit des critiques de quelques parents, nostalgiques des anciens jeux plus classiques.
Clin d’œil à l’ancien manoir de la Boucardière
Ludique, la création évoque l’histoire du site. « Ce parc, méconnu et enclavé entre ses vieux murs, était autrefois le jardin privé d’une villa
, raconte Nicolas Galin, paysagiste-concepteur (Atelier Campo), chargé par la Ville de Nantes de dessiner sa rénovation. Racheté par la municipalité, il a été rendu au public au début des années 1990 après la démolition du manoir, déjà fort délabré
. »
Il y a peu d’éléments sur l’identité de cette propriété, bâtie au 18e siècle à l'époque où de riches bourgeois et armateurs nantais faisaient construire sur le coteau de belles demeures de villégiature entourées de vastes parcs (lire encadré). « Nous sommes partis des photos anciennes pour la réinterpréter en conservant le côté monumental
», détaille Fabien Leduc, artiste et sculpteur associé à la conception du projet. Et c’est réussi. Fabriqué en trois mois par 15 sculpteurs, charpentiers, serruriers, peintres et zingueurs du collectif MONsTR, ce manoir imaginaire culmine à près de 10 mètres. L’élément central est une tour-belvédère rehaussée d’un campanile qui offre aux petits rêveurs une vue panoramique sur le parc et le coteau en face. On aperçoit même la Loire au loin.
S’amuser et se raconter des histoires
La construction est truffée de clins d’œil à l’ancienne villa : balcon, campanile, lustre et ornements en zinc sur le faîtage. A l’intérieur, la cheminée, les fenêtres et même la charpente deviennent des terrains de jeux à explorer : passages secrets, filet suspendu, tuyau qui communique la parole de bas en haut, etc. « On peut entrer de partout : passer par les fenêtres, enjamber le loup qui garde la porte, grimper sur la passerelle et accéder aux coursives par un filet en cordage ou un mur d’escalade
», nous montre Fabien Leduc. Les plus intrépides se hissent jusqu’à la tour en empruntant le grand toboggan en sens inverse.
« On a cherché à créer un objet insolite, une œuvre d’art praticable
», précise le sculpteur. Les enfants peuvent grimper, glisser, se faufiler, se cacher, manipuler, observer et se raconter leurs propres histoires. « On ne sait pas trop si les loups sont gentils ou méchants, si la villa est en ruine ou en construction
», poursuit Nicolas Galin. Et c’est le but. « L’idée est de favoriser le récit, les aventures collectives et l’imagination.
»
Labyrinthe et lustre sonore
Au rez-de-chaussée de la tour, un grand lustre trône dans le hall du manoir. Les petites pièces métalliques brillantes qui pendent du luminaire en s’entrechoquant font le bonheur de Lamya, 5 ans et demi. « Si on tourne la manivelle à toute vitesse, ça bouge !
», s’esclaffe la blondinette aux yeux malicieux. « Ça secoue comme si la maison s’effondrait
», lui explique Fabien Leduc.
Dans les étages, les enfants s’en donnent à cœur joie. « Nous avons fabriqué un labyrinthe vertical qui les oblige à explorer la villa à quatre pattes pour arriver tout en haut. Les seuils créés pour limiter l’accès aux plus petits favorisent la solidarité. Les plus grands les aident à grimper.
» Leur Graal ? Le toboggan de 6,50 mètres, le plus haut de Nantes, qui dévale de la tour du manoir.
Escalader une carcasse de vache
« Après l’abandon du site, la nature a repris ses droits dans l’ancienne villa en ruine. Le jardin d’ornement, avec ses arbres de collection, s’est enfriché dans un mélange de nature sauvage et exotique
, rapporte Nicolas Galin. L’idée du jeu est née de cette ambivalence : l'ensauvagement du végétal.
» Cette villa imaginaire devient une sorte d’arche de Noé terrestre, colonisée par une meute d’animaux plus ou moins gentils ou inquiétants. Au milieu de cette nature à la fois hostile et accueillante, on croise aussi un crâne de vache géant, transformé en toboggan.
Cette sculpture ludique, imaginée par le collectif Camping sauvage pour Transfert, a été le point départ du projet. Élément emblématique de la scénographie de la zone culturelle temporaire installée de 2018 à 2022 sur la friche des anciens abattoirs à Rezé, il a été conservé après la fermeture du site pour être réemployé à la Boucardière et continuer l’histoire. « Ce sont peut-être des loups qui ont mangé cette vache monumentale
», suggère Fabien Leduc. Eux-mêmes sont sculptés dans du bois recyclé, issu de la filière nantaise de valorisation des arbres abattus.
Des jeux inclusifs pour tous les enfants
Imaginé pour les enfants de 6 à 14 ans, avec des jeux dédiés aux tout-petits (crâne-toboggan à partir de 3 ans, loups pour les 1-4 ans), le manoir imaginaire du parc de la Boucardière a été pensé pour être accessible à tous. L’espace du rez-de-chaussée est conçu pour accueillir les enfants en fauteuil roulant : chemin d’accès PMR, lustre à regarder, écouter et manipuler. Une attention particulière a été portée aux textures et aux contrastes de couleurs pour répondre à toutes les sensibilités : rouge des filets de grimpe et des prises d’escalade, motifs colorés dans le hall et les étages de la tour.
Un projet d’aménagement du parc à long terme
Conçue après plusieurs temps d’échanges avec des associations et des écoles situées à proximité, la nouvelle aire de jeux est le premier tome de l’évolution du parc. Cet écrin de verdure, un peu enclavé, ne manque pas de qualités. De l’ancien jardin privé subsistent notamment une mare, une jolie voûte de camélias à l’entrée et des bosquets de grands arbres, dont certains sujets atteignent aujourd’hui 100 à 150 ans : chênes verts au port majestueux, pins, érables, cèdres et séquoias, ou encore « un très beau chêne liège, une espèce rare à Nantes
», précise Nicolas Galin.
La municipalité a engagé une réflexion globale pour faire évoluer le site et l’ouvrir sur les quartiers alentours, en conservant son caractère historique et son patrimoine arboré. « L’objectif est de le rénover sur le long terme pour anticiper le renouvellement de la végétation avec des essences adaptées au changement climatique, améliorer son fonctionnement écologique et élargir son rayonnement à l’échelle des quartiers ouest de Nantes
», indique le paysagiste.
L’ancienne mare d’ornement du manoir, située au nord ouest du parc, a déjà été renaturée pour restaurer son équilibre écologique et favoriser la biodiversité. Entre l’automne 2026 et février 2027, des toilettes sèches et une fontaine à boire seront installées, avec des premières plantations derrière l’aire de jeux pour renforcer l’ombrage et la diversité botanique.
Le site a eu plusieurs vies
Historiquement connu sous le nom de château de l’Abbaye, le manoir de la Boucardière a été bâti au tout début du 18e siècle, sur les ruines d'un ancien prieuré bénédictin (11e siècle) à l’origine du nom de la rue. L’identité de son constructeur reste confuse et peu documentée dans les archives. Mais son histoire est intimement liée aux grandes familles nobles et industrielles qui l’ont possédé et transformé au fil des siècles. Le parc du domaine a notamment été un terrain de jeu pour Jules Verne et son frère Paul, dont les parents avaient une maison de campagne à proximité, face à l’église Saint-Martin à Chantenay. C'est également dans ce manoir qu’est né en 1879, Claude Guillon-Verne, compositeur de musique nantais et neveu du célèbre écrivain.