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Au château, lumière sur l’histoire tragique des sorcières
Publié le 20 janv. 2026
Dernière mise à jour 20 janv. 2026
Composée de peintures, gravures, objets de cultes et autres traités de démonologie, l’exposition « Sorcières » présentée du 7 février au 28 juin 2026 au château des ducs de Bretagne met en lumière les ressorts sociaux, historiques et psychologiques ayant entraîné des siècles de persécution.
Dans ses Lettres philosophiques (1733), Voltaire résumait par l’absurde plusieurs siècles d’obscurantisme : « Les sorcières ont cessé d’exister quand nous avons cessé de les brûler ». Alors que l’odeur âcre des bûchers plane encore sur l’Europe, la chasse aux sorcières connaît ses dernières heures.
Fasntasmes misogynes
Le décompte est terrifiant et méconnu : entre 1400 et 1780, quelque 120 000 procès inquisitoriaux ont lieu. Ces derniers se traduisent bien souvent par la mort (souvent longue et douloureuse) de l’accusé, une femme dans la grande majorité des cas. C’est à cette figure historique de la femme possédée, et la traîne des fantasmes misogynes qu’elle charrie, que le château des ducs de Bretagne consacre une grande exposition, sobrement intitulée Sorcières.
« À travers un parcours immersif et rigoureux, cette exposition se propose d’explorer l’une des plus vastes persécutions de l’histoire,
rappelle Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de Nantes et commissaire de l’exposition. Cette persécution, c’est celle des femmes accusées de sorcellerie, du crépuscule du Moyen-Âge à l’Époque moderne. Par-delà le folklore, cette exposition ambitionne de porter un regard critique et salutaire sur une époque tourmentée. »
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Malleus Maleficarum
Celle-ci réunit 180 œuvres et objets - gravures, peintures, manuscrits et traités de démonologie, objets de culte ou de sorcellerie – qui mettent en lumière cette période sombre de l’histoire européenne. « La sorcière est un phénomène qui engage à la fois le réel et l’imaginaire
, indique Krystel Gualdé. Réel car des milliers de femmes ont été persécutées pour des crimes qu’elles n’avaient pas commis. Imaginaire car la sorcière dit beaucoup de nos peurs collectives. Ce n’est pas pour rien que la chasse connaît son paroxysme dans une période de guerres, de disette et de grandes épidémies
».
Sorcières montre l’enchevêtrement permanent de l’histoire et son appropriation artistique. Le Malleus Maleficarum, ouvrage de démonologie (1486) et guide de lutte contre l’hérésie et la sorcellerie, côtoie ainsi une œuvre du peintre flamand David Rijckaert III (Ronde de farfadets, scène de sabbat), vision effrayante d’une danse démoniaque.
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L’exposition permet ainsi de comprendre l’émergence de la figure satanique de la sorcière, le paroxysme de la chasse lors des 16e et 17e siècles, puis son lent déclin, jusqu’à la réappropriation féministe du stigmate au cours du 20e siècle. « Derrière le folklore auquel sont assimilées aujourd’hui les sorcières, notre exposition rappelle une chose essentielle
, avertit Krystel Gualdé : quand nos sociétés recherchent des victimes expiatoires, le pire peut advenir...
».
En pratique
Exposition Sorcières, du 7 février au 28 juin 2026.
Château des ducs de Bretagne, du mardi au dimanche.
De 5 à 9 €. Gratuité les premiers dimanches du mois.