Au château, lumière sur l’histoire tragique des sorcières

Publié le 20 janv. 2026

Dernière mise à jour 20 janv. 2026

Composée de peintures, gravures, objets de cultes et autres traités de démonologie, l’exposition « Sorcières » présentée du 7 février au 28 juin 2026 au château des ducs de Bretagne met en lumière les ressorts sociaux, historiques et psychologiques ayant entraîné des siècles de persécution.

  • Une peinture représentant Macbeth et trois sorcières.
    L'exposition présente quelque 180 oeuvres, dont "Macbeth et les trois sorcières" de Thédore Chassériau (1855, huile sur bois, Musée d’Orsay). © Bridgeman Images

Dans ses Lettres philosophiques (1733), Voltaire résumait par l’absurde plusieurs siècles d’obscurantisme : « Les sorcières ont cessé d’exister quand nous avons cessé de les brûler ». Alors que l’odeur âcre des bûchers plane encore sur l’Europe, la chasse aux sorcières connaît ses dernières heures.

Fasntasmes misogynes

Le décompte est terrifiant et méconnu : entre 1400 et 1780, quelque 120 000 procès inquisitoriaux ont lieu. Ces derniers se traduisent bien souvent par la mort (souvent longue et douloureuse) de l’accusé, une femme dans la grande majorité des cas. C’est à cette figure historique de la femme possédée, et la traîne des fantasmes misogynes qu’elle charrie, que le château des ducs de Bretagne consacre une grande exposition, sobrement intitulée Sorcières.

  • Une peinture représentant une ronde petits farfadets terrifiants.
    Aux 16e et 17e siècles, les scènes d'occultisme sont courantes chez les peintres. Ici, le peintre anversois David Rijckaert III figure une scène monstrueuse de démons dansant à l’ombre des arbres (1651, huile sur bois, Musée d'art Roger-Quillot). © DR

« À travers un parcours immersif et rigoureux, cette exposition se propose d’explorer l’une des plus vastes persécutions de l’histoire, rappelle Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de Nantes et commissaire de l’exposition. Cette persécution, c’est celle des femmes accusées de sorcellerie, du crépuscule du Moyen-Âge à l’Époque moderne. Par-delà le folklore, cette exposition ambitionne de porter un regard critique et salutaire sur une époque tourmentée. »

Malleus Maleficarum

Celle-ci réunit 180 œuvres et objets - gravures, peintures, manuscrits et traités de démonologie, objets de culte ou de sorcellerie – qui mettent en lumière cette période sombre de l’histoire européenne. « La sorcière est un phénomène qui engage à la fois le réel et l’imaginaire, indique Krystel Gualdé. Réel car des milliers de femmes ont été persécutées pour des crimes qu’elles n’avaient pas commis. Imaginaire car la sorcière dit beaucoup de nos peurs collectives. Ce n’est pas pour rien que la chasse connaît son paroxysme dans une période de guerres, de disette et de grandes épidémies ». 

  • Au début du 16e siècle, un artiste allemand, Hans Baldung Grien, produit des images de sorcières, à l'iamge de cette scène de sabbat (détail, 1510, gravure, Musée du Louvre). © Bridgeman Images

Sorcières montre l’enchevêtrement permanent de l’histoire et son appropriation artistique. Le Malleus Maleficarum, ouvrage de démonologie (1486) et guide de lutte contre l’hérésie et la sorcellerie, côtoie ainsi une œuvre du peintre flamand David Rijckaert III (Ronde de farfadets, scène de sabbat), vision effrayante d’une danse démoniaque.

L’exposition permet ainsi de comprendre l’émergence de la figure satanique de la sorcière, le paroxysme de la chasse lors des 16e et 17e siècles, puis son lent déclin, jusqu’à la réappropriation féministe du stigmate au cours du 20e siècle. « Derrière le folklore auquel sont assimilées aujourd’hui les sorcières, notre exposition rappelle une chose essentielle, avertit Krystel Gualdé : quand nos sociétés recherchent des victimes expiatoires, le pire peut advenir... ».

  • Dès le 15e siècles, de nombreux traités de démonologie (comme ici celui du juriste allemand Ulrich Molitor) apparaissent pour guider les accusateurs dans leurs procès inquisitoriaux (détail, 1489, Bibliothèque nationale de France). © BNF

En pratique

Exposition Sorcières, du 7 février au 28 juin 2026.

Château des ducs de Bretagne, du mardi au dimanche. 
De 5 à 9 €. Gratuité les premiers dimanches du mois. 

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