L'épopée des coopératives à Nantes

Publié le 09 févr. 2026

Dernière mise à jour 11 févr. 2026

De la Boulangerie fraternelle à Scopéli, une autre façon de consommer s'est développée à Nantes depuis le le 19e siècle.

  • Ancien siège de l'Union des coopérateurs de la Loire-Inférieure à Nantes
    L'ancien siège social des coopérateurs de la Loire-Inférieure se trouvait au 25, boulevard Victor-Hugo à Nantes. © Archives de Nantes

C’est en 1849 qu’est fondée la première coopérative nantaise, la Boulangerie fraternelle. Il s’agir d’apporter une solution à la question du prix du pain, cruciale pour de nombreuses familles. « Mais l’âge d’or du mouvement se situe entre 1880 et 1914, période au cours de laquelle quinze coopératives sont créées à Nantes », souligne Nathalie Barré, de Nantes Patrimonia. Plusieurs raisons expliquent ce développement des coopératives : le nombre important d'ouvriers aux conditions de vie souvent difficiles, l’influence du mutualisme et de l’économie sociale, sans oublier l'environnement politique favorable de la Troisième République. La Ruche nantaise et l’Économie nantaise illustrent cette dynamique. Leur succès est attesté par l’élargissement des services proposés : boucherie, épicerie, solidarité avec les malades et les chômeurs, prêts, éducation populaire, etc.


« La naissance en 1913 d’une Fédération nationale des coopératives de consommation marque un tournant essentiel : l’idée d’une troisième voie entre capitalisme et socialisme, indépendante des partis politiques et des syndicats, est clairement exprimée. Cette évolution conduit à la naissance, en 1918, de l’Union des coopérateurs (UDC) de la Loire-Inférieure qui rassemble diverses coopératives implantées à Nantes et dans le département », explique Nathalie Barré. L’UDC renonce à toute référence ouvrière pour séduire un large public. Sa politique spectaculaire d’implantation conduit à l’ouverture de nombreuses succursales. En 1923, 8 500 familles adhérentes viennent y faire leurs courses.

Un idéal de solidarité

Au sein de ce mouvement, socialistes utopiques, réformistes et catholiques sociaux se rejoignent pour promouvoir un idéal commun : favoriser l’émergence d’une solidarité au sein de la classe ouvrière. Malgré les résistances patronales, les coopératives s’installent dans la société industrielle et voient leur apogée au cours de la première moitié du 20e siècle. « Leurs seuls noms fleurent bon l’époque : La Prolétarienne, L’Union, La Ménagère, La Ruche Nazairienne, L’Économiste, La Prospérité, La Fraternité... », relate Nathalie Barré. En 1916 avait été créé ainsi le premier restaurant coopératif à Nantes. 800 repas y sont servis chaque jour.

Renouveau de l’économie sociale et solidaire

Avec les Trente Glorieuses, les coopératives amorcent un déclin et laissent la place à la grande distribution qui, en pressant les prix, s’impose et, avec l’essor de l’automobile, redessine la forme des villes. Un nouveau modèle de consommation émerge et Nantes n’y échappe pas. Classes populaires et moyennes se retrouvent dans les rayons des grandes enseignes.
Même si les coopératives de consommation n’ont pas totalement disparu du paysage, ce n’est qu’avec le renouveau de l’économie sociale et solidaire du début des années 2000 et notamment avec les AMAP que l’esprit « coop » reprend son souffle. Illustration avec Scopéli, à Rezé. Lancé en 2019 sur le modèle de la coop Park Slope Food de Brooklyn ou de la Louve à Paris, ce supermarché coopératif et participatif appartient aux 3 000 personnes qui y font leurs courses.

Nos sources

  • Nantes Patrimonia, article « Union des coopérateurs de la Loire-Inférieure », par Nathalie Barré.
  • Dictionnaire de Nantes (Presses universitaires de Rennes).
  • Les 500 victimes du Saint-Philibert, de Loïc Abed (éd. CMD)
  • Le Saint-Philibert
    Le Saint-Philibert sombra au large de Préfailles le 14 juin 1931. © DR

La tragédie du Saint-Philibert

En juin 1931, le mouvement coopératif local est touché de plein fouet par la catastrophe du Saint-Philibert, un bateau affrété pour emmener en excursion des ouvriers nantais et leurs familles à Noirmoutier. Il fera naufrage au retour. Parmi les 500 personnes qui ont embarqué à Nantes, 212 personnes avaient acheté leur billet dans les succursales de l’Union des coopérateurs (UDC), dont le siège se trouve alors boulevard Victor-Hugo. Malgré une restructuration, l’UDC de la Loire-Inférieure est liquidée en mai 1939.