La fontaine de la place Royale retrouve ses statues

Publié le 19 janv. 2026

Dernière mise à jour 19 janv. 2026

Après des mois de restauration, la figure sommitale de la fontaine, représentant la Ville de Nantes, a retrouvé sa place lundi 19 janvier. Suivent les treize œuvres de bronze mercredi et jeudi. Reportage.

  • Hoël Gaboriau et Anthony Quatreveau, restaurateurs de la statue, posent le joint qui fixe la statue sur la fontaine. © Garance Wester

La place Royale est calme en ce lundi matin. Seules les grilles qui entourent la fontaine et la présence d’un camion grue témoignent que quelque chose se prépare. Un curieux s’avance vers les grilles et interpelle Aurélie de Decker, conservatrice chargée du patrimoine mobilier à Nantes Métropole. « Quand remettez-vous les statues ? » « Elles vont revenir encore plus belles », répond-elle au Nantais qui regarde la scène avec intérêt. 

Seulement surmontée d’un petit échafaudage, la fontaine inaugurée en 1865 va retrouver cette semaine son allure habituelle. Car les quatorze statues ont profité de l’événement estival du Voyage à Nantes – elles ont été remplacées jusqu’à janvier par l’œuvre Latest version de Willem de Haan – pour se refaire une beauté.

Restaurées en atelier

Exposées aux intempéries et à la pollution, les statues de la fontaine sont régulièrement entretenues, mais le bronze et le marbre avaient besoin d’un bon coup de neuf. « Les œuvres ont dû être déposées pour être nettoyées en atelier, car la seule solution pour éliminer le calcaire est le micro-sablage [projection à grande vitesse d’un abrasif minéral, ndlr], explique Philipe Pagnon, chargé d’affaires à la fonderie de Coubertin dans les Yvelines. Une intervention directe sur la fontaine est trop complexe car en pleine ville cela génère des particules et nécessite des confinements coûteux. » Une fois le bronze mis à nu et les réparations réalisées, elles ont été patinées puis cirées. 

Quant à la figure sommitale en marbre blanc, qui représente la Ville de Nantes, elle avait perdu son bras droit durant l’hiver 2024 et était endommagée au niveau du nez et d’un drapé. « Le bras est dorénavant en résine, la main a été entièrement restituée d’après photo, détaille le restaurateur Anthony Quatreveau. Le nez et le drapé ont été restitués en marbre, les fissures réparées et la statue entièrement nettoyée. » Quant au trident originel, il ne sera pas remis en place : « Il a été volé à plusieurs reprises depuis mai 1968, fragilisant progressivement la main de la statue. Sa restitution engendrerait des risques de nouveaux vols et par conséquent de détériorations », souligne le site de Nantes Patrimonia.

Ce lundi, c’est elle qui arrive la première, suivi mercredi et jeudi par les treize autres. Si l’allégorie de la ville a été restaurée dans la région nantaise, les statues en bronze on fait un plus long voyage, jusqu’à Saint-Rémy-les-Chevreuses dans les Yvelines, pour être bichonnées à la fonderie de Coubertin.

Une « vieille dame » dans les airs

  • La statue de marbre blanc suspendue dans les airs. L'œuvre est due au sculpteur Daniel Ducommun du Locle. © Garance Wester

La place se met à bruisser. Les grilles s’ouvrent, un long camion vert et noir s’approche. Sur la remorque, la statue immaculée est sanglée dans sa caisse de bois ajourée. Son bras neuf levé, elle semble saluer sa fontaine. Une fois débarquée, des techniciens scient les lattes de bois. Petit à petit, elle est sortie avec soin de sa boîte. « Aujourd’hui, le maître mot est la prudence, que tout se passe bien. Les grutiers et les restaurateurs ont déjà pris des mesures et des repères », explique Aurélie de Decker.

Des passants se groupent derrière les grilles pour observer l’étrange ballet et prendre des photos. Les restaurateurs Anthony Quatreveau et Hoël Gaboriau s’arment de sangles et entreprennent de préparer la statue au trajet vers son socle. Aux premières levées, elle penche d’abord à gauche, puis à droite. Par des gestes discrets, les restaurateurs communiquent avec le grutier qui soulève et redescend son crochet. « Elle doit être parfaitement verticale pour arriver en haut de la fontaine, indique la conservatrice. C’est une vieille dame, il ne faut pas qu’il y ait de pression, au risque de l’endommager. »

Soudain, après une demi-heure d’ajustement millimètre par millimètre, la statue trouve son équilibre. Et s’envole dans les airs. Un voyage de quelques secondes durant lequel les spectateurs retiennent leur souffle. Elle reste en suspens au-dessus de son socle, d’abord dos à la place. Aidée par ses restaurateurs, elle retrouve sa position face à la rue Crébillon. La grue se décroche enfin, le transporteur range son matériel. 

Hoël Gaboriau et Anthony Quatreveau installent alors leurs outils pour poser le joint qui fixera la statue sur la fontaine. « Tout s’est passé comme prévu, se réjouissent-ils en descendant de l’échafaudage. Même si nous avions déjà fait la dépose et savions exactement comment procéder, il y a toujours une petite tension au moment du positionnement, il faut être sûr que tout est bien en place, que rien n’a été abîmé. » « Avec des entretiens réguliers, elle repart pour quelques centaines d’années, sourit Anthony Quatreveau. Les sculptures du parc de Versailles ont 400 ans, pourquoi pas elle ? » 

À suivre cette semaine...

Mercredi 20 janvier, la statue de la Loire sera présentée à son socle afin que le tailleur de pierre travaille à d’éventuels ajustements. Jeudi 22, les huit génies seront installés et remis en eau, et enfin les quatre allégories des affluents de la Loire (Erdre, Sèvre nantaise, Loiret et Cher) rejoindront elles aussi leur place d’origine.