[Notre histoire] Nantes, terre de cycles

Publié le 13 janv. 2026

Dernière mise à jour 14 janv. 2026

Depuis la fin du 19e siècle, la ville de Petit-Breton joue un rôle important dans le développement de l’industrie des cycles en France avec des marques emblématiques.

  • Lucien Petit-Breton
    Vainqueur de deux Tours de france (1907 et 1908), Lucien Petit-Breton meurt tragiquement en 1917 sur le Front, à Troyes, d'un accident de la circulation. 1920 : la veuve de Lucien Petit-Breton dépose la marque « Petit-Breton » pour fabriquer des vélos. © Presse Sports L'Equipe / Collection Lionel Laget

Le vélo est à nouveau un moyen de déplacement en plein essor. La pandémie de Covid en 2020 a contribué à le remettre en selle pour les déplacements du quotidien, alors que l’ère du « tout-voiture » des Trente Glorieuses l'avait relégué au rang d’accessoire de loisirs.
Remontons ensemble le temps. Saviez-vous que plusieurs marques nantaises de cycles avaient marqué l'histoire du vélo ? Le premier vélo pour dame y a même été inventé, conçu vers 1870 par un négociant nantais, Émile Viarengo de Forville. En 1890, la société Eugène Briest et frères est l'une des premières à se lancer dans la fabrication de vélocipèdes, à partir d’un atelier de serrurerie tenu par Pierre Briest dans le quartier du Marchix. L'entreprise s'illustrera aussi dans la motorisation de bicycle à pétrole, puis passera au tricycle et au quadricycle, ancêtre de nos voitures actuelles, jusqu’à sa reprise par la société Defontaine en 1930. 

Une quarantaine de marques

Les Établissements Aumon, du nom de leur fondateur Maxime Aumon, sont une autre réussite nantaise. « Spécialisé dans la fabrication de cycles, Aumon possédait un esprit d’innovation qui le démarquait de ses concurrents. En partenariat avec l’entreprise britannique de fabrication de pneumatiques Dunlop, il invente les pneus ballon, plus larges et moins gonflés. Il a également conçu de nombreux appareils pour faciliter le quotidien des personnes en situation de handicap », relate l’historien Arnaud Biette, spécialiste du patrimoine industriel local. En 1910, l’entrepreneur crée un atelier de cycles rue de Paris (l’actuelle rue du Général-Buat), quartier Saint-Donatien.
Dans les années 1920, il existe alors à Nantes une quarantaine de marques de vélo différentes, parmi lesquelles figurent Ninon, Syphax, Émeraude, La Levrette, Celtic, Sole Mio ou encore Deanjean. Une véritable dynamique, traduction de l’engouement populaire pour le vélo.

Un nouveau cycle « Made in Nantes »

Mais avec les Trente Glorieuses, le vélo comme mode de déplacement subit une lente érosion, concurrencé par les deux roues motorisées et l’automobile. La disparition des cycles Petit-Breton en 1970 en est l’une des illustrations majeures. Comme celle de Stella en 1976 (voir ci-contre). Elle employa jusqu’à 120 salariés. La concurrence de grandes marques d’envergure nationale, voire internationale comme Motobécane, Peugeot, Mercier ou Gitane, implantée à Machecoul au sud de Nantes, fait des dégâts dans le paysage des fabricants de cycles locaux.

Mais depuis plusieurs années, le retour de la pratique du vélo suscite la création d’entreprises qui ont pour point commun d’être innovantes. Ainsi, Robin Cojean ressuscite la marque Petit-Breton en 2018 en s’associant avec les descendants du fondateur Lucien Mazan, premier double vainqueur du Tour. À partir d’un savoir-faire issu de l’aéronautique, il fabrique des cadres sur mesure en fibre de carbone et lin. Consécration : Petit-Breton, avec Airbus, a co-conçu les tandems de l’équipe de France de cyclisme aux Jeux paralympiques de Paris 2024. 

  • Nos sources 
       • patrimonia.nantes.fr, articles « Fabricants de cycles » et « Établissements Aumon » 
       • Dictionnaire de Nantes (Presses universitaires de Rennes)
       • David Guénel, Petit-Breton, gentleman cycliste

Les Cycles Phébus, « le pionnier »

Depuis 1868, Eugène Underberg et Auguste Lucas dirigent une entreprise de camionnage à Angers. En 1889, ils décident d’investir dans les nouveaux moyens de transport comme les cycles, avec et sans moteur, et l'industrie automobile. Ils déposent la marque Phébus et s’installent au 6 rue de Coulmier à Nantes. Ils aménagent une piste de course (vélodrome) pour les essais des nouveaux modèles. En 1895, ils ont déjà 82 ouvriers, un dépôt place Royale et des bureaux au 3, rue Copernic ainsi qu’un magasin de vente à Paris. En 1907, ils fusionnent avec la marque parisienne Gladiator.

  • Vélodrome Petit-Breton
    Inauguré en 1924, le vélodrome rend hommage à Lucien Mazan, dit Petit-Breton. © Valéry Joncheray

Le vélodrome Petit-Breton

Inauguré en 1924, le vélodrome rend hommage à Lucien Mazan, dit Petit-Breton, vainqueur à deux reprises du Tour de France (1907 et 1908) et mort en 1917 sur le front. L'équipement est toujours visible rue de la Durantière, entouré de rues aux noms évocateurs : Petit-Breton, Petite-Reine. Une stèle en l'honneur de cette légende du cyclisme français a été dévoilée en 2003 lors du Centenaire du Tour de France.