[Notre Histoire] La saga de l’agroalimentaire nantais

Publié le 03 juin. 2026

Dernière mise à jour 10 juin. 2026

L’industrie agroalimentaire a marqué de son empreinte l’histoire de Nantes, dont le port a naturellement facilité les échanges de marchandises.

  • Tipiak 1959
    Une chaîne de production de G.Billard, futur Tipiak, en 1959. © Tipiak

Les raffineries de sucre et le commerce triangulaire puis colonial posent les jalons de l’économie agroalimentaire nantaise dès le 17e siècle. Cette dynamique se prolonge les siècles suivants avec l’essor de nouvelles activités. En 1824, la première conserverie nantaise ouvre sous l’impulsion de Pierre-Joseph Colin (1785-1848), qui reprend le savoir développé par son père Joseph. C’est l’acte de naissance d’un secteur industriel pionnier en France.

« La proximité des maraîchers permet de créer une filière complète, de la production de fer-blanc pour confectionner les premières boîtes de conserve, en passant par les vernis permettant d’illustrer les boîtes de conserve à la fabrication des conserves », détaille Arnaud Biette, spécialiste du patrimoine industriel nantais. « L’industrie mécanique liée à la construction navale offre aussi un savoir-faire pour les chaînes de production », renchérit Élise Nicolle, à la Maison des Hommes et des Techniques (MHT). En 1842, on recense, à Nantes, 5 manufactures de conserves. Elles sont 24 en 1883. De grands noms émergent à Nantes et Chantenay et vont perdurer, comme Amieux, Cassegrain ou Saupiquet. Leur rayonnement est national et international.

Des biscuits illustres

Le secteur de la biscuiterie est un autre fleuron de l’agroalimentaire nantais. L'épopée industrielle des biscuits LU commence en 1846, lorsque Jean-Romain Lefèvre s'établit à Nantes comme fabricant de biscuits, rejoint par son épouse Pauline-Isabelle Utile. Leur fils Louis Lefèvre-Utile reprend les rênes de l’entreprise familiale en 1883 et lui donne une envergure industrielle avec les illustres Petit Beurre et Paille d’Or.

L’autre acteur clé de ce secteur est la Biscuiterie Nantaise (BN), fondée en 1896 par Pierre Pelletreau. Le biscuit nantais n’échappe pas aux grands mouvements du 20e siècle. À l’origine produit de luxe, il devient un produit de grande consommation. « La guerre de 1914-1918 joue un rôle d’accélérateur, relate l’historien Didier Guyvarc’h. Pendant la Grande Guerre, la BN produit du "pain de guerre" et devient en 1917 le fournisseur des troupes américaines. La naissance du produit phare, le Casse-croûte, dans l’Entre-deux-guerres, confirme cette orientation vers la production de masse. »

  • Entremets Plaisance
    Hôtel particulier, situé au 10-12 rue de la Ville-en-Bois, il a longtemps abrité des ateliers de fabrication d'entremets. Trace du passé, l'inscription Entremets Plaisance est toujours visible. © Rodolphe Delaroque

Mutations et dynamisme

Avec les Trente Glorieuses, l’accès des ménages à la consommation et l’essor d’une classe moyenne impactent plus encore l’agroalimentaire local. Les entreprises nantaises doivent s’adapter pour répondre à la demande croissante, notamment de la grande distribution. Les conserves, biscuits mais aussi bières, chocolats et sucre (Beghin-Say), vinaigre (Caroff) et plats préparés (Tipiak) se retrouvent dans les rayons des enseignes françaises. Mais ce secteur industriel, comme d’autres, est frappé par les restructurations et le rachat par des multinationales de fleurons locaux comme LU et la BN.

Au 21e siècle, l’agroalimentaire demeure malgré tout l’un des atouts de l’industrie nantaise avec 4 600 salariés qui travaillent dans cette filière qui continue de se réinventer. « Nantes s’appuie à la fois sur un tissu industriel ancien et sur de nouvelles entreprises de l’agroalimentaire implantées récemment dans l’agglomération comme Biomère-Jubiles ou la Brasserie du Bouffay », pointe Élise Nicolle.

Des mouvements sociaux emblématiques

« C’est un pan méconnu de l’histoire industrielle nantaise », souligne la Maison des Hommes et des techniques. Les mobilisations de l'agroalimentaire, moins bruyantes que celles de la métallurgie, ont pourtant résonné tout au long du siècle dernier. La première grève chez LU en 1936, celle à la Raffinerie de Chantenay en 1968, aux Brasseries de la Meuse en 1984 ou chez Saupiquet en 1989, témoignent de luttes syndicales importantes pour la défense des conditions de travail et contre les fermetures de sites.        

  • Grèves à Saupiquet 1989
    Piquet de grève devant Saupiquet en 1989. © MHT de Nantes

La Maison des Hommes et des Techniques

La MHT a été créée en 1994 par les anciens travailleurs de la navale nantaise. Elle est hébergée au 2, bis boulevard Léon-Bureau dans le bâtiment qui abritait autrefois les bureaux des Ateliers et chantiers de Nantes, les ACN. Parmi ses objectifs : conserver et valoriser le patrimoine industriel et social des chantiers navals et d’autres branches industrielles de l’agglomération. Elle propose une exposition permanente intitulée Bâtisseurs de navires retraçant l'histoire de la construction navale. Et pendant deux ans, l’exposition L’agroalimentaire, une empreinte nantaise.