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Sur l’Île de Nantes, un mât pour se souvenir de l’esclavage
Publié le 20 avr. 2026
Dernière mise à jour 22 avr. 2026
Érigé sur le parc des Chantiers, ce mât de 18 mètres imaginé par l’association La Coque nomade réactive la mémoire de l’esclavage et de la traite atlantique. Il a été inauguré le 18 avril dernier.
« Ce mât est dédié à tous les Africains déportés, broyés par l’esclavage colonial. » Dieudonné Boutrin, président de l’association La Coque nomade fraternité, milite depuis 37 ans en faveur de la mémoire. L’édification de façon permanente du Mât de la fraternité et de la mémoire, au parc des Chantiers, sur l’Île de Nantes, récompense sa pugnacité.
Avec ses 18 mètres de hauteur et les diodes qui le signalent dans la pénombre, le monument s’érige « contre le racisme et les discriminations ». Ce gardien de l’histoire de l’esclavage a été inauguré samedi 18 avril, devant plus de 400 personnes. Ce phare éclaire d’une lumière crue un sombre passé tout en plaçant Nantes comme une terre de mémoire assumée.
Des excuses historiques
L’histoire se rappelle en effet que c’est depuis la cité des Ducs que quittèrent des centaines de bateaux négriers entre 1707 et 1830. Les historiens dénombrent quelque 1 750 expéditions de traite esclavagiste. Parmi elles, celles des ancêtres de Pierre Guillon de Princé, « descendant d’une famille d’armateurs négriers qui armèrent six navires pratiquant la traite atlantique triangulaire entre Nantes et Saint-Domingue (Haïti), ayant arraché 4 500 captifs de leur terre, dont 200 périrent en mer ».
À la tribune, l’octogénaire a présenté ses excuses à l’ambassadeur d’Haïti, Louino Volcy, dans un moment historique où l’émotion l’emporte sur la solennité. « Pour moi, c’est un soulagement », a souligné celui qui a noué un puissant lien fraternel avec Dieudonné Boutrin, descendant de personnes mises en esclavage martiniquaises. Aujourd’hui, les deux hommes se retrouvent au sein de l’association La Coque nomade, qu’ils codirigent.
Justice réparatrice
« C’est vers l’ensemble des communautés des Caraïbes que je présente mes excuses pour l’impact du racisme sur leur quotidien, leur santé et leur bien-être,
poursuit Pierre Guillon de Princé, défenseur de la justice réparatrice, qui appelle à réparer (matériellement ou symboliquement) les dégâts causés par ces siècles de servilité imposée. J’ai une compassion toute particulière pour le peuple d’Haïti, doublement agressée par l’esclavage et par cette dette injuste qui lui a été imposée. »
Selon le site de l'ONU, «
ce n'est qu'en 1947, plus de 140 ans après son indépendance, qu'Haïti a fini par rembourser sa dette et reste aujourd'hui le pays le plus pauvre des Caraïbes »
.
« Je prends note de votre déclaration dont la teneur sera transmise aux autorités haïtiennes », lui répond le diplomate. Ce dernier rappelle que cette cérémonie intervient « au lendemain du 201e anniversaire de l’ordonnance de Charles X, sous la Restauration, qui a imposé à la première république noire du monde de payer une somme colossale de 150 millions de francs or en contrepartie de la reconnaissance de son indépendance »
, proclamée 21 ans plus tôt.
« Cet écrasant passé »
Le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault a convoqué un autre repère historique : « Les 25 ans de la Loi Taubira, par laquelle la France est devenue le premier pays à avoir reconnu l’esclavage et la traite comme crime contre l’humanité. » Un jalon déterminant dans le cheminement allant de la reconnaissance à la réparation et à la réconciliation.
Dieudonné Boutrin et Pierre Guillon de Princé ne souhaitent par s’arrêter là. Soixante-dix autres mâts de la fraternité devraient voir le jour dans des villes héritières de « cet écrasant passé ». Trois bateaux pédagogiques, répliques de navires du XVIIIe, sont par ailleurs en cours de construction. Ils donneront à voir la réalité de la traite atlantique sur trois continents pour l’ambitieux projet intitulé Triangle de la mémoire.