Travaux au Muséum de Nantes : comment déménage-t-on un musée ?
Travaux au Muséum de Nantes : comment déménage-t-on un musée ?
Publié le 15 janv. 2026
Dernière mise à jour 15 janv. 2026
Fermé au public depuis le 3 novembre 2025, le Muséum de Nantes se prépare à un important chantier de transformation. Mais avant de laisser place aux pelleteuses, une tâche d’ampleur attend les équipes : déménager les 15 000 pièces des collections.
Dans une vie, un déménagement est toujours un moment agité, souvent stressant. Alors, lorsqu’il s’agit de transporter et de mettre à l’abri près de 15 000 pièces d’une auguste institution qui a fêté en 2025 ses 150 ans, la tâche peut faire pâlir. C’est pourtant celle qu’a accepté Manon Hamard, chargée de coordination du déménagement des collections du Muséum de Nantes. L’équipement municipal s’apprête à bénéficier d’un important lifting.
« Vider un musée, ça ne se fait pas du jour au lendemain,
explique Manon Hamard, qui s’est fait une spécialité de ces opérations XXL dans sa carrière. Ça s’anticipe longtemps à l’avance et ça requiert un travail de longue haleine. C’est pour cette raison que le Muséum a fermé ses portes au public le 3 novembre 2025 alors que les travaux ne commenceront qu’en septembre 2026 ».
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Réserves tenues secrètes
De fait, le Muséum de Nantes présente des collections d’une grande richesse, autant par leur taille que la diversité des espèces présentées. Elles couvrent toutes les sciences naturelles. On y dénombre ainsi près de 1 000 spécimens d’animaux vertébrés, 5 000 coquilles de gastéropodes, plusieurs dizaines de milliers d’échantillons de minéraux, roches et fossiles, des objets issus de voyages naturalistes, des herbiers aux près de 300 000 planches et quelque 30 000 ouvrages…
Seule une petite partie de ces remarquables collections est présentée au public et va devoir être déménagée. « Pour cela, nous disposons de deux réserves parfaitement étanches et ventilées, avec un contrôle permanent de la température et de l’hygrométrie,
indique Manon Hamard. La première est partagée avec le Musée d’Arts et nous l’avons réorganisée de fond en comble en prévision de ce déménagement. La seconde a été acquise par la Ville à l’occasion de ces travaux. Pour des raisons de sécurité, leurs adresses sont tenues secrètes. »
Nettoyer les plumes et les poils
Démarré cet automne, le chantier de déménagement des collections se décline en plusieurs étapes. La première consiste à réaliser un état global de conservation des pièces. Elle sera suivie par un pesage et un nettoyage manuel, notamment des plumes et des poils qui prennent la poussière et se dégradent avec le temps. « Le dépoussiérage est réalisé au compresseur pour souffler sur les parties les plus délicates à nettoyer, comme les plumes et les poils, d’ailleurs souvent pollués à l’arsenic et au mercure,
explique Manon Hamard.
Pour les os et le cuir, ça sera un dépoussiérage par un aspirateur adapté qui ne rejette pas la poussière qu’il aspire. »
Une fois ces opérations effectuées, chaque pièce sera photographiée, inventoriée puis conditionnée. Soit façon mille-feuille dans des cartons remplis de chips d’amidon pour les pièces pas trop volumineuses ; soit dans des chariots roulants pour celles qui sont hors-format, à l’image du tigre, du lamantin, de la tortue luth ou du crocodile. La réserve de livres anciens (près de 1 200 ouvrages) nécessite quant à elle la création de pochettes sur-mesure.
Le remisage des pièces interviendra en bout de chaîne car les pièces organiques (toutes les collections de zoologie) doivent subir un ultime traitement : l’anoxie. « C’est une méthode de désinsectisation par privation d’oxygène,
indique Manon Hamard. Les spécimens de mammifères peuvent en effet être contaminés par des vrillettes et autres mites qui se régalent du cuir ou de la laine. Les pièces vont devoir y séjourner 21 jours pour éliminer ces insectes nuisibles. »
Le Muséum a fait construire, au sein de ces réserves, deux salles d’anoxie d’une capacité de 150 m³ chacune.
Grutage de la baleine et de l’élephant
La fin de chantier, à l’été 2026, sera marquée par l’évacuation de deux objets hors-norme : l’éléphant d’Asie, acquis par le Muséum en 1934 et surtout, la baleine, un Rorqual commun de 18 mètres découvert en 1991 à Donges. « Ces deux opérations de déménagement, très délicates, nécessitent de faire appel à un prestataire spécialisé,
précise Manon Hamard. Pour déplacer la baleine par exemple, il va falloir découper sa colonne pour la désolidariser des vertèbres, et la gruter par la fenêtre décorée avec la fresque du toucan [NDLR : réalisée par le peintre Alain Thomas], qui va donc être démontée pour l’occasion. »
D’ici là, les équipes du Muséum auront donc évacué des milliers de pièces en l’espace de 10 mois. « Le plus grand risque est la casse au moment du déplacement ou du transport, c’est pour cela que nous prenons du temps et beaucoup de précautions »
, ajoute Manon Hamard. Rendez-vous en 2029 pour découvrir les collections du Muséum dans leur nouvel écrin.