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5 questions sur le site de stockage d'énergie électrique de Cheviré
Publié le 02 mars. 2026
Dernière mise à jour 04 mars. 2026
En lieu et place d’une friche industrielle où s’élevait autrefois une centrale thermique EDF, se dressent depuis quelques mois 52 batteries géantes. C’est le plus gros site de stockage d’énergie de la métropole nantaise, mais pas le seul. Explications.
1. C'est quoi exactement, ce site de Cheviré ?
Les énormes blocs blancs visibles dans la zone industrielle portuaire de Nantes constituent le 2e plus grand parc de stockage d'énergie électrique par batteries (BESS) en France. « La construction a débuté à l’été 2024 et a culminé avec sa mise sous tension en août 2025, tandis que l’exploitation commerciale a démarré en décembre, mois de l’inauguration », détaille sur son site Harmony Energy France. L’investisseur a revendu fin janvier à la société énergétique suisse Alpiq le site nantais. Sa puissance : 100 mégawatts (MW) pour une capacité de 200 mégawatts/heure (MWh), soit l'équivalent de 20 % de la puissance maximale du parc éolien offshore de Saint-Nazaire.
2. À quoi sert le stockage de l'électricité ?
Difficile à stocker, l'électricité doit être consommée presque au moment où elle est produite. La demande varie pourtant constamment. Les centrales thermiques sont capables de démarrer rapidement mais sont émettrices de CO₂. Plus vertueux, les BESS, comme celui de Cheviré, jouent le rôle de tampon : elles peuvent se charger et se décharger en une fraction de seconde, et stabiliser en temps réel la distribution d’électricité. Par exemple, un jour de grand vent où les éoliennes tournent à plein régime, elles absorbent une partie du surplus de production pour le restituer lors des pointes de consommation plus tard.
3. En quoi est-ce important pour la transition énergétique ?
La France s'est engagée à produire davantage d'électricité renouvelable : éoliennes, panneaux solaires… Mais sans stockage, le décalage entre la production et la consommation de ces énergies dites « intermittentes » peut fragiliser l'ensemble du réseau. Les batteries permettent d'éviter un effondrement en cascade comme celui qui a causé une panne généralisée en Espagne et au Portugal, fin avril 2025. Raccordé à RTE (Réseau de transport d'électricité, l'opérateur qui gère les lignes à haute tension en France), le site de Cheviré contribue à stabiliser l'alimentation électrique de tout l'ouest de la France. Le développement des BESS se fait aujourd’hui à un rythme soutenu. « Il y a actuellement 1 500 MW de capacité de batteries installés en France sur les 6 000 MW que RTE juge nécessaire d’ici 2035 », souligne Jonathan Lefebvre, à la direction de l’animation de la transition écologique de Nantes Métropole.
4. Est-ce que c'est dangereux ou polluant ?
Les BESS sont soumis à la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), comme une usine ou une station-service. Le principal risque identifié est l'incendie, d’où l’implantation à distance des habitations et le fait qu’elles ne peuvent accueillir aucun autre usage public. Le bruit des ventilateurs et des transformateurs peut aussi constituer une gêne. À Cheviré, le choix d'une friche industrielle existante plutôt qu'un terrain naturel est une pratique que Nantes Métropole entend privilégier : la collectivité examine chaque projet au cas par cas, pour que le développement de ces installations ne se fasse pas au détriment de terres agricoles ou d'espaces naturels. La métropole nantaise compte d’ailleurs, outre Cheviré, deux petites installations de stockage (environ 6 MW / 5 MWh) : « Une est opérée par la société nantaise Enerdigit et l’autre par une licorne française, NW », détaille le technicien.
5. Est-ce rentable ?
Le stockage d’électricité est une activité « considérée comme financièrement à risque – le marché est concurrentiel et non régulé – mais potentiellement très rentable », poursuit Jonathan Lefebvre. Pour le site nantais, l'investissement est estimé entre 50 et 60 millions d'euros. Les revenus proviennent principalement de RTE, qui rémunère les opérateurs pour mettre leurs batteries à disposition du réseau. Mais ces revenus ne sont pas garantis sur le long terme : le marché est concurrentiel et les prix de l'électricité fluctuent. Une partie des besoins en stockage pourrait être couverte autrement, notamment si les consommateurs apprennent à mieux moduler leur consommation — en décalant l'heure de fonctionnement de certains appareils, par exemple.