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Actualités - Mis à jour le 23 février 2022

Atlantide : 10 ans à l'écoute des mots du monde

Le festival des littératures fête ses 10 ans du 24 au 27 février ! Son directeur artistique, Alain Mabanckou, nous dévoile quelques anecdotes sur la  décennie passée et esquisse la prochaine.

De jeudi à dimanche, la 10e édition du festival Atlantide propose grandes rencontres, lectures et  soirées en présence d'une cinquantaine d' autrices et d'auteurs. Ici, Alain Mabanckou et Yuna Troël lors de l’édition 2020 (© Stéphane Ménoret).
De jeudi à dimanche, la 10e édition du festival Atlantide propose grandes rencontres, lectures et soirées en présence d'une cinquantaine d' autrices et d'auteurs. Ici, Alain Mabanckou et Yuna Troël lors de l’édition 2020 (© Stéphane Ménoret).

Atlantide fête ses 10 ans. Quel esprit souhaitiez-vous insuffler au festival quand vous avez pris sa direction artistique en 2018 ?

« L'idée était déjà de pérenniser ce qui avait été fait par mon prédécesseur, le grand écrivain argentin Alberto Manguel. À savoir un festival dans lequel on vient parler de l'imaginaire du monde et non pas un salon où les gens viennent se regarder le nombril ! J'ai ajouté le fait que chaque édition ait une "leçon inaugurale", une sorte de rendez-vous d'ouverture et qui est une adresse, un libre propos tenu par un grand écrivain ou une grande voix contemporaine. Après moi-même, Dany Lafferière et Leïla Slimani, c'est au tour de Mohamed Mbougar Sarr, Prix Goncourt 2021, de la prononcer cette année. À mon arrivée, j'ai aussi insisté pour que les programmes soient équilibrés dans la parité et pour que l'ensemble des cinq continents soient représentés. J'entretiens une grande relation de confiance avec les auteurs, que je connais pour la plupart car nous évoluons dans le même cénacle. La ville de Nantes, que nous avions déjà surnommée "capitale française de l’enthousiasme culturel et de l’imaginaire-monde", représente un carrefour pour notre histoire, qu'elle soit sombre ou heureuse. Elle reste le bon endroit pour regarder le futur tout en essayant de démêler les obstacles du présent. »

Avez-vous quelques anecdotes à nous dévoiler sur les précédentes éditions ?

« Le directeur artistique ne voit pas toujours ce qui se passe en arrière-plan. Il est comme le curé du village ! Quand les gens viennent à la confession, tout le monde se met en habit propre ! Plus sérieusement, on vu beaucoup de choses ici! Je me souviens en particulier du jour où l'écrivain Dany Lafferière a lu dans une cuve d'eau et dessiné sur les nappes du restaurant du lieu unique, en incitant les gens à vite les prendre avant qu'elles augmentent aux enchères comme les toiles de Picasso ! J'ai vécu des moments d'anthologie comme lorsque l'écrivaine finlandaise Sofi Oksanen a voulu lire en français,  ou comme le soir où on a servi du vin de palme – un vin africain très sucré – à nos invités. Cette fois-là le salon s'est terminé par de gros éclats de rire ! Il y a aussi des écrivains comme Yasmina Khadra qui veulent plus signer que parler ! »

Comment voyez-vous les 10 prochaines années d’Atlantide ?

« L'émancipation du festival se jugera par sa capacité à se réinventer et à drainer du monde. À l'avenir, je souhaite intégrer plusieurs formes d'expression de l'imaginaire. Cela passera par la présence de livres graphiques, de livres audios, de récitals et peut-être même de représentations dramatiques. J'aimerais également qu'on reçoive beaucoup de littérature orale, qu'on regarde comment se fait la littérature dans les endroits les plus éloignés, en s'intéressant par exemple aux littératures des peuples indigènes ou aborigènes. C'est un festival qui à la longue étendra ses tentacules dans toute la ville. Contrairement aux autres festivals qui quittent la périphérie pour venir dans le centre, nous progressons doucement vers la périphérie pour qu'elle puisse refléter notre caractère mondial. »

Une 10e édition prometteuse

Que se passe-t-il aujourd’hui à l’est de l’Europe ? Comment les colonies ont-elles organisé leur propagande ? En ces temps de turbulences, comment dessiner ou raconter le monde afin d’ouvrir de nouvelles pistes pour la création ? Où en sont les migrations dans les fictions ? Autant de questions qui seront débattues au lieu unique et dans toute la ville de jeudi à dimanche à l'occasion de la 10e édition du festival Atlantide, rythmée de grandes rencontres, de lectures et de soirées en présence d'une cinquantaine d' autrices et d'auteurs de tous les continents. Parmi eux : Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du Goncourt 2021 mais aussi Philippe Jaenada, Pascal Blanchard, Dominic Thomas ou Roukiata Ouedraogo.