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Actualités Publié le 12 septembre 2019

« Les Nantais sous les bombardements, 1941-1944 »

Une exposition proposée par les Archives de Nantes est à découvrir place Royale jusqu’au 27 septembre 2019. Elle retrace les bombardements subis par Nantes pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Un peu d’histoire. Durant la Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, Nantes constitue un objectif de choix avec son port et ses chantiers navals, ses industries et sa place dans le dispositif militaire allemand. À partir de 1941, des bombardements sporadiques frappent la ville et sa zone portuaire. Le raid le plus spectaculaire a lieu le 23 mars 1943 : une escadrille composée de 11 bombardiers britanniques détruit une partie de l’usine des Batignolles qui produit des locomotives pour le front de l’Est. Les ouvriers, prévenus trop tard, compteront 33 morts. Mais comparée à Saint-Nazaire, avec sa base sous-marine, la ville est encore relativement épargnée.

En 1943, cette situation prend tragiquement fin les 16 et 23 septembre. Les bombes américaines des 150 forteresses B17 de la 8° Air Force vont ravager Nantes. Les bombardements sont décidés après une intense période de raids sur l’Allemagne au cours de laquelle l’aviation américaine a subi de lourdes pertes. La 8° Air Force a du se réorganiser et incorporer de nouveaux équipages, peu aguerris. Des missions moins risquées sont programmées.

[Vidéo] Septembre 1943, Nantes sous les bombes

Une déferlante meurtrière

16 septembre. En cet après-midi, sous un soleil radieux, les Nantais sont nombreux à s’affairer dans les rues et les magasins à quelques jours de la rentrée des classes, début octobre alors. La fête foraine bat son plein à Gloriette. Malgré les alertes qui retentissent, les Nantais, habitués à ces ballets aériens, pensant que les bombardiers se dirigent vers Saint-Nazaire. Pourtant… Le premier largage est effectué à 16 h 05, d’une altitude de 5 000 mètres, par un bombardier. Localisant très mal son objectif, un bateau de guerre, il lâche ses bombes trop tôt autour du parc de Procé, distant de trois kilomètres du site visé. Les deux vagues suivantes pilonnent le port à hauteur de Chantenay, alors que deux autres, déroutées, arrosent l’aéroport de Château-Bougon. Enfin, l’un des derniers groupes de l’escadrille manque également son objectif et libère toute sa cargaison de bombes sur le centre de Nantes. Une déferlante meurtrière s’abat sur la ville, balayée par le souffle infernal des bombes incendiaires et à gaz. Ce déluge de fer ne dure qu’à peine plus de 15 minutes. Mais les rues offrent un visage apocalyptique. Malgré le chaos, les secours tentent de s’organiser car le bilan humain et matériel est très lourd. La population est traumatisée.

23 septembre. La 8e Air Force reçoit une nouvelle mission : destination Nantes avec pour cible cette fois un sous-marin, amarré au port. Une centaine de B17 décollent de leur base anglaise à 5 h 45. 9 h 14 : l’alerte est déclenchée. Le raid débute par le bombardement du port, la gare de l’État, Chantenay et Sainte-Anne. La zone portuaire est lourdement touchée ainsi que les chantiers navals. 18 h 55 : une seconde alerte retentit. C’est la première fois qu’un objectif est bombardé deux fois le même jour. Par erreur, des bombes sont encore larguées sur le centre de Nantes. Cette deuxième vague dévaste les mêmes quartiers que celle du 16 septembre, tout en débordant vers l’est et Saint-Donatien. Symbole du centre-ville, les magasins Decré ne sont plus qu’un immense squelette d’acier, terrassé par les tapis de bombes.

Un véritable sacrifice

Le bilan de ces deux journées est effroyable : 1 463 morts et 2 500 blessés sont dénombrés. Jamais pendant la guerre, aucune ville française n’aura connu autant de morts en un laps de temps aussi court. 700 maisons et immeubles sont détruits et près de 3 000 inhabitables, laissant 10 000 Nantais sans-abris.

Entre 1 000 et 1 500 bombes ont été larguées sur Nantes au cours de ces raids aériens. Une grande partie du centre-ville et des quartiers périphériques est à reconstruire. Les infrastructures portuaires et industrielles sont lourdement touchées. Le prix payé par Nantes pour retrouver la liberté est un véritable sacrifice.

Beaucoup d’interrogations seront soulevées après la libération de la ville le 14 août 1944 par les forces américaines, aidées des FFI. Pourquoi l’aviation alliée s’est-elle acharnée sur la cité des ducs ? Ces raids étaient-ils nécessaires pour vaincre l’occupant ? Et quels étaient les objectifs assignés à ces déferlantes aériennes ? Cette stratégie qui consiste à lancer des offensives de bombardiers lourds sur des cibles économiques, industrielles et militaires est en fait, aux yeux de Churchill et du commandement allié, le moyen de mettre fin au conflit avec l’Allemagne nazie.

Chaque année à l’initiative de la Ville de Nantes, une cérémonie commémorative a lieu le 16 septembre au cimetière de la Chauvinière, où sont enterrées les victimes. Pour ne pas oublier.

Une exposition « hors les murs », place Royale

Pour commémorer ces bombardements que les Nantais ont subi dans leur chair entre 1941 et 1944, une exposition est donc proposée par l’équipe des Archives de Nantes. Intitulée « Les Nantais sous les bombardements, 1941-1944 », elle retrace en 21 panneaux et 7 triptyques thématiques (des zones ciblées à la propagande en passant par la Défense passive) le déluge de feu et d’acier qui s’est abattu sur Nantes et ses habitants pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il était important d’élargir le propos sur la question des bombardements afin de ne pas le centrer uniquement sur ceux de septembre 1943. Ce ne sont pas moins de 25 bombardements anglo-américains entre le 2 décembre 1941 et le 2 août 1944.

Véronique Guitton, directrice des Archives de Nantes.

Cette exposition est visible place Royale, jusqu’au vendredi 27 septembre 2019.

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