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Pont Anne-de-Bretagne : carnet de voyage d'une charpente hors norme
Publié le 20 oct. 2025
Dernière mise à jour 09 févr. 2026
La charpente métallique du futur pont Anne-de-Bretagne entame un long voyage depuis l’Italie. Ce tablier aux dimensions gargantuesques arrivera à Nantes sur une barge qui remontera la Loire après une traversée de la mer Adriatique, la Méditerranée et le golfe de Gascogne. Embarquez dans les coulisses !
Replié à Cadix puis à Alméria, en raison de la houle en Atlantique, le convoi est pris en charge par un nouveau navire. Le tablier et sa barge vont être chargé à bord d’un navire de type semi-submersible. Cette embarcation conçue pour le transport de charges lourdes, est capable de s’immerger pour le chargement puis de revenir à flot. Elle assurera le convoi jusqu’en France.
Selon les conditions météorologiques à son arrivée, le chargement sera déposé au large de Saint-Nazaire ou sur un site abrité le long de la côte bretonne. La barge supportant la charpente métallique sera ensuite remorquée sur la Loire, jusqu’aux portes de Nantes à Cheviré. Pendant ce temps, le chantier du pont Anne-de-Bretagne continue activement : des travaux prévus à l’origine après la pose du tablier sont réalisés par anticipation.
Après avoir quitté l’Italie, la barge, tirée par deux remorqueurs, se trouve désormais au large des Baléares. Avec une vitesse de croisière de 6 nœuds (environ 11 km/h), le convoi se prépare à bientôt passer le détroit de Gibraltar. Au total, il va parcourir 5 000 km.
Au-delà de la prouesse technique, transporter le tablier en une seule partie par voie maritime et fluviale permet d'éviter 100 allers-retours par camion. Mais le chantier en lui-même a été pensé en termes de sobriété : grâce au réemploi du pont actuel, 4 800 tonnes de béton n’auront pas à être détruites. Environ 2 600 m3 de béton et 1 300 tonnes d’acier ne seront pas produits. C’est une économie de 6 000 tonnes équivalent en CO2, par rapport à un scénario de remplacement total du pont.
La barge est repartie. Les conditions météo ont obligé le convoi à rester à l’abri quelques jours avant le passage du détroit de Gibraltar. Cet endroit marque souvent un temps de pause, les bateaux devant attendre leur tour pour franchir le fameux détroit. Chose faite pour notre tablier. Toujours entouré de deux remorqueurs, il se trouve désormais dans l’océan Atlantique et va longer les côtes de l’Espagne, du Portugal, puis de la France.
Le ciel est partiellement dégagé ce dimanche à Monfalcone quand la barge quitte le port. Il est 13h30. Cap sur Nantes ! La traversée commence sur la mer Adriatique, se poursuit en Méditerranée, puis direction le Golfe de Gascogne avant de remonter la Loire.
Durant le voyage, la stabilité de l’ouvrage est assurée par un haubanage provisoire. Ces câbles renforcent la rigidité de la structure pour éviter toute déformation, liée à son propre poids ou aux mouvements de la barge. Au total, entre la charpente, les haubans et les pièces métalliques soutenant le chargement, c’est un convoi de 25 m de haut et 3 100 t qui prend la mer. «
Il faut imaginer un immeuble de huit étages qui navigue
» illustre Sophie Louis. Et d'ajouter «
ce sera encore plus impressionnant sur la Loire.
»
Le temps de voyage dépendra des conditions météo et des marées. À suivre…
Ce tablier aux dimensions impressionnantes – 150 m de long, 42 m de large, pour 2 200 tonnes – a été construit dans l’usine Cimolaï, entre Venise et Trieste. « 80 personnes sont mobilisées depuis six mois pour construire cette charpente »
, raconte Philippe Moreau, commercial de l’entreprise italienne spécialiste des structures métalliques de très grandes tailles. « La fabrication en Italie a permis de réaliser simultanément les piles, les culées et le tablier, faisant gagner du temps sur le site du chantier »
explique Sophie Louis, cheffe de projet à Nantes Métropole, assurant la maîtrise d'ouvrage.
Bien qu’habituée aux projets spectaculaires – comme les portes du canal de Panama – Cimolaï qualifie ce tablier « d'exceptionnel, par ses dimensions, son mode de transport et ses choix techniques »
. Premier défi technique : acheminer la charpente jusqu’au port de Monfalcone. Le portail d’accès a ainsi dû être démonté et le sol renforcé. La charpente a ensuite été chargée sur la barge à l’aide de kamags, des véhicules autopropulsés. Parée au départ !