Construire sans brûler la planète : l’architecture change d’ère

Publié le 17 févr. 2026

Dernière mise à jour 17 févr. 2026

La construction de logements et d’équipements s’inscrit dans une nouvelle manière de faire, plus sobre, plus végétale. À Nantes, comme ailleurs, les architectes s’inspirent des savoir-faire d’hier pour répondre aux défis climatiques de demain.

  • Prise de vue en hauteur du bâtiment Gina sur l'ïle de Nantes, avec sa structure en bois, métal, béton et terre cuite ainsi que deux terasses végétalisées.
    Le bâtiment Gina, sur l'île de Nantes, est un immeuble de 5 500 m² sur 6 étages avec une structure bois, métal, béton et terre cuite. © Patrick Garçon

D’ici 2050, 70 % de la population mondiale vivra en ville, selon l’ONU. Plus d’habitants signifie plus de logements, plus d’équipements publics, plus d’infrastructures. Bâtir semble donc inévitable. Pourtant, le secteur du bâtiment et de la construction pèse lourd dans le bilan carbone national : 25 % des émissions de gaz à effet de serre en 2022, selon l’ADEME.

Face à cette équation, l’architecture opère un virage. Finies les façades entièrement vitrées et les tours énergivores. Place à la sobriété carbone et aux matériaux biosourcés. « Depuis quelques années, des architectes puisent dans les savoir-faire traditionnels pour concevoir des bâtiments naturellement résistants au changement climatique », rappelle l’UNESCO.

À Nantes, plusieurs projets incarnent ce changement de paradigme.

Rafraîchir naturellement

Sur l’île de Nantes, l’école Joséphine-Baker pourra accueillir, dès le 2 mars, 400 élèves dans un bâtiment pensé selon des fondements bioclimatiques. La structure est en ossature bois, isolée en paille, avec un complément de lin, chanvre et coton. Les parois intérieurs sont faites de briques de terre crue de 10 cm d’épaisseur, fabriquées en Vendée. Un choix loin d’être anecdotique. 

« Les matériaux biosourcés sont légers et affichent un excellent bilan carbone, explique Jérémy Griffon, l’architecte de l’agence Tracks qui a dessiné l’école. Mais ils manquent d’inertie thermique. Les parois en brique de terre crue vont permettre de réguler les températures selon un principe de ventilation naturelle. Lors d’épisodes de canicule, on peut gagner jusqu’à 4 ou 5 degrés. » Le principe est simple : la nuit, les fenêtres équipées d’un système anti-intrusion sont ouvertes. L’air frais rentre et vient « lécher » les murs en terre crue, qui stockent la fraîcheur pour la diffuser le lendemain. Une technique inspirée de procédés anciens.

« On est assez gêné de parler d’innovation, il s’agit plutôt de bon sens, poursuit l’architecte. Pendant longtemps, l'intelligence de conception s’est perdue au profit de la technique. On reprend aujourd’hui de vieilles recettes, adaptées aux besoins actuels. »

Pour gagner en sobriété, l’établissement est également équipé de panneaux photovoltaïques sur le toit et de cours végétalisées. La gestion de l’eau repose sur des noues paysagères favorisant l’infiltration naturelle.

  • Point de vue depuis un préau de la cour végétalisée de l'école Joséphine Baker et du bâtiment à la façade en bois.
    Déployé en U autour d’une cour végétalisée, l'école Joséphine Baker se situe entre le boulevard de l’Estuaire et le futur hôpital. © Romain Boulanger

Changer les usages

À Pirmil-les-Isles, au sud de Nantes, un vaste projet urbain prévoit la construction de 3 300 logements, de bureaux, d’équipements et de commerces. Pour cette opération, Nantes Métropole Aménagement teste un urbanisme bas carbone à grande échelle, qui ne concerne pas seulement les matériaux, mais aussi les usages. « Penser la construction en termes d’impact environnemental implique de tout revoir : les modes constructifs, mais aussi les modes de vie », explique Matthias Trouillaud, responsable d’opérations.

Les futurs immeubles – nommés Angélique, Iris, Cyclaë, Numa et Zéphyr, dont les chantiers démarrent au printemps 2026 – privilégient les façades à ossature bois et l’isolation en paille. La plupart affichent des performances carbone proches des seuils ambitieux fixés pour 2028 par la réglementation environnementale (RE2020).

Mais la particularité du projet concerne surtout la mobilité. Le quartier fait le choix de n'installer aucun parking en sous-sol. Les voitures seront regroupées dans un pôle de mobilité dédié. « Cela permet de libérer les sols et de concevoir des immeubles plus fins et traversants », justifie Matthias Trouillaud. Résultat : davantage de lumière naturelle, moins de béton en fondations et une incitation à changer les habitudes. « Quand la voiture est un peu plus loin, on l’utilise moins », résume Matthias Trouillaud. La résidence Iris prévoit en contrepartie deux emplacements vélo par logement, dont un cargo. Les cheminements piétons qui relieront les logements au futur tramway seront également ombragés tout du long.

D’ailleurs, la nature structure le projet : 50 000 arbres et arbustes seront plantés à l’échelle de la ZAC (zone d'aménagement concerté). Une fierté pour le responsable d’opérations : « La première chose que nous avons dessinée sur le plan, ce sont les arbres. »

Conjuguer confort et performance environnementale

Sur l’île de Nantes, a été inauguré en juin le bâtiment GINA, dédié à l’innovation médicale. Lui aussi illustre les principes de bâtiments bas carbone, avec des matériaux biosourcés, le raccord au réseau de chaleur urbain ou encore des terrasses végétalisées. De quoi combiner performance environnementale et qualité d’usage. Car au-delà du carbone, la question du bien-être est centrale. « Les matériaux biosourcés ont des qualités thermiques et hygrométriques, mais ils ont aussi un impact sur le ressenti, souligne l’architecte Jérémy Griffon. Évoluer dans un environnement majoritairement en bois influe sur le confort et même sur certains indicateurs physiologiques. »